Née de parents basques français à Zugarramurdi[1], village situé dans la partie navarraise du Pays basque, alors intégrée à la monarchie espagnole après la conquête du royaume de Navarre par la Castille au début du XVIe siècle, María de Ximildegui part vivre à l'âge de 16 ans à Ciboure, au Pays basque français, en 1604 avec son père. Cette circulation entre les deux versants des Pyrénées est fréquente dans la société basque de l'époque, dont les communautés partagent langue, coutumes et réseaux familiaux malgré la frontière politique entre la monarchie française et la monarchie espagnole[2].
Elle travaille en tant que servante et fait la connaissance de la jeune Catalina qui l'initie à la sorcellerie et avec qui elle entretient une relation intime[3]. Les récits de sorcellerie dans la région basque au début du XVIIe siècle s'inscrivent dans un contexte de fortes tensions religieuses et culturelles dans les zones frontalières, où les autorités ecclésiastiques et politiques cherchent à contrôler des populations rurales perçues comme attachées à des croyances et pratiques locales[1]. Pour recourir aux différents Sabbat, elle renie son christianisme, et en particulier sa croyance en Dieu et en la Vierge Marie[4]. Pendant un an et demi[2], elle développe son savoir en matière de sorcellerie et revient finalement à Zugarramurdi au moment de ses vingt ans en décembre 1608[5].
Ximildegui raconte que son séjour passé en France l'a convertie en maîtresse sorcière pratiquant le vol sur balai et la danse en hommage au diable[6]. Elle décrit également les rencontres entre sorciers où les participants s'enduisent de potions et de substances psychotropes dans les cavernes de Navarre. Ces récits correspondent aux représentations européennes de la sorcellerie diffusées par les tribunaux ecclésiastiques et les autorités politiques à l'époque moderne.
Mais elle finit par se repentir et dénonce d'autres sorciers auprès de l'abbé de Urdazubi, dans une région basque alors soumise à l'autorité religieuse et politique de la monarchie espagnole, ce qui provoque la venue de l'Inquisition de Logrono en 1609[7] quelques semaines avant Noël. L'Inquisition espagnole, institution religieuse et judiciaire chargée de maintenir l'orthodoxie catholique dans les territoires de la monarchie, intervient alors dans plusieurs villages du Pays basque navarrais. Alonso de Salazar y Frías figure parmi l'un des principaux inquisiteurs du procès[8].
Parmi les personnes accusées de sorcellerie par Ximildegui, on compte notamment Maria de Jureteguia et son mari Esteve de Navarcorena. Même si ces derniers nient au départ fermement les accusations, Ximildegui raconte leur participation aux Sabbats et autres réunions de sorciers avec tant de détails que les gens du village finissent par la croire. Jureteguia n'a alors d'autres choix que d'admettre les faits et les pratiques auxquelles elle s'adonne[9].
Au total, quatre femmes, six hommes et deux enfants sont arrêtés à travers ses dénonciations[10]. Ces événements s'inscrivent dans le contexte plus large des procès de sorcellerie du Pays basque (1609-1614), l'un des épisodes les plus importants de chasse aux sorcières dans la péninsule Ibérique, impliquant des dizaines de villages de Navarre et des provinces basques voisines.