Massacre de Souk El Arbaa de 1956
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Les événements de Souk El Arbaa de 1956 désignent des violences politiques survenues dans la ville de Souk El Arbaa du Gharb, au Maroc, peu après l’indépendance du pays. Ces faits sont qualifiés de massacre par certaines sources journalistiques et mémorielles, et auraient opposé des militants de différents partis politiques marocains, causant la mort de plusieurs dizaines de personnes selon ces sources.
Ces événements sont restés longtemps peu documentés dans l’historiographie officielle, mais ont été évoqués ultérieurement dans des articles de presse, des témoignages et des œuvres littéraires.
En 1956, le Maroc vient d’accéder à l’indépendance. Cette période est marquée par de fortes tensions politiques internes, notamment entre les deux principales formations nationalistes, Parti de l’Istiqlal et le Parti de la Choura et de l'Istiqlal (ou Parti Démocratique de l'Indépendance, PDI), issu d’une scission du mouvement nationaliste. Cette rivalité politique remonte à la fin des années 1930 au sein du Parti National et se manifeste notamment à travers la sécession de Mohammed Hassan Ouazzani et la création de son propre parti après des désaccords avec Allal El Fassi[1].
Selon plusieurs sources, ces rivalités ont donné lieu à des affrontements dans différentes régions du pays, dont la ville de Souk El Arbaa du Gharb, située dans la région du Gharb.
Déroulé des faits
Un article publié en arabe, s’appuyant notamment sur un récit des faits rapporté dans un ouvrage mémoriel d’Ahmed Maâninou, relate ces violences politiques s'étant produites en à Souk El Arbaa du Gharb[2].
Dans la nuit du , le caïd de Souk el Arbaa du Gharb, Benaïssa Lasri, a rendu visite à Al-Shanawi Ahmed Benaïssa, secrétaire de la section locale du Parti de la Choura et de l’Indépendance, pour lui annoncer la visite prévue de Mahjoubi Aherdane le et l'inviter à organiser une célébration à cette occasion[3]. Des renforts de militants, de scouts et de sympathisants auraient alors été sollicités depuis plusieurs villes, notamment Ouezzane, Rabat, Salé et Casablanca.
Toujours selon la même source, à l’arrivée des délégations, celles-ci auraient été interrogées par des membres du Parti de l’Istiqlal sur les raisons de leur présence. Un accord aurait ensuite été conclu, en présence des autorités locales et de notables, afin de répartir les partisans des deux formations et d’éviter tout affrontement.
Malgré cet accord, la situation aurait rapidement dégénéré. Des barrages auraient été mis en place sur les routes menant au lieu du rassemblement, et certaines personnes auraient été menacées, intimidées ou empêchées de circuler si elles ne disposaient pas d’une carte d’adhésion au Parti de l’Istiqlal. La source indique que des menaces d’arrestation ou de violences (lapidation, tortures) auraient été proférées.
Le passage d’un cortège venu de Casablanca, accompagné de chants de bienvenue, aurait provoqué une intervention de membres du Parti de l’Istiqlal, conduisant à l’exclusion de certaines délégations, notamment celles venues de Ouezzane et de Salé, en contradiction avec les accords initiaux.
Selon le témoignage rapporté, des protestations auraient suivi, donnant lieu à des affrontements violents. Ceux-ci auraient impliqué des jets de pierres, l’usage d’armes blanches et de chevaux. La source affirme que des militants du Parti de la Choura et de l’Indépendance auraient été poursuivis, frappés et agressés, y compris parmi les jeunes scouts, certains étant âgés d’environ dix ans.
Le récit mentionne également que des insultes à caractère politique et identitaire auraient été proférées à l’encontre des victimes, et que les violences se seraient poursuivies malgré des appels à épargner les enfants[4].
Bilan et interprétations
Les sources disponibles qualifient ces événements de "مجزرة" (massacre) et évoquent la mort de plusieurs dizaines de personnes, ainsi que de nombreux blessés, sans qu'un bilan chiffré ou une reconnaissance officielle ne soient disponibles[2]. Les événements sont interprétés comme un épisode de violence politique interne dans le contexte troublé de l’immédiat après-indépendance.
Dans un article publié en 2015, le site Yabiladi mentionne ces faits, en lien avec les rivalités politiques entre factions issues du mouvement nationaliste, soulignant le caractère encore sensible et peu étudié de cet épisode[5].