Mauve le Vierge
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| Mauve le vierge | ||||||||
| Auteur | Hervé Guibert | |||||||
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| Pays | France | |||||||
| Genre | nouvelle | |||||||
| Éditeur | Éditions Gallimard | |||||||
| Date de parution | 1988 | |||||||
| Type de média | Livre | |||||||
| Nombre de pages | 156 | |||||||
| ISBN | 978-2-07-078431-8 | |||||||
| Chronologie | ||||||||
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Mauve le vierge est un recueil de nouvelles d’Hervé Guibert paru aux Éditions Gallimard en 1988. L’ouvrage comprend 10 nouvelles dont l’une est consacrée à Michel Foucault : les secrets d’un homme.
L'enfance : la fresque et le père absent
Avant même la naissance de Mauve, son père peint une fresque sur un mur de l'appartement familial. Il s'inspire d'une image trouvée dans un magazine d'art soviétique rapporté d'un voyage en Pologne — une scène représentant trois corps assis de dos face à la mer, avec en arrière-plan la silhouette d'un hydravion. Le père quadrille l'image à la règle, reporte les contours au crayon sur le mur blanchi, puis dilue des pigments bleus pour peindre l'étendue marine. Il ne termine jamais l'œuvre : le personnage de droite demeure sans yeux ni bouche. Un jour, pris d'une impulsion, il applique dans un coin une touche d'outremer intense avant d'abandonner définitivement les pinceaux.
La mère, enceinte, lui demande de finir la fresque avant la naissance de l'enfant. Il refuse. Elle tente d'effacer l'œuvre en passant une couche de blanc devant lui ; il lui tord le poignet sans élever la voix. L'enfant naît. Le bleu intense résiste à tout — poussière, soleil, éponges — et s'installe durablement dans l'imaginaire de Mauve. Plus tard, il découvre que son père n'a pas inventé le tableau mais l'a copié, et que la page du magazine a été arrachée et jetée. Loin d'en être déçu, Mauve se sent encore plus proche de lui et souhaite retrouver l'original pour peut-être continuer la fresque à sa place.
La mère découvre l'infidélité du père. Sachant qu'un divorce lui ferait perdre la garde de l'enfant, elle le retrouve dans un restaurant du Quartier Latin et lui tire une balle dans le dos. Elle se constitue prisonnière volontairement et passe plus de sept ans en détention. Pendant ce temps, Mauve vit seul avec une tante dont la présence lui semble fantomatique, tandis que la fresque règne sur l'appartement comme un substitut paternel.
Mauve passe des heures devant l'œuvre, entre adoration et répulsion. Il voudrait compléter le visage sans traits du personnage de droite, mais un tremblement incontrôlable l'en empêche à chaque tentative, au point que sa tante l'emmène consulter un psychologue. À sa sortie de prison, la mère publie un livre sur le meurtre, donne des interviews et passe à la télévision, humiliant publiquement Mauve qui tente en vain de faire cesser ce déballage.
L'adolescence : le Las Vegas et le Turc
Mauve fréquente régulièrement un établissement appelé le Las Vegas, une vaste salle de machines à sous. Il ne s'y rend pas pour jouer mais pour observer les visages, les incidents et les bagarres, se tenant toujours au même endroit avant de repartir seul. Un soir, pour la première fois, il s'avance vers un inconnu : un jeune Turc qui se fait appeler Ali et qui propose à Mauve de lui craquer toutes les articulations du corps contre paiement. Dans un appartement voisin, le garçon se retourne sur le ventre et demande à Mauve de marcher sur son dos en échange de ce service. Mauve s'exécute. Les deux garçons se séparent sans cérémonie une fois l'affaire terminée.
Cette rencontre transforme Mauve. Enhardi, il commence à suivre des inconnus dans la nuit. Un soir, il prend en filature un homme en pull de marin rayé bleu et blanc à travers une cour intérieure sombre et hostile. Au fond de la cour l'attend un second garçon portant le même pull, plus petit que le premier. Celui-ci saisit Mauve par la manche, le tire vers la rue et le menace de lui briser le crâne s'il ne les laisse pas tranquilles. C'est la seule nuit où Mauve aurait voulu toucher ce garçon — et il sait déjà que le lendemain il l'aura oublié.
La vieillesse : le désert et le chant
Devenu vieux, Mauve part pour le désert algérien. Il s'éloigne des campements, dort à la belle étoile en mars et protège ses pieds des serpents et des scorpions avec des sacs en plastique. Il croise des Fulbe Mbororo, des jeeps qui ne s'arrêtent pas, un cycliste solitaire, un fou qui exhibe un dollar pour susciter des offrandes. Il marche jusqu'à découvrir une montagne en forme de peigne dissimulant un bassin de rochers que la lumière du soleil rend impossible à photographier. Dans ce lieu que nulle carte ne répertorie, Mauve se met à chanter quelque chose d'informe et inchoate, proche du bel canto. Il décide qu'il y amènera un jour un orchestre entier. Son chant ne peut atteindre personne — sauf, peut-être, Dieu.
La mort
Sur un bateau, Mauve est à genoux sur le pont, occupé à rincer un bocal de légumes avec de l'eau de mer, lorsqu'il entend un craquement dans son dos. Il se retourne et voit l'homme — celui avec qui il s'était lié d'amitié à terre — une rame à la main. Le temps s'étire, sa vue se brouille ; il n'entend plus que le grondement des turbines. Aucun condamné à mort, aucun bourreau, aucune victime, ni Dieu ni le diable n'avaient jamais perçu une logique aussi parfaite dans leur destin. L'âme de Mauve, brisée, s'envole vers la fresque.
Commentaires
La première nouvelle, Mauve le vierge, qui donne son titre au recueil pourrait évoquer l’intrusion de la maladie dans la vie et l’œuvre d’Hervé Guibert. La couleur mauve du titre fait penser au sarcome de Kaposi associé au sida[réf. nécessaire]. Dans la nouvelle intitulée "les secrets d’un homme", il évoque les derniers jours et l’enterrement de Michel Foucault, mort du sida en 1984[1],[2].
« Et à la mort ce fut lui qui négocia avec la famille : il marchanda le choix du linceul contre l’effacement de son nom sur le faire-part »
La nouvelle préfigure le roman À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie. Les textes montrent la capacité de l’auteur à jouer de la grande proximité d’éléments quotidiens et d’éléments fantastiques mais aussi à dépasser cette capacité pour construire l’autofiction. Cet ouvrage est important pour la compréhension globale de l’œuvre.