Marie-Clémence Fouriaux
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Savigny-sur-Aisne
Savigny-sur-Aisne
1873: Diplôme d'infirmière obtenu à la pension des Sœurs de la doctrine chrétienne de Nancy
1882: Brevet de capacité délivré par la pension Destrée| Naissance |
Savigny-sur-Aisne |
|---|---|
| Décès |
(à 74 ans) Savigny-sur-Aisne |
| Nationalité | Française |
| Diplôme |
1873: Diplôme d'infirmière obtenu à la pension des Sœurs de la doctrine chrétienne de Nancy 1882: Brevet de capacité délivré par la pension Destrée |
| Profession |
Infirmière, Institutrice puis Directrice d'école |
| Distinctions |
Marie-Clémence Fouriaux (née le et morte le à Savigny-sur-Aisne) est une infirmière, institutrice et directrice d'école française. Héroïne de la Première Guerre mondiale, elle est aussi une militante politique.
1857-1873: enfance à Savigny-sur-Aisne
Marie-Clémence Fouriaux est née le à Savigny-sur-Aisne où son grand père, maitre vannier, a fondé une petite entreprise spécialisée dans la confection de paniers à champagne. Son père, Edouard-Augustin Fouriaux, a repris l'entreprise. Il y travaille avec son épouse. Ils ont plusieurs salariés.
Très jeune, elle aide ses parents à l'atelier[1],[2]. Scolarisée à l'école de Savigny, elle s'y rend de manière irrégulière[2]. Vers l'âge de 12 ans, elle met fin à sa scolarité. Elle voue cependant une grande passion pour la lecture, vocation que sa mère n'apprécie guère et qu'elle considère comme « du temps perdu »[1],[2], si bien qu'elle décide de jeter tous les livres de sa fille.
Elle réussit à garder secrètement deux ouvrages : un exemplaire de la Bible et un livre d'histoire sur la Rome antique[2]. Elle continue à lire, le soir, à la lumière d'une bougie[1] ou encore lorsqu'elle garde les vaches, au bord de l'Aisne[2].
C'est une illustration représentant des religieuses en train d'évangéliser une tribu arabe, aperçue dans son enfance, qui donne à Marie-Clémence l'envie de devenir infirmière et de partir pour l'Afrique du Nord[1],[2].
1873-1882: l'Afrique et la reprise d'études

En 1873, à 16 ans, elle entre chez les Sœurs de la doctrine chrétienne de Nancy afin de devenir infirmière. Très vite, elle part pour Constantine puis Mustapha[3],[1],[2]. Peu de temps après, elle se voit confier la direction du service économique d'un hôpital[1] de 500 lits[2]. Désireuse de s'occuper d'enfants, sa requête est constamment rejetée[1] en raison de son faible niveau d'études[2]. Elle décide donc de quitter l'Afrique, au bout de 7 ans.
En 1880, Marie-Clémence rentre en Champagne. elle n'a pas vu sa famille depuis qu'elle a quitté la France. Par la suite, elle travaille chez De la Morinerie, négociant en vin et champagne à Reims. Parallèlement, elle prépare le Brevet de capacité en prenant des cours à la pension Destrée, rue Buirette.
En , elle passe son examen avec succès. Diplôme en main, elle se rend chez Monsieur Hue, inspecteur, et lui raconte alors son enfance à Savigny-sur-Aisne, son séjour en Afrique, sa reprise d'études tout en travaillant, ainsi que son désir d'être institutrice[1],[2].
1882-1917: carrière dans l'éducation et Première Guerre mondiale
Le , elle est affectée en tant qu'institutrice, à l'école maternelle de Bétheniville, commune composée principalement, à l'époque d'ouvriers textiles. Marie-Clémence apprécie fortement ce poste[3],[1],[2].

Le , elle est mutée et devient directrice de l'école maternelle de la rue Courmeaux à Reims. Du fait de son passé en tant que sœur, Monsieur Hue voit en elle la personne idéale dans cette école où de nombreux parents sont opposés aux lois Ferry[1],[2]. Blanche Cavarrot est son adjointe. Le jour de la rentrée, seuls deux enfants se présentent devant l'établissement. Marie-Clémence rencontre plusieurs parents et tente de les convaincre. Ses efforts sont couronnés de succès : petit à petit, de nouveaux élèves arrivent. A Noël 1883, l'école est fréquentée par 149 enfants.

Durant son administration, les locaux étant insalubres, elle y fait faire de nombreux travaux. Aussi, elle s'oppose fermement aux punitions humiliantes tel que le bonnet d'âne, l'agenouillement ou encore l'immobilité, préférant appeler à « leur gentillesse naturelle et à leurs bons sentiments »[2] .
En [1],[2], elle cède sa place à Blanche Cavarrot[2] et devient directrice de l'école maternelle rue du Mont-d'Arène, école réputée difficile. Comme dans son ancien établissement, elle y fait faire des travaux : elle fait supprimer les gradins et placer des cloisons afin d'avoir des salles de cours plus petites. Elle développe une pédagogie par l'image[1],[2]. Marie-Clémence fait décorer les murs par Mademoiselle Truffot, professeur de dessin dans une école parisienne.
En 1901, prenant l'exemple sur Madame Béguin, directrice d'école en région parisienne, elle fonde, avec Blanche Cavarrot, la section rémoise de l'Œuvre du Trousseau. Ce collectif se réunit le troisième dimanche de chaque mois, à l'école de la rue Courmeaux, afin de donner des cours de broderie. Financée par Madame Goulden, l'association passe des trente membres présents lors de sa création à quatre cents en 1914[2].

Pendant la Première Guerre mondiale, Marie-Clémence protège de nombreux enfants et blessés, tout en continuant à enseigner[3],[1],[2].
1917-1932: retraite et dernières années

En 1917, elle prend sa retraite à l'âge de 60 ans et retourne vivre à Savigny-sur-Aisne[1],[2].
En , sur demande de Jean-Baptiste Langlet, maire de Reims, elle aide les habitants sinistrés à revenir à Reims et crée l'association Le retour à Reims[3],[1],[2].
Elle devient par la suite, jusqu'à la fin de sa vie, administratrice de la Roseraie. Cette école en plein air et colonie de vacances est située dans une riche demeure à Villers-Allerand. Elle a été donnée à la ville de Reims[2]par Adèle Desteuque, veuve d'Eugène Desteuque, .
Elle décède le à Savigny-sur-Aisne[3],[1],[2]. Elle est enterrée dans le canton 22 du cimetière du Nord[1],[2].
La Grande Guerre

Quand la guerre éclate, Marie-Clémence rejoint l'Union des femmes de France et se retrouve affectée à la direction de l'hôpital auxiliaire 101, installée 23 rue de l'Université dans lycée de jeunes filles[1],[2]. L'établissement est équipé de 150 lits[2] et fonctionne du au [1],[2],[4].
Le , alors que l'armée allemande se trouve aux portes de Reims, elle évacue les blessés et monte avec eux dans un train jusqu'à Épernay. Tous les transports venant d’être supprimés, elle décide de parcourir à pied les 30 km qui la séparent de Reims[1],[2].
Sur le chemin elle est prise en stop par un automobiliste. Cependant, ce dernier, la soupçonnant d’être espionne pour le compte des Allemands, la conduit au poste de police situé dans l'école d'Ecueil. L'instituteur reconnait Marie-Clémence, l'officier lui délivre alors un laissez-passer pour Reims.[2]

De retour à 4h du matin, elle reprend son poste à l’hôpital qui contient désormais 250 lits, et où sont aussi soignés des soldats allemands jusqu’à leur retraite, le 13 septembre 1914[1],[2].
Le , l’hôpital 101 étant frappé par plusieurs obus, elle transporte les blessés jusqu’à la cathédrale. Lorsque cette dernière prend feu, le , elle participe à l'évacuation des blessés, qu'elle porte à plusieurs reprises sur son dos.

L’hôpital 101 est totalement détruit lors des bombardements du . À partir du , aidée de sa collègue Blanche Cavarrot, ainsi que d’une dizaine d'autres enseignants, Marie-Clémence donne des cours dans des caves de maisons de Champagne, notamment Mumm, Krug, Pommery et Champion[1],[2]. Elle enseigne aussi à l'institut professionnel Libergier, où elle a 122 élèves[1],[2].

Durant l'été 1915, elle accompagne 800 enfants rémois en vacances en dehors de la zone de guerre. Puis, à la suite des consignes de la municipalité, elle procède à leur évacuation et les accompagne jusqu'à Cancale, où ils sont scolarisés pendant deux ans[1],[2].
Engagements politiques

Marie-Clémence Fouriaux est également connue pour ses engagements féministe, pacifiste et humaniste[1],[2].
En poste rue Mont d'Arène et jusqu'en 1917, elle est membre de conseil départemental de la Marne et vice-présidente de l'Entente des Conseillers départementaux. Elle y milite alors pour un enseignement identique entre filles et garçons.
En 1900, aidée d'Adèle Desteuque et de Madame Joly, Marie-Clémence fonde l'Union des Jeunes Filles, collectif réunissant d'ancienne élève, organisant des lectures et sorties. Par la suite, des collectifs identiques seront créés dans la plupart des écoles de Reims[2].
Après guerre, elle organise des conférences pour la Ligue des Droits de l'Homme, pour la Ligue internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté et la Ligue de l'Enseignement[1],[2]. Elle en organise aussi pour l'Union française pour le suffrage des femmes, dont elle a fondé la section Rémoise et qu'elle préside pendant 15 ans[1],[2].
La toute dernière conférence donnée par Marie-Clémence est consacrée à la Ligue des Droits de l'Homme, le 8 mars 1932, deux mois avant sa mort[1],[2].
Peu après sa mort, madame Pillement dira à son sujet:
« Elle voyait dans le suffrage de la femme un symbole, celui de la réhabilitation sociale de le femme, un moyen de contribuer à l'amélioration des lois d'hygiène publique, la possibilité d'assurer une plus efficace protection de l'enfance[2]. »
