Dans ses Mémoires, Marguerite Yourcenar évoque incidemment Marie Reynès-Monlaur :
« Mais, par une chance obscure, le premier volume pour grandes personnes [qu’il me fut donné de lire], récemment acheté par Michel [=le père de l’auteur], que toutes les nouveautés tentaient, se trouvait être un roman idéaliste et chrétien d’une Madame Reynes-Montlaur (si j’ai bien retenu ce nom) et dont j’ignore si elle était catholique ou protestante. Cette romancière racontait l’histoire de disciples de Jésus réfugiés en Égypte vers le milieu du Ier siècle. L’ouvrage, à ce qu’il me semble (il s’appelait Après la neuvième heure), est aujourd’hui oublié. […] Je pris le volume et l’ouvris au hasard : la plupart des propos et des descriptions étaient trop difficiles pour moi, mais je tombai sur quelques lignes où des personnages, assis au bord du Nil (savais-je situer le Nil sur la carte ?), regardaient une barque à voile pourpre (savais-je ce qu’était la couleur pourpre ?) avancer, poussée par le vent, vue au coucher du soleil sur le fond vert des palmeraies et le fond roux du désert. Je sentais que le soleil couchant avivait ce paysage ; les personnages, dont peu m’importe le nom, regardaient « la barque passer ». Un sentiment d’émerveillement m’envahit, si fort que je refermai le livre. La barque a continué à remonter le fleuve, consciemment ou inconsciemment, dans ma mémoire pendant quarante ans ; le soleil rouge à descendre à travers la palmeraie ou sur la falaise, le Nil à couler vers le Nord. »
— M. Yourcenar, Quoi ? L’Éternité, Gallimard 1988, p. 222-223.