Maurice Fréchuret
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Avant de s'intéresser à l'histoire de l'art proprement dite, Maurice Fréchuret oriente d'abord sa réflexion vers la sociologie et l’aménagement de la ville (DEA de sociologie, dans l’Unité d’enseignement et de recherche « Urbanisme et Aménagement » de Grenoble en 1976 et obtient en 1977 un doctorat de 3e cycle de sociologie et d’études urbaines, sous la direction de Michel Maffesoli. Quatre ans plus tard (1981), il est nommé professeur de culture générale à l’École supérieure des beaux-arts de Saint-Étienne, où il assure un enseignement d’histoire de l’art. En 1985, il prépare un DEA d’histoire de l'art à l'institut d'histoire de l’art et d’archéologie de Lyon, sous la direction de Pierre Vaisse, et obtient en 1986 un doctorat d'Histoire de l’art[1] sous la direction de Pierre Vaisse. La même année, il est nommé responsable du service éducatif du Musée d'art et d'industrie de Saint-Étienne. Il continuera jusqu’en 1996 à enseigner l’histoire de l’art, principalement de l’art du XXe siècle, dans différents lieux (École normale de Saint-Étienne et École d’architecture de Lyon en 1987 ; chargé de cours à la Faculté d’Arts plastiques de l’Université de Saint-Étienne et à l’École des Beaux-Arts de la même ville de 1986 à 1996) jusqu’en 1996.
Conservateur au musée d'art moderne de Saint-Étienne de 1986 à 1993, puis du musée Picasso d'Antibes de 1993 à 2001[2](il est alors nommé conservateur en chef du patrimoine) et directeur du CAPCmusée d’art contemporain de Bordeaux de 2001 à 2006, il est nommé conservateur des Musées nationaux du XXe siècle des Alpes-Maritimes en 2006 et exerce ces fonctions jusqu’en 2014
Parallèlement à son travail d'enseignant, de conservateur du Patrimoine et de commissaire d'expositions, Maurice Fréchuret s'est fait connaître par un grand nombre des publications (livres, articles de catalogues, entretiens) concernant l'art et l'histoire de l'art.
Œuvre critique
Les recherches sur Charles Maurin
En 2006, Maurice Fréchuret rédige le catalogue de l’exposition consacrée au peintre et graveur Charles Maurin au musée Crozatier de Puy-en-Velay : Maurice Fréchuret, Charles Maurin, un symboliste du réel, Éditions Fage, Musée Crozatier du Puy-en-Velay, 2006, au sujet duquel Jean-David Jumeau-Lafond écrira : « Cet ouvrage se présente plus comme une véritable monographie que comme un catalogue. (…) Fruit de ses recherches approfondies, il apporte sur cet artiste peu étudié une somme tout à fait conséquente. (…) Le sous-titre paradoxal « Symboliste du Réel » tente de faire la synthèse d’une œuvre partagée entre des aspirations apparemment divergentes, mais qui possède pourtant sa logique. (…) En évitant de relier l’artiste à une esthétique unique, l’essai de Maurice Fréchuret donne une image fidèle, sinon toujours très facile à suivre, d’une œuvre ouverte sur plusieurs tendances et éloignée des partis pris théoriques. »[3].
Le mou et ses formes
Dans Le mou et ses formes. Essai sur quelques catégories de la sculpture du XXe siècle, publié en 1993 puis en 2004[4], Maurice Fréchuret s’intéresse à ce que devient la sculpture « dès lors qu’elle a perdu ses fonctions de monumentalité religieuse et d’édification politique » : « Là où le monument n’est plus », écrit Yves Michaud[5], « reste le tas. Là où le symbole ne se dresse plus, demeure la coulée. » Maurice Fréchuret établit donc la chronologie de cette « débandade de la sculpture », d'abord avec une étude approfondie d'œuvres de Marcel Duchamp, puis avec les liquéfactions et formes « élastiques et pendantes » de Salvador Dalí, les matériaux de Joseph Beuys, les expansions de César (sculpteur), les tas de sable et de gravier de Ben, le tas de pommes de terre de Giuseppe Penone, les tas de mottes de terre de Mario Merz, etc.[6] Avec Le mou et ses formes, Maurice Fréchuret inaugure, selon son préfacier Yves Michaud, « une nouvelle histoire de l'art, diagonale et transversale, plus attentive aux objets qu'à la simple chronologie des mouvements et aux classifications habituelles. »
La machine à peindre
Avec La Machine à peindre, éd. Jacqueline Chambon, 1994, à travers une approche formaliste renouvelée et grâce à de vastes connaissances historiques, Maurice Fréchuret poursuit son projet d’une histoire de l’art du XXe siècle qui délaisse les classifications et les chronologies convenues pour élaborer de nouvelles catégories. Barthélémy Schwartz, dans la Comète d'Ab irato (1994), son Glob créatif, écrit à propos de cet ouvrage : « Cet ouvrage ne révolutionne pas le mode de lecture des œuvres d’art, mais il permet d’insister sur les limites d’une critique et d’un art produits d’une gestion consensuelle de la société qui s’achève : celle de la société d’économie mixte »[7]
L'envolée, l'enfouissement
L'exposition organisée Par Maurice Fréchuet en 1995 sous le titre "un rien précieux", dira Geneviève Breerette dans Le Monde, L'envolée, l'enfouissement donne lieu à la publication d'un important catalogue : « Maurice Fréchuret propose une réflexion sur les répercussions de la guerre et des drames de l'Histoire, sur l devenir des formes à travers deux types de "figures" qu'il a repérés : celle de l'envolée, significatives d'élans, de désirs de détachement de l'ici-bas, d'aspirations vers les hautes sphères qui marqueraient la production de l'entre-deux-guerres ; celle de l'enfouissement, lourdes de matières gluantes et chaotiques, d'effets de terres et de sols, qui s'amorceraient avec la deuxième guerre et domineraient ses lendemains, en France tout du moins. » Danièle Gillemon écrit à ce propos, dans Le Soir du : « À la base, l'idée fort séduisante que l'art du siècle, après 1918, s'organise plastiquement et symboliquement selon deux mouvements contraires, l'un aérien (pendant l'entre-deux-guerres) prônant l'abandon d'un ici-bas inhabitable au bénéfice de l'exploration de nouveaux espaces, l'autre au contraire (deuxième moitié du siècle) porté par l'idée de la chute et du retour à la terre, voire à une réalité plus sombre et contraignante. »
Les années 1970 : l'Art en cause
L'exposition donnée à Bordeaux en 2002 et intitulée Les années 70, l'art en cause donne également lieu à la publication d'un catalogue, dont Philippe Pigue[8] dit : « Particulièrement effervescentes en matière de création artistique, les années 1970 ont vu émerger de très nombreuses avant-gardes: Art minimal, Art conceptuel, Body Art, Land art, Arte povera, Supports/Surfaces, etc., qui visent toutes sortes de remises en question fondamentales tant du rôle de l'artiste que du statut de l'œuvre d'art. Maurice Fréchuret, directeur du CAPC-Musée d'Art contemporain de Bordeaux, en propose une relecture au travers d'une exposition ambitieuse dans un lieu qui en a suivi en son temps l'aventure. » Michel Nuridsany qualifie le projet "d'exposition de haut vol"[9]
Expositions
Au cours de sa carrière de conservateur, Maurice Fréchuret a organisé de très nombreuses expositions temporaires, tant au Musée Picasso (Antibes) que dans d’autres lieux, expositions consacrées le plus souvent à des artistes contemporains.
Expositions à portée historique ou anthropologique
- 1946, l'art de la reconstruction, une exposition qui portait sur une seule année de la production artistique en Europe, organisée au Musée Picasso d'Antibes en 1996.
- Les années 70, l'art en cause, CAPC Musée d'art contemporain de Bordeaux, 2002[10]
- À l'épreuve de la lumière, qui analysait l'apport de (Bonnard, Matisse, Picasso...) à l'histoire de l'art moderne en liaison avec leurs séjours sur la Côte d'Azur[11]
- Exils (commissariat assuré avec Laurence Bertrand-Dorléac), qui s'attachait à suivre le statut d'exilé dans les trajectoires artistiques de certains artistes comme Picasso, Léger et Chagall, mais aussi Otto Freunlich. Dans cette même série, l'exposition intitulée L'envolée, l'enfouissement (Musée Picasso d'Antibes, 1995), portait sur la période de l'immédiat après-seconde guerre mondiale[12].
- L'Art médecine (Musée Picasso d'Antibes, 1999, commissariat assuré avec Thierry Davila), chez Matisse, Fernand Léger ou Beuys, etc.
- Un siècle d'arpenteurs, les figures de la marche (Musée Picasso d'Antibes, 2000-2001, commissariat assuré avec Thierry Davila)[13].
- Hors-d'œuvre : ordre et désordre de la nourriture (commissariat assuré avec Éric Féloneau), explorait le rôle de la nourriture dans la production artistique.
- Dormir, rêver et autres nuits (commissariat assuré avec François Poisay) celui du rêve et du sommeil.
Expositions monographiques d’artistes modernes et contemporains
Pablo Picasso, Fernand Léger, Marc Chagall, Pierre Tal Coat, Geer Van Velde, Graham Sutherland…
Alicia Framis, Hubert Duprat, Francis Alÿs, Tatiana Trouvé, Laboratoire Stalker, Denis Castellas, Natacha Lesueur, Pilar Albarràcin, Thomas Struth[14], Alice Anderson, Zineb Sedira[15], Franck Scurti, Jean-Baptiste Ganne, Pugnaire et Raffini, Geer Van Velde, Pierre Tal Coat, Graham Sutherland, ….
Retraçant son parcours, Alain Amiel conclut[16] : « Par les thèmes originaux impulsés tout au long de son parcours, Maurice Fréchuret se montre un fin analyste de notre époque et du regard que les artistes portent sur elle. »