Matzouka

From Wikipedia, the free encyclopedia

La Matzouka (en grec : Ματσούκα ; en turc : Maçuka ou Maçka) est une région montagneuse du Pont, située au sud de Trébizonde, dans l’actuelle province turque de Maçka, près de Trabzon. Sous l’Empire de Trébizonde (1204-1461), elle constitue un district stratégique et religieux majeur, à la fois zone frontalière et réserve agricole de la capitale. Après la chute de l’Empire, elle est intégrée sans rupture majeure à la province ottomane de Trébizonde, conservant longtemps son caractère grec et monastique.

Géographie

La Matzouka s’étend dans une vallée encaissée au sud de Trébizonde, entre la mer Noire et le massif du mont Zigana, qui marque la limite avec l’Anatolie intérieure. Elle couvre la haute vallée du Değirmena Dere, affluent du fleuve Pyxite, et comprend plusieurs villages perchés, dont Maçka, Hamsiköy, Livera et Orta Maçka. Le relief est dominé par des forêts de pins et de hêtres, des gorges profondes et des pâturages d’altitude. Le climat, humide et frais, favorise la culture du blé, de la vigne, du lin et des arbres fruitiers. Cette topographie rend la région difficile d’accès, mais stratégiquement essentielle : elle contrôle le principal passage terrestre entre la mer Noire et le haut plateau d’Erzurum, par le col de la Zigana.

Sous l’Empire de Trébizonde, la Matzouka forme l’un des thèmes méridionaux (districts militaires) de la capitale, faisant office de zone tampon entre la ville et les hautes terres turcomanes d’Anatolie orientale[1].

Histoire

Mentionnée dès le XIIe siècle dans les actes monastiques du Pont, la Matzouka apparaît, après la fondation de l’Empire de Trébizonde en 1204, comme un district militaire et fiscal (thème ou bandon dans la terminologie trapézontine) directement rattaché à la capitale. Le gouverneur local, le képhale de Matzouka, exerce à la fois des fonctions administratives et défensives. Il s’appuie sur des familles grecques locales, issues de la petite aristocratie rurale (archontes), et sur un réseau dense de monastères fortifiés.

Durant les XIIIe et XIVe siècles, la région subit plusieurs incursions turcomanes mais demeure loyaliste. Les monastères servent alors de refuges pour la population. La chronique de Michel Panaretos mentionne à plusieurs reprises des raids qui s’arrêtent aux limites de la Matzouka, preuve de sa valeur défensive[2].

Sous les règnes de Manuel Ier et Alexis III, la Matzouka devient un rempart spirituel autant que militaire. Les empereurs y effectuent des pèlerinages au monastère de Sumela, dédié à la Vierge, considéré comme protecteur de la dynastie comnénienne. D’autres établissements, comme Vazelon et Theoskepastos, assurent la gestion des terres et la perception des taxes pour le compte de l’État. Les actes conservés montrent que ces monastères contrôlent les moulins, les pressoirs et les bois environnants, formant une économie monastique intégrée[3],[4].

Lorsque Mehmet II conquiert Trébizonde en 1461, la Matzouka est l’un des derniers bastions à se soumettre. Contrairement à d’autres provinces, elle n’est pas dévastée : les monastères survivent et la population reste sur place. Les premiers registres fiscaux ottomans (tahrir defterleri) de 1486 confirment une stabilité démographique et toponymique frappante. Les villages conservent leurs noms grecs et leurs structures communautaires. Les terres monastiques sont converties en vakıf (fondations pieuses), mais continuent de fonctionner selon les usages byzantins. Bryer et Lowry estiment que plus de 90 % de la population grecque reste sur place au XVIe siècle[5].

Population

Sous les Comnènes, la Matzouka est peuplée quasi exclusivement de Grecs orthodoxes, rattachés à l’archevêché de Trébizonde. La population vit dispersée en villages autonomes (karyai), groupés autour d’une église paroissiale et administrés par un prêtre et un ancien (proestos). Les actes de Vazelon et de Sumela attestent la présence d’une paysannerie libre, propriétaire de petites exploitations, mais liée au monastère par des redevances en nature.

Après 1461, la région reste chrétienne durant plus d’un siècle : les registres fiscaux de 1520 et 1553 mentionnent encore près de 85 % de foyers chrétiens. Les conversions à l’islam deviennent notables seulement à partir du XVIIe siècle, souvent parmi les familles d’élites rurales ou militaires[6].

Notes et références

Bibliographie

Related Articles

Wikiwand AI