Massacres de Diapé et Makoundié
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| Date | juin 1910 |
|---|---|
| Lieu | Côte-d'Ivoire,dans le sud-est |
Les massacres de Diapé et Makoundié sont deux (2) épisodes de violences coloniales commises en dans le sud-est de la Côte-d’Ivoire. Ces massacres se déroulent durant la conquête coloniale et de la pacification forcée dans les régions des Abbey et des Attié du sud-est de la Côte-d'Ivoire.
Massacres de Diapé et Massacre à Makoundié
En , certaines populations locales, notamment les Abbey et les Attié ont réagi à l'autorité coloniale française par une révolte[1],[2],[3],[4]. Suite à leur capitulation, les autorités ont alors jugé la région pacifiée. Des unités militaires françaises, incluant des officiers et des tirailleurs sénégalais, ont été déployées dans les villages de Diapé et Makoundié pour mener des actions de surveillance et de répression. Ces opérations avaient par ailleurs lieu dans un climat de conflits administratifs internes à la colonie, mettant en opposition le lieutenant-gouverneur Gabriel Angoulvant et le chef militaire Lagarrue[5].
Dans le village attié de Diapé, les colons militaires français ont mené des actions qui ont conduit à la perte de plusieurs civiles désarmées. Ces actions sont décrites dans les archives de l'époque comme des mesures répressives mises en œuvre après la capitulation des populations locales. Tandis que dans le village abbey de Makoundié des civils et des personnalités ont été enlevées exécutés[5].
En 1910, une enquête menée par Charles de la Bretesche met en lumière la violente répression du lieutenant Alessandri contre le village de Diapé et ses environs. Initialement dénoncés par un témoin civil, les faits concernent des massacres de populations civiles et l'incendie de villages. L'armée française soupçonnait les populations Attié de protéger les meneurs de la révolte Abbey de . Bien que les notables locaux aient protesté de leur fidélité et nié tout soutien aux rebelles, les troupes coloniales ont multiplié les tournées de police meurtrières dans les plantations et les localités de la région d'Adzopé[3],[4].
Le capitaine Foulon s'en prit d'abord au village de Boudépé, lui infligeant une amende de 1 000 francs, une sanction que l'inspecteur de la Bretesche jugera plus tard sans fondement. À Agou, la situation fut plus tragique: bien que les habitants aient affirmé avoir chassé les rebelles Abbey avant l'arrivée des troupes, ils s'enfuirent par peur des exigences de l'officier. La répression fut brutale: huit personnes furent capturées, dont trois moururent en détention et , une amende de 2 500 francs fut imposée. Le village fut pillé puis réduit en cendres[6].
En juin, le commandement passa du capitaine Foulon au lieutenant Alessandri. Ce dernier cibla le village d'Andé, accusé par le poste d'Adzopé d'avoir hébergé des insurgés d'Ekoupé. L'inspecteur de la Bretesche émit toutefois de sérieuses réserves sur cette "affirmation non vérifiée", notant que la proximité des deux villages ne prouvait rien, d'autant que des tensions existaient entre eux. Les témoignages des habitants rapportent que le passage de commandement entre le capitaine Foulon et le lieutenant Alessandri en juin marqua un tournant dans la répression. Ce dernier jeta son dévolu sur le village d'Andé, que les autorités d'Adzopé accusaient d'avoir servi de refuge aux insurgés d'Ekoupé. Pourtant, l'inspecteur de la Bretesche resta sceptique face à cette accusation «non vérifié », soulignant que la simple proximité géographique ne justifiait pas de tels soupçons, d'autant que les deux localités entretenaient des rapports conflictuels. Le village fut frappé de mille francs d'amende. Le lendemain, des reconnaissances furent envoyées dans la forêt.Trois hommes, un enfant de dix ans et trois femmes furent tués à coups de fusil et eurent la tête tranchée ensuite avec la machette. Seule une de ces femmes fut prise dans une plantation et eut la tête coupée avec une machette.Trois femmes sont mortes dans la forêt des suites de leurs blessures. Le nombre totale de morts s'élève à onze. Le village fut brûlé, des perte en bétails est de 15 bœufs, 80 moutons et 100 cabris fut enlevé.
La révolte et les atrocités des Abbey
Pour expliquer ces événements ou en minimiser leur sévérité, les autorités coloniales les associaient aux troubles de l'année 1910 particulièrement agitée. En réalité, les atrocités de Diapé et de Makoundié ont été la conséquence de la révolte des Abbey, qui s'étaient rebellés en et avaient été «maîtrisés» à la fin mars suite à l'intervention des forces dirigées par le commandant Noguès. Dans une opération bien orchestrée, le , les insurgés ont mené des attaques sur la voie ferrée à divers endroits, mettant fin à la vie des passagers d'un train, y compris un Européen du nom de Rubino, employé chez cfao, dont la tête et les mains ont été tranchées (Viti 2016). Au cours des semaines suivantes, les rebelles avaient non seulement détérioré la ligne de chemin de fer sur plusieurs dizaines de kilomètres, Mais ils ont aussi attaqué les marchands dyoula, les ouvriers du chemin de fer et les bûcherons d'acajou, entraînant un grand nombre de victimes[6].
Le rapport final de la révolte, établi par les autorités coloniales, signalait un total de 574 rebelles tués et 60 blessés confirmé pour les Abbey et les Attié réunis. De l'autre côté, les forces coloniales avaient enregistré des pertes nettement inférieures : 21 autochtones tués, dont 13 étaient des tirailleurs, 5 Européens blessés, parmi lesquels 4 officiers, et 66 tirailleurs qui avaient été blessés. Un rapport distinct faisait état des victimes causées par les insurgés au détriment des populations civiles. La question des colporteurs tués est d'ailleurs essentielle pour saisir l'explication qui sera fournie concernant les débordements des tirailleurs, irrités par les tueries infligées à leurs frères par les insurgés. Concernant ce point, le total de 500 colporteurs tués correspondant approximativement aux pertes enregistrées par les rebelles chose qui sera mentionné par le gouverneur Angoulvant, sans que la véracité de ce chiffre soit clairement déterminée. Dans son rapport annuel de 1910, exposé devant le conseil de l'AOF, le gouverneur général W. Ponty a fait mention de plus de 300 Sénégalais dyoula et travailleurs qui avaient été égorgés et mutilés avec une férocité inouïe. Ce rapport d'ailleurs citait les mots d'un télégramme du même Angoulvant qui, sur le moment, écrivait : Les sauvages ABBEYS ont tué avec une cruauté sans précédent tous les indigènes d'origine sénégalaise, y compris les Dioulas, les Appoloniens et les Agnis. Ainsi, nos forces ont découvert 330 corps sans vie.
En dressant un état des lieux exhaustif de la révolte des Abbey, nous constatons qu'environ mille personnes ont perdu la vie, y compris des insurgés, des civils et des tirailleurs, tous d'origine africaine, et ce en seulement trois mois dans une petite région. Ce bilan illustre de façon frappante, bien que non exceptionnelle, que l'expansion coloniale a essentiellement été un conflit interafricain, ce qui constitue la réussite majeure de la colonisation qui a su tirer parti des forces indigènes minimisant ainsi les pertes «européennes»[6].
Notes et références
- ↑ Fabio Viti, « The Diapé and Makoundié Massacres (Côte-d'Ivoire, June 1910):Between Colonial Repression and Inter-African Acts of Violence », Cahiers d’études africaines, vol. 225, no 1, , p. 59–88 (ISSN 0008-0055, DOI 10.4000/etudesafricaines.20564, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Fabio Viti, « Les massacres de Diapé et de Makoundié (Côte-d'Ivoire, juin 1910): entre répression coloniale et violences interafricaines », Cahiers d'études africaines, vol. 57, no 225, , p. 59–88 (ISSN 0008-0055, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Fabio Viti, « Les massacres de Diapé et de Makoundié (Côte-d'Ivoire, juin 1910) : Entre répression coloniale et violences interafricaines », Cahiers d'études africaines, vol. 1, no 225, 2017-01-00, p. 59–88 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 « Les massacres de Diapé et de Makoundié (Côte-d'Ivoire, juin 1910): Entre répression coloniale et violences interafricaines »
[PDF] (consulté le ) - 1 2 Viti Fabio, « Les massacres de Diapé et de Makoundié (Côte-d'Ivoire, juin 1910) », sur journals.openedition.org (consulté le )
- 1 2 3 « Vérification que vous n'êtes pas un robot ! », sur journals.openedition.org (consulté le )