Mathieu Molé

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Mathieu Louis de Molé, comte Molé, né le à Paris et mort le à Épinay-Champlâtreux, est un homme d'État français. Il a été successivement ministre de la Justice sous le Premier Empire, ministre de la Marine et des Colonies sous la Restauration, ministre des Affaires étrangères et président du Conseil de 1836 à 1839 sous la monarchie de Juillet.

Gouvernementnon formé
LégislatureVIIe législature
PrédécesseurFrançois Guizot
Faits en bref Fonctions, Président du Conseil des ministres français et Ministre des Affaires étrangères ...
Mathieu Molé
Illustration.
Mathieu, comte Molé, en 1834, par Ingres.
Fonctions
Président du Conseil des ministres français
et Ministre des Affaires étrangères

(moins d’un jour)
Monarque Louis-Philippe Ier
Gouvernement non formé
Législature VIIe législature
Prédécesseur François Guizot
Successeur Adolphe Thiers

(2 ans, 6 mois et 25 jours)
Monarque Louis-Philippe Ier
Gouvernement Molé I et II
Législature IIIe législature
IVe législature
Prédécesseur Adolphe Thiers
Successeur Jean-de-Dieu Soult
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Paris, France
Date de décès (à 74 ans)
Lieu de décès Épinay-Champlâtreux, France
Sépulture Église Saint-Eutrope d'Épinay-Champlâtreux (Val-d'Oise)
Nationalité française
Parti politique Orléaniste
Religion catholique

Signature de Mathieu Molé

Image illustrative de l’article Mathieu Molé
Présidents du Conseil des ministres français
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Biographie

Jeunesse et vie familiale

Louis-Mathieu Molé, fils d'Édouard-François Molé, est issu d'une très ancienne famille de la magistrature parisienne. Le plus célèbre de ses ancêtres est Mathieu Molé (1584-1656) qui incarné pendant la Fronde l'autorité du pouvoir judiciaire. Sa mère, Marie-Louise de Lamoignon, appartient aussi à une illustre famille de la magistrature parisienne.

Descendant du financier Samuel Bernard, la famille possède l'une des grandes fortunes du temps, un bel hôtel particulier à Paris (246 faubourg Saint-Germain), le château de Champlâtreux au nord de Paris et celui de Méry, près d'Auvers-sur-Oise.

Le traumatisme de la Révolution

La Révolution marque profondément le jeune Mathieu Molé. En , les Molé émigrent. Mais après la loi du qui prévoit que les émigrés non rentrés en France sont passibles de la peine de mort et leurs biens séquestrés, ils rentrent en France en . Après la journée du 10 août 1792, le père de Mathieu est arrêté et emmené à la prison de l'Abbaye. Le , les massacres commencent. Un domestique fidèle parvient à obtenir de justesse sa libération. En octobre 1792, il est arrêté de nouveau avec sa femme. Mathieu, à douze ans, se débat auprès du comité révolutionnaire de son quartier pour sauver ses parents de l'échafaud. Il obtient leur élargissement à condition que les Molé soient surveillés chez eux par quatre gardiens qu'ils payent. En , sous la Terreur, son père est à nouveau arrêté, puis guillotiné le , et leur maison mise sous scellés. Mathieu, à treize ans, se retrouve orphelin de père, sans argent et sans logement, chargé d´une mère à demi-paralysée par une attaque et de ses deux sœurs. Ils sont sauvés, le 9 thermidor, par la fin de la Terreur et se réfugient au château de Méry dont ils retrouvent la jouissance. Ces souvenirs ne s'effaceront jamais de l'esprit de Molé.

Mme Molé, qui ne se remet pas de la mort de son mari, se retire de la société en 1803 et fonde à Vannes la congrégation des sœurs de la Charité de Saint-Louis. Avant sa retraite, elle précipite le mariage de ses enfants.

Mariage et descendance

Mathieu n'a que dix-sept ans quand il épouse, le à Méry-sur-Oise, Caroline Lalive de La Briche (Paris, - Paris, ), fille de feu Alexis Lalive de La Briche et d'Adélaide Prévost. Fille unique, elle est héritière d'une grosse fortune, dont le beau château du Marais, près de Saint-Chéron, où, chaque année, de mai à octobre, sa mère reçoit la brillante société parisienne, et un hôtel particulier à Paris, rue de la Ville-l'Évêque.

Ce mariage hâtif est malheureux. Dès l'hiver 1798-1799, Mathieu prend conscience que son épouse n'est pas la compagne qu'il attend et que le genre de vie de sa belle-famille ne lui convient pas. Le couple a deux filles :

  • Clotilde Molé (Paris, - Château du Marais, Val Saint-Germain, ), mariée avec Fernand de La Ferté-Meun, marquis de La Ferté-Meun (Paris, 1805 - Paris 7e, ), sans postérité ;
  • Élisabeth Molé (Paris, - Paris, ), mariée à Paris le avec Hubert de La Ferté-Meun, (frère de Fernand) député de la Nièvre (Paris, - château de La Rochemillay, ). Dont une fille unique :

Il a vingt-six ans lorsqu'il débute en littérature par ses Essais de morale et de politique (1806) qui eurent deux éditions, dont la seconde fut accompagnée d'une vie de Mathieu Molé (1584-1656), Premier président du parlement de Paris sous la Fronde. Cet ouvrage, qui renferme un éloge outré des institutions impériales, est diversement jugé. Fontanes, avec qui Molé s'est lié dans le salon de Mme de Beaumont, où il a également rencontré Chateaubriand et Joubert, le traite avec beaucoup de bienveillance dans le Journal de l'Empire et présente le jeune écrivain à Napoléon Ier.

Sous l'Empire

Molé connaît alors une ascension exceptionnellement rapide sous l'Empire. Il est nommé auditeur au Conseil d'État () avant d'y être admis comme maître des requêtes (juin 1806). Rapporteur au Conseil d'État de la loi d'exception que l'Empereur veut édicter à l'encontre des Juifs, Molé trouve le projet incompatible avec les principes égalitaires de la Révolution française et préconise une reconnaissance officielle de la religion juive, à la suite de quoi l'Empereur le nomme commissaire impérial au Sanhédrin israélite. Il est ensuite préfet de la Côte-d'Or (novembre 1806-1809), conseiller d'État (1809), directeur général des Ponts et Chaussées et des Mines (1809-1813), comte de l'Empire () et commandeur de l'ordre de la Réunion.

Molé est cependant détesté de ses subordonnés qui lui reprochent sa morgue, et décrient son ignorance des questions techniques et son manque d'expérience administrative ; mais il jouit de la faveur de l'Empereur. Le , il est chargé de proposer au Sénat d'attribuer à l'Empereur, par un sénatus-consulte, la nomination du président du Corps législatif sans présentation de candidat.

Le , il succède à Régnier, duc de Massa, aux fonctions de grand juge, ministre de la Justice jusqu'au . Avec les autres ministres, il accompagne l'impératrice Marie-Louise à Blois en .

Première Restauration

Il se tient prudemment à l'écart de la vie publique sous la Première Restauration, et ce n'est que comme membre du conseil municipal de Paris qu'il signe, quelques jours avant le , l'adresse présentée au roi Louis XVIII, dans laquelle se trouve la phrase : « Que nous veut cet étranger pour souiller notre sol de son odieuse présence ? »

Sous les Cent Jours

Napoléon ne lui en tient pas rigueur et, pendant les Cent-Jours, il retrouve sa place au Conseil d'État ainsi que ses fonctions de directeur général des Ponts et Chaussées, ayant prudemment refusé les portefeuilles de la Justice, de l'Intérieur ou des Affaires étrangères que lui offrait l'Empereur pour se contenter de ce poste peu compromettant. Il refuse de signer la déclaration du Conseil d'État du contre les Bourbons, ce dont, vivement blâmé par Napoléon, il s'excuse en faisant valoir « qu'il n'avait pas cru pouvoir s'associer à un manifeste contenant ce blasphème politique : que Napoléon tenait sa couronne du vœu et du choix du peuple français »[1]. Napoléon le nomme pair de France le , mais Molé part pour les eaux de Plombières, écrit de là pour s'excuser de ne pas siéger et attend la suite des événements.

Deuxième Restauration

Revenu à Paris après Waterloo, il proteste auprès de Louis XVIII de son « inaltérable fidélité », est sauvé par la réclamation de clémence de Talleyrand auprès du roi « au nom du président Molé », conserve son fauteuil au Conseil d'État et est renommé directeur général des Ponts et Chaussées et des Mines () ainsi qu'à la Chambre des pairs ().

Au procès du maréchal Ney, il vote la peine de mort. Certains biographes affirment cependant qu'il usa ensuite de son influence pour soustraire d'autres victimes à la Terreur blanche.

Le maréchal de Gouvion Saint-Cyr passant du ministère de la Marine à celui de la Guerre, le comte Molé est nommé ministre de la Marine et des Colonies le . Il conserve ce portefeuille jusqu'au . Il est notamment chargé de présenter à la Chambre des pairs, pour la session de 1818, le projet de loi sur la liberté de la presse. Il quitte le pouvoir avec le duc de Richelieu, lors de la dislocation partielle du cabinet consécutive aux élections de La Fayette, Manuel et Benjamin Constant. Il siège dès lors à la Chambre des pairs avec les royalistes constitutionnels et combat plusieurs fois à la tribune les opinions des ultras. Ainsi, à la séance du , il parle le premier contre le rétablissement du droit d'aînesse, invoquant les intérêts moraux de la famille et les intérêts financiers de l'État.

Cordélia de Castellane

Cordélia de Castellane.

En 1815, à 34 ans, il rencontre Cordélia de Castellane (1796-1847) qui en a 21, fille du banquier Louis Greffulhe, épouse du futur maréchal de France le comte Boniface de Castellane (1788-1862), connue pour sa beauté et son esprit. Molé la dépeint ainsi dans ses Mémoires : Modèle:Bloc de citation« Tout son charme venait de son âme et pourtant rien n'égalait la pureté de ses traits ; son front était celui d'un ange, ses yeux bleus et un peu couverts, son nez noble et régulier comme sa bouche, ses dents admirables, son menton un peu avancé, son teint pâle et d'une extrême finesse, ses cheveux d'un blond que je n'ai vu qu'à elle... Tous ses mouvements étaient gracieux, mais de cette grâce idéale et véritable qui serait celle d'une statue antique qui sortirait du repos. Elle avait de longs yeux bleus, héritage de sa mère... » Modèle:Fin bloc de citation. C'est le coup de foudre. Il devient son amant en 1816, mais elle rompt brusquement sans explication en 1817. Ils renouent en 1821, mais, en , Cordélia entame une liaison passionnée avec François-René de Chateaubriand, quinquagénaire, ministre des Affaires étrangères, ancien ami de Molé devenu son adversaire politique et revenu au premier plan après l'assassinat du duc de Berry et le triomphe des ultras. Cette liaison prend fin vers et Molé, séparé de fait de son épouse, vivra à partir de 1827 de façon quasi-officielle, le mari allant de garnison en garnison s'accommode très bien de la situation, avec Cordélia qui s'est installée dans un modeste hôtel particulier, rue de la Ferme-des-Mathurins, où elle élève ses quatre enfants. « Sa relation avec Molé », écrit Charles de Rémusat, « était devenue le grand intérêt de son existence ; c'était son occupation, son amusement et son orgueil[2] ». Elle y tient un salon qui devient politique en 1836 avec le ministère de Molé. Pasquier, Broglie, Duchâtel, Rémusat, Guizot s'y rendent, mais l'on y trouve aussi Mérimée et Sainte-Beuve. Peu de femmes, la plus remarquable étant la duchesse de Talleyrand. Le duc de Broglie écrit dans ses Mémoires : « La littérature y faisait à propos diversion à la politique. Mme de Castellane, très réellement instruite, en avait le goût et M. Molé n'oubliait jamais qu'il était de l'Académie[3] ».

Cordélia de Castellane fut le grand amour de Molé malgré les trahisons et les ruptures. À la mort de celle-ci, le , il écrit : « Depuis la fin de l'année 1827 où la Providence me rendit celle que dix ans auparavant je croyais avoir perdue, je suis devenu, sous son influence, plus religieux, plus scrupuleux, meilleur, […] Maintenant qu'elle est au tombeau, mon cœur est déchiré, ma vie brisée, ma vieillesse sans consolation et sans espoir[4]. »

Monarchie de Juillet

Après la révolution de 1830, le comte Molé est appelé le , sur la suggestion du duc de Broglie, au ministère des Affaires étrangères dans le premier ministère du règne de Louis-Philippe Ier. Sans expérience de la diplomatie, mais grand seigneur et partisan de la paix, il travaille à faire reconnaître le nouveau régime par les puissances étrangères. Il adopte, non sans hésitation, le principe pacifique cher à Louis-Philippe de non-intervention. Mais, en raison de son impopularité et de différends avec ses collègues[5], il n'est pas maintenu dans le ministère Laffitte, le .

Lorsque le duc de Broglie démissionne du ministère des Affaires étrangères le , Thiers suggère au roi de faire appel à Molé pour lui succéder, mais Guizot, qui se juge affaibli par le départ de son ami du ministère et considère que l'entrée de Molé au gouvernement l'affaiblirait davantage, s'y oppose, ce dont Molé lui voulut beaucoup.

Chargé de former un nouveau cabinet, le , il reprend le portefeuille des Affaires étrangères avec la présidence du Conseil et reste en place jusqu'au . Au premier rang des difficultés dont Thiers lui laisse l'héritage, se trouve la question suisse et l'affaire Conseil. Persuadé qu'il n'y a rien de vrai dans la mission d'espionnage attribuée à Conseil, et que les protestations de la diète helvétique contre le rôle de la France et de son roi ne sont qu'une trame ourdie par les réfugiés pour perdre l'ambassadeur français, Molé n'hésite pas à interrompre toute relation diplomatique avec la Suisse, et la querelle se trouve apaisée presque aussitôt, la Suisse n'ayant pas persisté dans ses réclamations.

Le complot de Louis-Napoléon Bonaparte et les attentats sans cesse renouvelés contre la vie du roi viennent bientôt susciter de nouvelles difficultés au ministère dont l'un des premiers actes avait été l'élargissement des anciens ministres de Charles X.

Molé a enfin à lutter contre la coalition formée pour le renverser et animée par Thiers et par Guizot[6]. En 1837, Thiers engage la lutte au sujet de l'Espagne. Il s'efforce de montrer que le rôle du président du Conseil à l'égard de l'Espagne n'a ni éclat ni grandeur ; que le destin de la monarchie constitutionnelle en France est lié au maintien du trône d'Isabelle II contre les menées absolutistes de don Carlos ; et que l'alliance de la France avec le Royaume-Uni lui commande d'intervenir dans la péninsule Ibérique. Molé oppose à ces considérations l'élasticité des termes dans lesquels le traité de quadruple alliance est rédigé, les inconvénients d'une politique d'aventures et les hésitations que son rival a montrées, sur cette même affaire espagnole, lorsque lui-même était aux affaires. Cette argumentation emporte la conviction de la Chambre et permet au cabinet de passer cette première escarmouche.

À la suite du procès des associés de Louis-Napoléon Bonaparte dans leur tentative de soulèvement de Strasbourg, Molé imagine d'abord de faire accorder au ministère le droit d'éloigner de Paris tout individu dangereux, mais doit, non sans humeur, abandonner ce projet sur les instances de Duvergier de Hauranne. Il présente alors trois projets de loi : le premier, dit « de disjonction », prévoie que lorsque les crimes prévus par certaines dispositions déterminées ont été commis conjointement par des civils et des militaires, les premiers sont jugés normalement par la cour d'assises, mais que les seconds sont traduits devant le conseil de guerre ; le second établt un bagne à l'île Bourbon pour y recevoir les déportés politiques ; le troisième menace de la réclusion quiconque ne révèle pas un complot formé contre la vie du roi dont il a eu connaissance. Dans le même temps, le gouvernement présente un projet de loi d'apanage a u profit du duc de Nemours[7], ainsi que deux autres tendant l'un à augmenter d'un million le revenu du duc d'Orléans et l'autre à constituer une dot d'un million au profit de la princesse Louise, devenue reine des Belges.

La loi de disjonction suscite une vive opposition parlementaire. Dupin aîné l'attaque avec une verve mordante qu'appuient Delespaul, Philippe de Golbéry et Nicod. Lamartine défend le projet, mais Chamaraule, Parant, Moreau (de la Meurthe), Persil, Chaix d'Est-Ange et Berryer le combattent. En définitive, la loi est repoussée par 211 voix contre 209.

Pourtant, le cabinet tient bon et la loi d'apanage est présentée. Celle-ci ne suscite d'abord pas de difficulté dans les bureaux de la Chambre, mais provoque une tempête lorsqu'elle est connue du public. Cormenin rédige un de ces pamphlets venimeux dont il s'est fait la spécialité. Cette crise amène la chute du premier ministère Molé.

Après plusieurs semaines de crise ministérielle qui prouvent l'impossibilité de mettre sur pied une combinaison de rechange, Molé est chargé de se succéder à lui-même et de constituet un nouveau cabinet qui prend ses fonctions le . Le gouvernement est contraint de retirer le projet d'apanage du duc de Nemours, mais obtient, le , l'adoption de la dotation du duc d'Orléans et de la dot de la reine des Belges. Molé négocie également le mariage du duc d'Orléans avec la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin.

Le château de famille de Champlâtreux.
Conseil des ministres, présidé par Louis-Philippe, le 3 août 1838, et tenu au château de Champlâtreux, chez le comte Molé président du Conseil.

Jugeant sa majorité insuffisamment solide, Molé obtient de Louis-Philippe, le , la dissolution de la Chambre des députés. Mais les élections du ne répondent pas à ses vœux. La discussion de l'adresse de la chambre nouvelle remet sur le tapis l'exécution du traité de quadruple alliance et amène de nouveaux débats entre Molé et Thiers. Les diverses oppositions redoublent d'ardeur contre le cabinet. Une polémique engagée dans la presse les décide à se concerter pour le renverser.

Louis-Philippe, qui a de l'amitié et de la tendresse pour Molé, l'exhorte à tenir bon, le réconfortant constamment. En août 1838, il lui fait l'honneur de se rendre chez lui au château de Champlâtreux et d'y présider le conseil des ministres. La scène est immortalisée par un tableau d'Ary Scheffer que le roi offre à son chef de gouvernement.

La coalition emploie toute l'année 1838 à préparer son offensive pour la session de 1839. La discussion de l'adresse donne lieu à un combat acharné entre Molé et Guizot. Cette bataille grandit singulièrement le président du Conseil dont la défense étonne à la fois ses adversaires et ses amis.

Molé parvient à faire amender le projet d'adresse préparé par la coalition, mais, le jour même du vote (), il remet sa démission au roi. Le ministère se retire le lorsqu'est connu le résultat des élections législatives qui lui sont défavorables.

Molé s'éloigne dès lors du premier plan de la vie politique. Il est élu à l'Académie française le .

En 1844, Adolphe Crémieux ayant fait voter par la Chambre qu'« aucun membre du parlement ne pourra[it] être adjudicateur ou administrateur dans les compagnies de chemins de fer auxquelles des concessions seraient accordées », Molé, qui est président du conseil d'administration de la Compagnie de l'Est, se trouve visé : « Je leur jetterai au nez tous les chemins de fer passés, présents et futurs », écrit-il à Prosper de Barante[1].

Son nom est plusieurs fois mis en avant lors de plusieurs crises. En février 1848, Louis-Philippe le charge, mais en vain, de former un cabinet pour sauver la monarchie de Juillet.

Deuxième République

Molé, député à l'Assemblée nationale, en 1848

Après la révolution de 1848, le comte Molé est porté candidat à l'Assemblée constituante par les « anciens partis » dans le département de la Gironde en remplacement de Lamartine qui avait opté pour la Seine.

Élu député de la Gironde le [8], il siège dans les rangs de la droite dont il est l'un des chefs. Sans prendre souvent la parole, il n'en a pas moins d'influence. Il vote contre l'amendement Grévy sur la présidence de la République, contre le droit au travail, pour l'ensemble de la Constitution, pour la proposition Rateau, contre l'amnistie, pour l'interdiction des clubs, pour les crédits de l'expédition de Rome, contre la demande de mise en accusation du président et de ses ministres.

En vue de l'élection présidentielle du , il favorise la candidature du général Cavaignac : « Il a sauvé la nation, qui ne pourra jamais l'oublier », déclare-t-il à la tribune le .

Rallié au gouvernement de Louis-Napoléon Bonaparte, il est élu à l'Assemblée législative le par le département de la Gironde[9]. Il soutient toutes les mesures accordant le pouvoir exécutif et la majorité : l'expédition de Rome, la loi Falloux sur l'enseignement. Il est membre de la commission des dix-sept qui préparent la loi du 31 mai sur le suffrage universel, mais se sépare du prince-président quand la politique de l'Élysée devient contraire aux intérêts monarchiques.

Coup d'État du 2 décembre 1851

Il se prononce contre le coup d'État du 2 décembre 1851 et fait partie des représentants qui se réunissent à la mairie du Xe arrondissement de Paris pour élever une protestation.

Mort

La tombe de Mathieu Molé dans la crypte de l'église Saint-Eutrope d'Épinay-Champlâtreux (Val-d'Oise).

Retourné à la vie privÉéd, il meurt d'une attaque d'apoplexie, le , à 74 ans, dans son château de Champlâtreux. Il est inhumé dans le caveau familial, sous la nef de l'église Saint-Eutrope d'Épinay-Champlâtreux.

Le comte Molé avait été conseiller général de Seine-et-Oise.

Distinctions

Membre de l'Académie française

Élu au 34e fauteuil de l'Académie française le (par 30 voix sur 31), il y succède à Mgr Hyacinthe Louis de Quelen, archevêque de Paris, le même jour où Victor Hugo échoue contre Flourens. Il est reçu le suivant par André Dupin.

En 1841, il appuie la nouvelle candidature et finalement l'élection de Victor Hugo.

Molé est chargé du discours de réception d'Alexis de Tocqueville (), de celui de Ludovic Vitet (1845) et d'Alfred de Vigny () qui fut d'une rare cruauté à l'égard des conceptions littéraires et des jugements politiques du poète[10]

En 1856, il a pour successeur l'historien et homme politique Alfred de Falloux[11].

Jugements

« Il fit une carrière de larbin politique, plat comme une limande devant ses maîtres et gonflé d'une venimeuse vanité pour ses subordonnés. À sa décharge, il faut dire que ses ancêtres avaient, dans l'ensemble, fait preuve d'un caractère comparable sous l'Ancien Régime. » (Alfred Fierro, André Palluel-Guillard, Jean Tulard, Histoire et dictionnaire du Consulat et de l'Empire, Paris, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1995, p. 959 - (ISBN 2-221-05858-5))
« Un jugement droit, une élocution sans relief, mais suffisante et sobre, beaucoup de tenue, de la présence d'esprit et du sang-froid, de l'habileté dans le maniement des hommes, tout ce que donne l'habitude des grandes relations, l'expérience des affaires, une politique apprise à l'école de l'Empire, et par conséquent le goût du despotisme, mais avec cela une facilité singulière à se plier au joug des circonstances, peu d'élévation dans les vues, nulle hardiesse dans l'exécution, un amour-propre inquiet et trop aisément irritable : voilà ce que M. Molé avait apporté aux affaires en qualités et en défauts. » (cité par le Dictionnaire des parlementaires français)

Portrait

Son portrait par Ingres, le portrait du comte Louis-Mathieu Molé, est au Musée du Louvre.

Armoiries

Davantage d’informations Figure, Blasonnement ...
Figure Blasonnement
Armes du comte Molé et de l'Empire (institution de majorat attaché au titre de comte de l'Empire, accordée par lettres patentes du , à Schœnbrunn)

Écartelé au premier et quatrième de gueules au chevron d'or, accompagné en chef de deux étoiles d'or et en pointe d'un croissant de même ; et au second et troisième d'argent au lion de sable armé et lampassé d'or ; le franc-quartier des comtes conseillers d'État brochant sur le premier au neuvième de l'écu[12],[13],[14].

Armes du comte Molé, pair de France (membre de la Chambre des pairs : , , comte-pair héréditaire le sans majorat[15])

Écartelé, aux 1 et 4, de gueules au chevron d'or, accompagné en chef de deux étoiles aussi d'or et en pointe d'un croissant d'argent (Molé) ; aux 2 et 3 d'argent à un lion de sable armé et lampassé d'or (Mesgrigny)[16],[17],[18],[19],[15].

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Notes et références

Voir aussi

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