Massacre de Bleiburg
From Wikipedia, the free encyclopedia

Le massacre de Bleiburg désigne le meurtre de masse de dizaines de milliers de réfugiés, surtout croates et slovènes, commis à partir de par les partisans yougoslaves victorieux, à la suite de l'effondrement de l'État indépendant de Croatie. Il a suivi la remise par les Britanniques de ces réfugiés concentrés à Bleiburg, en Carinthie, du côté autrichien de la frontière. En fait, la plupart des meurtres ont été commis du côté yougoslave de cette frontière, en plusieurs localités.
Durant l'ère de Tito et jusqu'à l'éclatement de la Yougoslavie socialiste, ces massacres étaient un tabou[1]. Leur réalité a été étayée par les découvertes de charniers, notamment en Slovénie. Selon Joze Pirjevec, biographe de Tito, la décision d'élimination fut prise par Tito et les chefs des quatre corps de partisans pour éviter que ces vaincus ne forment une menace pour le nouvel État[2].

En , la ligne Zvonimir est abandonnée par les troupes de l'État indépendant de Croatie et par les Allemands. Ils battent en retraite vers l'Autriche, accompagnés par la Garde nationale slovène et des unités de Tchetniks. De nombreux civils accompagnent ces troupes en retraite.
Le général allemand Alexander Löhr capitule le devant la 4e armée yougoslave. Les réfugiés croates se retrouvent coincés à Bleiburg, entre les Britanniques du général Harold Alexander et les unités de l'Armée populaire yougoslave. Les généraux oustachis Ivo Herenčić et Vjekoslav Servatzy veulent se rendre aux Occidentaux et surtout pas aux partisans, mais ils sont livrés par les Anglais à leurs alliés yougoslaves.
Marches et massacres
Beaucoup de prisonniers ont été conduits dans des « marches de la mort » à travers la Yougoslavie, jusqu'à ce que mort s'ensuive[1]. Des milliers d'autres ont été directement tués par l'Armée populaire yougoslave, malgré les promesses de ses officiers.
Massacre de Tezno
Un charnier a été découvert à Tezno près de Maribor en 1999, lors de la construction d'une autoroute. Il a été partiellement fouillé et a livré 1 179 cadavres. On estime que vue son étendue, il en comprenait 15 000[3], ce qui en ferait le plus grand charnier de l'Europe d'après 1945. Un mémorial y est aménagé.
Massacre du puits de Barbara

Découvert en 2008 dans une mine de charbon abandonnée près de Huda Jama, ce charnier a livré 1416 cadavres. Les prisonniers croates et slovènes étaient amenés par petits groupes, tués par balles ou dans certains cas à la grenade[4].
Massacre de Kočevski Rog
Sur ce plateau karstique qui domine la ville de Kočevje, environ 10 000 slovènes, croates et serbes ont été tués. Selon Milovan Djilas, ancien chef partisan et proche de Tito, les rivières souterraines du Karst rejetaient encore des cadavres un ou deux ans après[5].
Nombre des victimes
Il est difficile d'évaluer le nombre de tués dans les massacres de Bleiburg. Deux tendances s'opposent :
1. L'école qui emploie des documents scientifiques dans les domaines d'histoire et démographie :
- Le statisticien croate Vladimir Žerjavić s'est servi de documents démographiques pour estimer qu'environ 60 000 personnes ont été tuées dans la région de Bleiburg et en Slovénie : 45 000 Croates, 4 000 Bosniaques, 8 000 à 10 000 Slovènes, ainsi que 2 000 Monténégrins et Serbes[6].
- Le journaliste britannique Misha Glenny et d'autres enquêteurs et auteurs ont avancé le nombre de 80 000 exécutés, dont 50 000 soldats prisonniers et 30 000 civils,
- L'historien croato-américain Jozo Tomasevich conclut qu'aucune autorité ne pouvait établir un décompte exact des combattants croates à la fin de la guerre, et que les massacres ont eu lieu sur plusieurs dizaines de kilomètres de route[7]. Il établit que parmi les 200 000 prisonniers reconnus par l'association des vétérans yougoslaves en 1964, un maximum de 116 000 pouvaient être des combattants croates (Oustachis et Garde nationale)[8] ;
2. Des chiffres beaucoup plus élevés ont été avancés, notamment dans la diaspora croate, où on parle souvent de 200 000 morts[9].
Commémorations

Les commémorations annuelles sur le lieu des massacres commencent en 1952 et sont financées à partir de 1956 par le mouvement de libération croate du chef oustachi Ante Pavelić, dont le régime avait commis un génocide contre les Serbes. Illégales sous le régime communiste, elles deviennent un rituel national lors de la guerre de Croatie[10].