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Marrons de Jamaïque

groupe ethnique en Jamaïque From Wikipedia, the free encyclopedia

Les marrons de Jamaïque sont les descendants d'Africains qui ont lutté contre l'esclavage et se sont échappés pour fonder des communautés libres dans les régions montagneuses de l'intérieur de l'île, à l'époque de l'esclavage. Il est probable que les premiers à fuir aient été les esclaves importés durant l'époque de la colonisation espagnole. De nombreux esclaves ont acquis leur liberté lorsque la Grande-Bretagne a pris la Jamaïque en 1655.

Leonard Parkinson, chef marron de Jamaïque, 1796.

Les nègres marrons Windward Maroons sous le vent ») et ceux de la région du Cockpit ont résisté avec détermination à leur conquête lors des deux guerres des Marrons jamaïcains (First and Second Maroon Wars).

Contexte historique

Entre 1662 et 1867, la Jamaïque reçut plus de huit cent mille hommes, femmes et enfants africains réduits en esclavage[1]. Elle devint ainsi la première colonie productrice de sucre des Antilles britanniques, devançant la Barbade. En 1790, elle était le premier producteur mondial de sucre[2]. L'esclavage intensif des plantations coloniales constitua le fondement de la société jamaïcaine entre 1750 et 1838, date de l'émancipation[3].

Histoire

Origines (1655—1680)

Lorsque les forces anglaises s'emparent de la Jamaïque en 1655 dans le cadre du « Grand dessein » de Cromwell, les colons espagnols en fuite libèrent ou arment leurs esclaves africains. La résistance espagnole est conduite par le dernier gouverneur espagnol, Cristóbal Arnaldo de Ysassi, qui maintient une guérilla depuis les montagnes en s'appuyant sur les communautés africaines des palenques. La guerre qui s'ensuit se scinde ainsi en deux conflits : l'un opposant les Anglais aux groupes hispano-africains cherchant à reconquérir l'île, l'autre les confrontant à des communautés africaines autonomes refusant toute autorité européenne.

En janvier 1660, la capture de deux membres d'une communauté africaine par le lieutenant Carman révèle vraisemblablement sa localisation aux Anglais. Le colonel Edward Tyson, commandant le régiment stationné à Guanaboa Vale, remonte jusqu'à la Lluidas Vale et entre en contact avec Juan de Bolas (désigné « Lubolo » par les autorités anglaises). Des représentants de ce dernier se rendent à Port Royal pour rencontrer le gouverneur Edward D'Oyley, et un accord est conclu. Lubolo conserve sa liberté et son territoire en échange de son ralliement aux Anglais[4]. Lubolo tourne aussitôt ses armes contre ses anciens alliés, contribuant à chasser les derniers Espagnols de l'île. En 1660, Ysassi se réfugie à Cuba[5].

En 1663, lors d'une offensive menée par le vice-gouverneur Charles Lyttelton, Lubolo est tué dans une embuscade tendue par la communauté de Juan de Serras près de Vermejales. Malgré les déclarations triomphales de Lyttelton, la résistance se poursuit. La communauté de Serras se déplace vers l'est et rejoint un autre groupe vers 1670[6].

Les anciens esclaves africains fondent alors trois communautés indépendantes dans les régions montagneuses et contrôlent une grande partie de l'intérieur de l'île[7].

Dans les années 1680, ces enclaves deviennent à proprement parler des « communautés marronnes », bien qu'elles ne soient pas composées uniquement d'esclaves fugitifs. Certains membres sont nés libres ou ont été affranchis et la plupart sont des ladinos, Africains hispanisés partageant langue, religion et culture espagnoles. En 1677 encore, un commentateur distingue les « Nègres espagnols libres » des esclaves fugitifs des plantations anglaises qui rejoignent les forêts. Ces deux groupes finissent par fusionner, malgré la distance initiale que creusent leurs origines, leurs langues et leurs expériences respectives[8].

Les Maroon Wars

Vers 1710, les Marrons prennent l'offensive et multiplient attaques et escarmouches contre les plantations anglaises situées en bordure des montagnes. De 1729 à 1739, une guerre ouverte oppose Britanniques et Marrons. Les raids qu'ils conduisaient contre les plantations ont conduit à la Première Guerre des Marrons jamaïcains (First Maroon War).

En 1739-1740, le gouverneur britannique Edward Trelawny a signé un traité avec les Marrons, leur promettant des terres et l'autonomie, en échange de leur engagement à ne plus aider les esclaves en fuite, mais à les ramener (contre deux dollars par esclave).

Lorsque, en 1795, un nouveau gouverneur s'est mis à maltraiter les Marrons, les tensions conduisirent à une Seconde Guerre des Marrons jamaïcains. Ayant perdu, 568 Marrons furent déportés vers la Nouvelle-Écosse, au Canada[9].

Déportation vers la Nouvelle-Écosse et le Sierra Leone

À la suite de la révolte contre le gouvernement colonial, en 1796, 568 Marrons de Trelawny Town en Jamaïque furent déportés vers la Nouvelle-Écosse[réf. nécessaire]. Le lieutenant-gouverneur, John Wentworth, pensait que les Marrons feraient de bons colons.Mais, après un premier hiver, les Marrons, habitués à une vie indépendante, et peu enclins à servir de serfs pour défricher le terrain, se montrèrent moins heureux de leurs conditions de vie.

Aussi, en 1800, le gouvernement britannique décida d'envoyer les Marrons vers la nouvelle colonie de Freetown, dans ce qui est aujourd'hui le Sierra Leone (Afrique de l'Ouest). Il va sans dire que l'exil vers l'Afrique ne fut pas aisé pour les Marrons, et « en 1841, 90 pour cent des derniers Marrons de Freetown — quelque 591 personnes — s'en retournèrent en Jamaïque » pour travailler pour des « planteurs jamaïcains » qui « avaient un besoin urgent d'ouvriers »[10].

Les Marrons de la Jamaïque ont laissé un bon souvenir au Sierra Leone. Ceux qui y sont restés se sont mélangés à la communauté créole. L'église St. John's Maroon Church fut érigée par les Marrons en 1820, sur ce qui est aujourd'hui l'artère principale de la ville.

Les Marrons aujourd'hui

À ce jour, les Marrons de Jamaïque conservent une certaine indépendance vis-à-vis de la culture jamaïcaine. L'isolement des villages fondés par leurs ancêtres fait que leurs communautés demeurent, toujours aujourd'hui, parmi les plus difficiles d'accès de l'île.

Il reste onze lieux sur les terrains donnés à l'origine aux Marrons lors du traité avec les Britanniques. Les Marrons y conservent encore des pratiques et rituels traditionnels, dont certains puisent leur source en Afrique de l'Ouest. Accompong, dans la paroisse de Saint Elizabeth, est le village le plus important, où demeurent 600 Marrons des plaines (Leeward Maroons). Tous les 6 janvier, ils célèbrent la signature du traité à l'issue de la Première Guerre des Marrons jamaïcains[11],[12].

En 2008, l'héritage marron de Moore Town a été inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

Akan

Au moins une partie des Marrons de Jamaïque sont issus du peuple Akan, originaire de ce qui correspond aujourd'hui au Ghana, ce qui se voit encore dans les prénoms donnés aux enfants.

Dans la culture populaire

  • Caribbean Crucible, épisode 6 de la série télévisée Repercussions: A Celebration of African-American Music, réalisé par Dennis Marks et Geoffrey Haydon (1984).

Articles connexes

Notes et références

Bibliographie

Pour approfondir

Liens externes

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