Maurice Regnaut
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Maurice Julien Aristide Regnaut |
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Maurice Regnaut, né le à Soncourt-sur-Marne (Haute-Marne) et mort le à Corbeil-Essonnes, est un poète français, un traducteur, un essayiste, un romancier, un auteur de théâtre et un dramaturge. Germaniste, il a enseigné la littérature générale et comparée à l’Université des sciences humaines de Strasbourg de 1970 à 1989. Spécialiste notamment de William Shakespeare et de Rainer Maria Rilke, il est l’un des premiers traducteurs en France de Bertolt Brecht et de l’écrivain hongrois Dezső Kosztolányi.
Ancien rédacteur de la revue Théâtre populaire et membre du comité de rédaction de la revue Action poétique, il a été l’ami d’Arthur Adamov ainsi que de Bernard Dort[1].
Il a publié de nombreux textes dans Théâtre/Public et dans Action poétique, entre autres.
Sur sa pierre tombale est écrit : « Un être sur la terre est passé qui parlait »[2].

Famille
Fils d’Aristide Regnaut, bûcheron, et Cécile Perrin, paysanne, de parents fermiers, après deux filles (Simone et Mauricette) et avant Colette, il passe son enfance à Soncourt puis à Suzannecourt, la famille modeste déménageant souvent. Les parents d’Aristide, Camille Regnaut et Ernestine née Parisot, habitaient à Sexfontaines (près de Colombey-les-Deux-Églises)[3].
Il s'est marié trois fois : avec Françoise Regnaut née Gahide (1957-1970, avec pour témoins respectifs Bernard Dort et Jacqueline Risset), avec Myrtil Laclôtre (1972-1988, témoins Jacquie Adamov et Bernard Leuilliot), et avec Fabienne Zimmermann (1990, décédée en 2005). Trois enfants sont nés du premier mariage, et deux du deuxième.
Formation
Trois rencontres décisives ont orienté sa vie de poète : James Marangé, Stéphane Mallarmé, Louis Aragon.
Cet élève surdoué faillit aller travailler avec son père, mais son destin a été orienté in extremis par son instituteur James Marangé (secrétaire général de la FEN de 1967 à 1974, originaire lui aussi de Soncourt, et dont la tombe jouxte la sienne) :
« J’avais neuf élèves dans la classe de certificat. L’année suivante [1941], ils ont tous réussi. Ce qui m’a ensuite énormément facilité la tâche. J’ai même eu la chance d’avoir un élève extraordinaire, difficile sur le plan de la discipline, mais d’une intelligence hors du commun. Pour avoir la paix, car il était impossible que les autres suivent son rythme, j’étais arrivé à lui faire résoudre des équations du second degré. Forçant quelque peu la main à sa famille, je l’ai présenté au concours des bourses. Après l’école primaire supérieure, il est allé à l’École normale. C’est mon intervention en commission paritaire qui lui a permis d’obtenir ensuite une bourse de continuation d’études, de préparer et d’entrer à l’École normale supérieure de Saint-Cloud. Il enseigne maintenant en faculté. Je peux dire, sans fausse modestie, que je suis à l’origine de sa carrière. C’est une de mes plus belles satisfactions professionnelles[4]. »
Entré en sixième en cours d'année, il apprend le programme d’allemand en une nuit. Deux ans plus tard, il découvre par hasard dans une libraire la Vie de Mallarmé, d’Henri Mondor, « manuel pour moi d’un culte à jamais fondateur » :
« Et le lendemain, j’avais réuni l’argent, j’ai acheté ce livre, et le lendemain j’ai commencé, cette vie, à la connaître, et le lendemain j’ai su, moi, que ma vie était devenue à tout jamais ma vie à moi, ma vie elle-même, et dès le lendemain je ne faisais plus que lire et relire et combien de fois, combien, ce premier tome […] Mallarmé, mon maître, en effet, mon seul, […][3]. »*
Débuts
Il écrit ses premiers poèmes à partir de 1943 et son premier recueil De la même forme que l’eau paraît sous le pseudonyme de Julien (René Debresse éditeur, Paris, 1954), qu’il gardera jusqu’en 1956 (dans Les Lettres françaises n° 602 de il signe Julien et dans Les Lettres françaises n° 665 d’ il abandonne ce pseudonyme).
La troisième rencontre décisive est celle de Louis Aragon, directeur des Lettres françaises, auquel le jeune poète adresse en 1955 un courrier en envoyant une Ode actuelle[5]. Une correspondance s’ensuivra jusqu’en 1965[6]. Il est l’un des six poètes (avec Bernard Vargaftig, Jacques Garelli, Pierre Lartigue, Jacques Roubaud, André Liberati) pour lesquels Louis Aragon a organisé la mémorable soirée « Six poètes et une musique de maintenant » au théâtre Récamier en . Francis Arnault, Édith Scob et Antoine Vitez y ont lu Pacific Air Command, poème repris dans Intermonde, recueil publié en 1974 par P. J. Oswald[7]. Aragon écrit dans les Lettres françaises :
« Car pour nous, Maurice Regnaut n’est pas un inconnu, c’est un homme qu’on ignore, parce que nous vivons au temps des sourds[8]. »
En 1958 il publie son premier roman, La Chambre à four (Éditions du Seuil), et sa première pièce, « La nouvelle constitution », dans Théâtre de société avec Arthur Adamov et Guy Demoy (Éditeurs français réunis). Cette pièce fut écrite au cours d’un mois de villégiature commune à Toulon l’été 1958[9].
D’ à il est rappelé dans la guerre d’Algérie, où il se lie d’amitié avec Bernard Dort, l'un des principaux animateurs de la revue Théâtre populaire, qui favorise la connaissance du théâtre de Bertolt Brecht, de Jean Genet et d’Arthur Adamov. C’est par Dort qu’il se lie d’amitié avec Adamov, surnommé Ern[10]. Il traduit le théâtre de Brecht et met en scène avec André Steiger la création en France de La Bonne Âme de Se-Tchouan au théâtre Récamier en 1960.
Il réalise la dramaturgie de plusieurs mises en scène par Pierre-Étienne Heymann, pour Marat/Sade de Peter Weiss en 1972, pour Saint-Nicolas mon bon patron d’Anne Perry-Bouquet en 1974, et pour Le Ping-pong d’Arthur Adamov en 1975.

Il publie ses poèmes dans Action poétique, du n° 30 (1966) au n° 207-210 (2012)[11]. Il en a été membre du comité de rédaction de 1968 à 1999[12] aux côtés des poètes Henri Deluy, Pierre Lartigue, Charles Dobzynski, Paul Louis Rossi, Bernard Vargaftig, Lionel Ray, Alain Lance, Claude Adelen, et bien d'autres.
Carrière
Reçu major au concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs en 1944, il démissionne en 1947 pour vivre à Paris chez sa sœur. Reçu à l’ENS de Saint-Cloud puis au CAPES, il est nommé au lycée d’Albert (Somme). Après une année où il y enseigne tout en habitant à Paris, il obtient un congé de formation au concours d’inspecteur primaire (sans aucune intention de le réussir) puis une année de disponibilité en 1960-1961 pour se consacrer au théâtre et à la dramaturgie. Ayant dû reprendre son poste à Albert et déménager à Amiens, il sombre dans une grave dépression qui nécessite un séjour d’un mois en « cure de sommeil » à l’hôpital psychiatrique d’Amiens (hiver 1962-1963).
Nommé en 1963 au lycée Blaise Pascal à Orsay (alors Seine-et-Oise), il y enseigne jusqu’en 1970. Puis il est muté à la faculté de Strasbourg, suivant d’un an le parcours de son collègue d’Orsay et ami Bernard Leuilliot. Il soutient sa thèse de doctorat en 1976, « La dramaturgie brechtienne en France : Adamov entre Artaud et Brecht ».
À la retraite, il se consacre à ses écrits, en compagnie de sa jeune épouse Fabienne Regnaut qui lui conçoit son site Internet pour y éditer son œuvre, de retour de deux années de formation de webmaster à Stanford en Californie avec lui (1990-1992).
Son enseignement a fortement marqué plusieurs générations d’étudiants, qui en ont témoigné dans des articles, et dont certains sont devenus de proches amis.
