Marie Dorval
actrice française
From Wikipedia, the free encyclopedia
Marie Dorval, née Marie Amélie Thomase Delaunay le à Lorient et morte le dans l'ancien 10e arrondissement de Paris[2], est une actrice française.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture | |
| Nom de naissance |
Marie Amélie Thomase Delaunay |
| Nationalité | |
| Activité | |
| Conjoint | |
| Enfant |
Gabrielle Dorval (d) |

Ses succès au théâtre et sa vie sentimentale bien remplie ont contribué à faire un mythe de celle qui fut parmi les plus célèbres actrices françaises de son siècle.
Biographie
Fille des comédiens ambulants Marie Joseph Charles Delaunay (1766-1802) et Marie Bourdais[3], Marie Dorval est abandonnée par son père à l’âge de cinq ans. Peu de temps après, elle perd sa mère, victime de la tuberculose. Elle joue d’abord des rôles d’enfants à Lille, sous le nom de « Bourdais », qui est celui de son oncle, acteur comique distingué[4].
Le , à Lorient, elle épouse le maître de ballet Louis Étienne Allan-Dorval[5], dont elle a deux enfants : Marie Louise Désirée[6] et Catherine Françoise Sophie[7]. Le couple se sépare en 1818, mais Dorval laisse à son épouse son nom de scène qui passe à la postérité[a].
Se produisant définitivement sur la scène, elle est attachée à diverses troupes de province pour les amoureuses de comédie et les dugazons d’opéra comique. À Strasbourg, elle commence à jouer les premiers rôles de comédie et de drame et se fait remarquer par Charles-G. Potier, qui la fait engager à Paris, au théâtre de la Porte-Saint-Martin, en 1818[4],[9].
De 1818 à 1826, elle entretient une relation avec le compositeur Alexandre Piccinni, dont elle a trois filles[10].
En 1827, elle connaît le succès dans la pièce Trente ans, ou la vie d’un joueur de Victor Ducange et Prosper Goubaux, où elle a pour partenaire le célèbre acteur Frédérick Lemaître. Veuve de son premier mari, elle épouse en secondes noces, à Paris, le [8], le journaliste Jean-Toussaint Merle[11], mais le couple s'accorde sur le principe d'une union libre permettant aux deux partenaires d'avoir des aventures passagères[12].
En 1832, elle devient la maîtresse d’Alfred de Vigny[13],[14] qui, avec Victor Hugo, la fait entrer au Théâtre-Français au mois de [9]. Le nom de Marie Dorval se rattache à la révolution dramatique de l’école romantique. Son jeu, où l’art disparaît sous le naturel de la sensibilité et sous les élans de la passion, s’adapte parfaitement à la nouvelle littérature. À la majesté classique, elle substitue, elle aussi, la violence des effets.
En , elle se lie d'amitié avec l'écrivaine George Sand après avoir reçu d'elle une lettre admirative concernant l’une de ses représentations[15]. Leur amitié intense donne lieu à des rumeurs de lesbianisme à Paris, d'autant que chacune des deux femmes avait fait l'objet de ces rumeurs auparavant[16]. Gustave Planche écrit à Sand de se méfier de cette « dangereuse amitié[17] » tandis qu'Alfred de Vigny écrit à Dorval de rester à distance de Sand, qu’il qualifie de « damnée lesbienne[18] ». Les historiens actuels restent partagés sur la nature de cette relation, dont le caractère amoureux ou sexuel n'a pas été vérifié[19]. En 1840, elle joue la pièce Cosima, de George Sand, à la Comédie-Française[20]. Les deux femmes collaborent même au manuscrit, mais la pièce, mal reçue, n'a que sept représentations[21].

Marie Dorval exprime son talent remarquable à la Porte Saint-Martin, dans des œuvres mélodramatiques, le Château de Kenilworth, les Deux Forçats, Trente ans, ou la Vie d’un joueur, etc. ; puis des créations d’un ordre plus élevé, Antony et Marion de Lorme, lui développeront l'ampleur de son talent. Elle a été applaudie, à la Comédie-Française, dans Chatterton, pièce dans laquelle elle a incarné le rôle de Kitty Bell[22]. Toujours à la Comédie-Française, en 1835, elle joue dans Angelo, tyran de Padoue de Victor Hugo en compagnie de sa rivale Mlle Mars. Les deux actrices sont distribuées à contre-emploi, Marie Dorval interprétant le rôle de Catarina, noble femme d'Angelo[23], et Mlle Mars celui de la Tisbe, courtisane, comédienne et maitresse du tyran de Padoue[24].
Elle apparaît dans Lucrèce de François Ponsard (1843) et, revenant au drame des boulevards, elle remporte malgré ses forces épuisées et sa voix presque éteinte, un dernier succès avec Marie-Jeanne, ou la femme du peuple, d’Adolphe d'Ennery[25].
Vers la fin de sa vie, elle s’essaye au répertoire classique à l’Odéon, crée Agnès de Méranie de François Ponsard (1846) et joue, non sans succès, les rôles de Phèdre et d’Hermione[4]. Les changements dans la mode et le désir du public de voir des actrices plus jeunes achèvent sa carrière par des tournées en province. Elle meurt, très dépressive, à l’âge de cinquante et un ans, après la mort d’un petit-fils.
Après le service funèbre, célébré le surlendemain de sa mort, à Saint-Thomas-d’Aquin, elle est inhumée au cimetière du Montparnasse[b], au côté de son mari[26].
Postérité littéraire
C'est en découvrant des lettres inédites de Marie Dorval à Jules Sandeau que Francis Ambrière se lance dans plusieurs décennies d'exploration d'archives, également avec sa femme Madeleine Ambrière[27],[28], sur l'histoire du théâtre romantique. Ce travail aboutit notamment à la publication au Seuil en 1992 de l'ouvrage Mademoiselle Mars et Marie Dorval : au théâtre et dans la vie, qui obtient le prix Roland-de-Jouvenel en 1993[29].
Michel Mourlet a publié un roman (Histoire d’un maléfice, 2001) et une pièce de théâtre (Marie Dorval) qui s'inspirent librement des amours de Marie Dorval[30]. Après une mise en espace en 2002, en la crypte de la Madeleine (ADAC Ville de Paris), par la troupe de Dominique Leverd, la pièce a été créée la même année au théâtre de Saint-Maur dans une mise en scène de Jean-Pierre Savinaud[31]. Elle a fait l'objet d'une nouvelle mise en scène en 2003 au Théâtre de l'Entre-Texte d'Arles et a été publiée en 2014 dans le recueil Pièces masquées[32].