Meinongianisme

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Le meinongianisme (ou néo-meinongianisme dans ses formes contemporaines) est un courant de philosophie métaphysique qui soutient qu'il existe des objets qui n'existent pas, c'est-à-dire que le domaine de ce dont on peut parler et penser excède le domaine de ce qui existe. Ce courant tire son nom du philosophe autrichien Alexius Meinong (1853–1920), dont la théorie de l'objet (Gegenstandstheorie) constitue le point de départ historique et conceptuel de ces positions. Le meinongianisme s'oppose aux traditions philosophiques issues de Hume, Kant, Frege et Quine, pour lesquelles seuls les objets existants peuvent être les sujets véritables d'une prédication ou d'une quantification[1].

Le problème de l'intentionnalité

Le meinongianisme trouve ses racines dans le problème de l'intentionnalité, c'est-à-dire la propriété qu'ont les états mentaux d'être dirigés vers un objet. Le principe d'intentionnalité, hérité de Franz Brentano, affirme que tout acte psychique est « à propos » de quelque chose : aimer, c'est toujours aimer quelque chose ; imaginer, c'est toujours imaginer quelque chose. Or, il arrive fréquemment que l'on imagine, désire ou craigne des choses qui n'existent pas : certains craignent le diable, Ponce de León cherchait la fontaine de Jouvence, et tout un chacun peut se représenter une montagne d'or[2].

Face à ces cas qui semblent contredire le principe d'intentionnalité, Brentano soutenait que la conscience ne peut véritablement avoir pour objet des entités inexistantes. Meinong proposa une solution radicalement différente : à chaque état mental correspond bien un objet — si ce n'est un objet existant, du moins un objet non-existant.

Les principes fondamentaux de la Gegenstandstheorie

La théorie de l'objet de Meinong repose sur plusieurs principes articulés autour de la distinction entre l'être (Sein) et l'être-tel (Sosein) d'un objet :

  • Principe d'indépendance du Sosein par rapport au Sein : les propriétés d'un objet (son « être-tel ») sont indépendantes de son existence. Ainsi, la montagne d'or possède les propriétés d'être une montagne et d'être en or, indépendamment du fait qu'elle n'existe pas. En termes meinongiens, l'être d'un objet n'est jamais déductible de son être-tel[1].
  • Principe d'indifférence (Prinzip der Außerseinigkeit) : l'objet pur, en tant que visé par la pensée, est ontologiquement indifférent aux notions d'existence et de subsistance. Meinong distingue ainsi les objets existants (les entités concrètes et spatio-temporelles), les objets subsistants (comme les relations logiques ou mathématiques) et les objets « hors-l'être » (außerseiend), qui n'existent ni ne subsistent, comme le rond carré[1].
  • Principe de caractérisation : pour tout ensemble de propriétés, il y a un objet qui possède exactement ces propriétés. Ce principe est au fondement de la « jungle meinongienne » d'objets de toutes sortes[2].

Meinong résuma sa position par un paradoxe resté célèbre : « Il y a des objets à propos desquels on peut affirmer qu'il n'y en a pas »[1].

Objections classiques : Russell et Quine

La théorie de Meinong fut vivement critiquée, notamment par Bertrand Russell et Willard Van Orman Quine[2],[3].

Motivations philosophiques

Notes et références

Voir aussi

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