Max Samuel Levitas, né le à Dublin et mort le , est un militant communiste britannique d’ascendance irlandaise, qui exerce également des fonctions de conseiller municipal. Il s’impose durablement comme une personnalité marquante de l’East End de Londres, espace urbain dont il constitue l’une des figures politiques les plus identifiables au cours du XXe siècle. Frère de Maurice Levitas, lui-même engagé dans le militantisme communiste, il adhère dans un premier temps à la Ligue des jeunes communistes, avant de rejoindre le Parti communiste de Grande-Bretagne.
Dans le cadre de son implication dans la vie publique, Levitas s’inscrit en opposition résolue à la British Union of Fascists et prend part à des affrontements d’ordre politique lors des troubles de Cable Street, agissant de concert avec les forces de la Metropolitan Police. Affilié au Parti communiste de Grande-Bretagne, il exerce successivement des fonctions de conseiller municipal au sein des circonscriptions de Stepney puis de Tower Hamlets au cours de la décennie 1940. À la fin des années 1980, dans un contexte de dissensions internes croissantes liées aux orientations idéologiques de l’eurocommunisme, il se rallie au Parti communiste britannique récemment reconstitué.
Max Levitas naît dans le quartier de Portobello, à Dublin, où il reçoit son instruction à l’établissement Saint Peter. Il est issu d’un foyer de confession juive, au sein duquel l’on pratique le yiddish, formé par deux parents ayant quitté l’Empire russe afin d’échapper aux pogroms: son père, Harry, originaire de Lituanie, et sa mère, Leah, native de Lettonie. Harry Levitas s’illustre comme un militant actif au sein du syndicat des tailleurs, machinistes et repasseurs juifs (Amalgamated Jewish Tailors', Machinists' and Pressers' Union), engagement qui entraîne son inscription sur des listes d’exclusion patronales. Cette mise à l’index compromet durablement ses perspectives professionnelles et conduit la famille à déménager à Glasgow en 1927; à cette occasion, Max Levitas interrompt prématurément sa scolarité[1],[2],[3].
Établi à Glasgow, Levitas s'initie au communisme et formalise son engagement dès sa seizième année en intégrant la Ligue des jeunes communistes. L'année 1931 marque l'exil de sa cellule familiale vers l'East End londonien. Il y exerce alors la profession de pressier au sein d'une échoppe de tailleur, s'inscrivant ainsi dans le sillage paternel au cœur de l'industrie de la confection. Parallèlement à son labeur, il assume la charge de secrétaire pour la section de Mile End de la Ligue, organisation dont son cadet, Maurice, devient également membre[2],[1].
Dans l’East End londonien, Levitas consacre l’essentiel de son activité militante à la lutte antifasciste. En 1934, il est interpellé pour avoir apposé, sur trois faces de la colonne de Nelson, l’inscription «mobilisation totale contre le fascisme»; il est ultérieurement appréhendé après être revenu sur les lieux afin de contempler son ouvrage, tout en étant encore muni du pinceau utilisé à cet effet[4]. Deux ans plus tard, il prend part aux affrontements de Cable Street, au cours desquels des populations juives et des militants socialistes font obstacle à une procession fasciste cherchant à traverser l’East End. À l’annonce de son décès, le Morning Star le qualifie de «dernier survivant de la bataille de Cable Street»[1].
Le militantisme communiste au sein de l'East End durant la quatrième décennie du XXe siècle s'articule prioritairement autour de la contestation des baux prohibitifs. En 1939, Max Levitas coordonne une grève des loyers d'une durée de quatre mois aux Brady Street Mansions, ensemble immobilier où il réside alors avec son aïeule. Cette mobilisation constitue le cadre de sa rencontre avec sa future épouse, Sadie Freedman. Parallèlement à son engagement politique, il exerce son activité professionnelle dans la confection, officiant en qualité de délégué au sein du Syndicat des tailleurs et des ouvriers de l’habillement. Lors de la Seconde Guerre mondiale, il s'enrôle comme sapeur-pompier volontaire. De concert avec Phil Piratin, il planifie l'investissement de l'abri antiaérien de l'hôtel Savoy, action d'éclat visant à dénoncer l'indigence des structures de protection civile dans les quartiers orientaux de la capitale. Cette pression politique contraint les autorités gouvernementales à ordonner, quelques jours plus tard, l’accessibilité des stations du métropolitain à des fins de refuge pour la population[1],[3].
Parvenu à une notoriété certaine dans l’art oratoire, Levitas s’affilie au Parti communiste de Grande-Bretagne, section de Stepney, au sein duquel il participe, en 1943, à la rédaction d’un opuscule intitulé «Stepney: un arrondissement digne d’estime». En 1946, il figure parmi les dix candidats de cette formation élus au conseil municipal de Stepney. Il y exerce plusieurs mandats successifs et siège notamment au conseil municipal de Tower Hamlets. Sa dernière défaite électorale, en 1971, intervient après une durée cumulée de quinze années de fonctions comme conseiller municipal[1]. Parallèlement, il brigue à deux reprises, sans succès, un siège au conseil du comté de Londres, en 1952 puis en 1955, dans la circonscription de Stepney[5],[6]. Il présente également sa candidature, toujours sans obtenir de mandat, au conseil du Grand Londres: à Tower Hamlets en 1970, puis dans les circonscriptions de Stepney et de Poplar lors des scrutins de 1973, 1977 et 1981[7].
Au terme de son mandat de conseiller municipal, Levitas s'établit comme commerçant itinérant sur les marchés de Dunstable, bien qu'il maintienne sa résidence au sein de l'East End londonien. Sa trajectoire politique demeure inféodée au Parti communiste de Grande-Bretagne (CPGB), dont il accompagne l'évolution jusqu'à la scission de laquelle émerge le Parti communiste britannique (CPB). Outre cette affiliation partisane, il s'investit dans le tissu associatif local, œuvrant de concert avec les groupements de locataires et de retraités, tout en s'impliquant dans diverses coalitions antiracistes[3]. S’il s'affranchit de ses obligations professionnelles à l’âge de 80 ans, il ne se départit nullement de son ardeur militante. En 2002, il procède à Dublin à l'inauguration d'une plaque commémorative marquant l'emplacement de l'ancienne synagogue de Camden Street et du siège du syndicat des tailleurs et repasseurs. En 2013, il intervient publiquement lors d'un rassemblement visant à contrecarrer la English Defence League[2]. Enfin, dans sa centième année, il diligente une campagne contre le coût prohibitif des réfections imposées à son domicile de Sidney Street[1].
Levitas manifeste un attachement assidu au Tottenham Hotspur Football Club, dont il fréquente avec régularité les rencontres en compagnie de son fils, Stephen, jusqu’à la disparition de ce dernier en 2014. À l’occasion de son centième anniversaire, la formation lui remet une carte commémorative ainsi qu’un fanion revêtus des signatures de l’ensemble de l’effectif[1]. L’année suivante, il est recensé comme le plus ancien «ami des personnes atteintes de démence» à l’échelle mondiale[3]. Il demeure affilié à la CPB jusqu’à son décès, y acquérant de ce fait la double primauté d’ancienneté et d’âge[8].