Meles anakuma
espèce de mammifère
From Wikipedia, the free encyclopedia
Anakuma, Blaireau du Japon
Répartition géographique
- Meles anakuma Temminck, 1843 (Protonyme) [1]
- Meles ankuma J. E. Gray, 1865 [1]
- Meles anakuma aoshimensis Matsumoto, 1930 [1]
- Meles anakuma miyagiensis Matsumoto, 1930 [1]
- Meles anakuma ponticus Matsumoto, 1930 [1]
- Meles leucurus kuzuüensis T. Shikama, 1949 [1]
- Meles meles anakuma Ellerman & Morrison-Scott, 1951 [1]
Meles anakuma, l’Anakuma, plus connu sous le nom de Blaireau du Japon (ニホンアナグマ, Nihon-anaguma), est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Mustélidés.
Dénominations
- Nom scientifique valide : Meles anakuma Temminck, 1844, selon Mammal Diversity Database ()[1] et ITIS ()[2] ;
- Nom normalisé japonais : ニホンアナグマ (Nihon-anaguma) ;
- Nom normalisé anglais : Japanese Badger[1][2][3] ;
- Noms vulgaires : Blaireau Anakuma[4][5] (nom technique), Blaireau du Japon[6], Blaireau japonais ;
- Nom vernaculaire japonais : アナグマ、穴熊、貛 (vieilli) (Anaguma) ;
- Noms vernaculaires : Anakuma[7][5], Blaireau ;
- Noms régionaux japonais :
- アナホリ、穴掘り (Anahori)[8] ;
- クマダヌキ (kumadanuki, villages de montagnes de Tokushima)[9] ;
- ササムジ (Sasamuji, Akagine, préfecture de Gunma)[9] ;
- ササクマ、笹熊、貛 (Sasakuma, Maze, préfecture de Nigata)[9] ;
- ササグマ、笹熊 (Sasaguma)[10] ;
- マミ、猯、貒、狢 (Mami, terme spécifique à l’espèce dans les régions de l’Est du Japon)[9][11][12] ;
- マミコ (Mamiko, préfecture d’Aomori)[9] ;
- マミタヌキ、猯、貒狸 (Mamitanuki)[11] ;
- マミダヌキ、猯、貒狸 (Mamidanuki) ;
- ミ、猯、 (Mi) ;
- ミタヌキ、猯、猯狸 (Mitanuki) ;
- ミダヌキ、猯、猯狸 (Midanuki) ;
- マミムジ (Mamimuji, Maze, préfecture de Nigata)[9] ;
- ムジナ、狢、貉 (Mujina, terme générique dans les régions de l’Est du Japon)[9][13] ;
Taxonomie
Histoire taxonomique

La première description de l’Anakuma par la zoologie occidentale fut publiée par le naturaliste néerlandais Coenraad Jacob Temminck entre 1842 et 1845, sur la base de spécimens collectés par Philipp Franz von Siebold dans [la localité de Nagasaki et d'Awa][7]. Temminck y présente l'espèce comme la troisième du genre Meles connue à l'époque, notant que sa morphologie se rapproche davantage du Taxidée américain (Meles labradoricus) que de l'espèce du Blaireau d’Europe (Meles taxus) [4]. Il distingue l'Anakuma par son pelage terne et peu varié, caractérisé par un feutre jaunâtre abondant visible à claire-voie sous des poils soyeux annelés de brun noirâtre [4]. Contrairement aux autres espèces de blaireaux, il ne possède pas de masque facial marqué, bien qu'une fine bande jaunâtre s'étende du museau jusqu’aux yeux [4]. Ses oreilles totalement blanches et sa queue d'un roux clair, sont annelée de brun en son centre [4]. Sur le plan écologique, l'ouvrage souligne le rôle d'ingénieur souterrain de l’espèce, analogue au Blaireau d’Europe, dont les vastes terriers creusés dans les montagnes boisées servent fréquemment de refuge au Renard roux du Japon et au Tanuki du Japon (Nyctereutes viverrinus) [15]. Bien que réparti sur l'ensemble de l'archipel nippon, Siebold observait déjà au milieu du XIXe siècle que l'espèce était assez rare et difficile à observer [7].
Durant la seconde moitié du XIXème jusqu’à la fin de la première moitié du XXème siècle, l’espèce Meles anakuma s’enrichira de nouvelles sous-espèces : un spécimen sibérien M. a. amurensis par Édouard Louis Trouessart en 1904[16], ainsi que trois autres sous-espèces insulaires, en plus de l’espèce-type M. a. anakuma : aoshimensis, miyagiensis et ponticus[17].
Cependant, en 1951, l’espèce se vit déclassée en tant que simple sous-espèce du blaireau d’Eurasie (Meles meles)[18]. Ce statut de sous-espèce fut maintenu dans la première édition de Mammal Species of the World en 1982[19], ainsi que dans la seconde édition de 1993 où l'espèce reste absente en tant que taxon distinct, mais toutefois suggéré par des études menées dans le début de la décennie[20].
Évolutionniste et taxonomie contemporaine
En effet, des études paléontologiques menées au début des années 1990 suggèrent déjà que le genre est arrivé au Japon au cours du Pléistocène moyen via la péninsule Coréenne, s'isolant ainsi des populations continentales[21]. Au début des années 2000, l'analyse morphologique de l'os pénien (baculum) apporte une preuve anatomique décisive : l’Anakuma possède une structure biculaires unique, en forme de feuille de ginkgo, dont les spécificités dépassent les variations observées entre d'autres espèces de mustélidés bien distinctes[22]. Cette distinction est confirmée par l'examen de la denture, qui révèle que M. anakuma conserve des traits ancestraux (plésiomorphes) et possède les plus petites dents du genre Meles[23]. Les recherches sur le dimorphisme sexuel crânien et la variabilité géographique du crâne viennent renforcer ce constat d'une trajectoire évolutive propre à l'archipel[24][25]. Plus récemment, la génétique a scellé ce statut d'espèce endémique, tant par l'analyse des microsatellites[26] que par l'étude de l'ADN mitochondrial et du chromosome Y, confirmant une séparation génétique nette avec les lignées d'Asie continentale[27]. Enfin, des travaux de 2026 soulignent même des adaptations ostéologiques et myologiques spécifiques, comme une mobilité accrue du coude, probablement liée à son environnement insulaire[28].
Phylogénie
Voici un cladogramme du genre Meles synthétisant les données phylogénétiques des articles de Kinoshita et al. (2017) et Dangerfield et al. (2026).
| Genre Meles |
| ||||||||||||||||||||||||
Description
Morphologie générale

L'anakuma possède un corps robuste, trapu et en forme de coin[29]. Il se caractérise par une petite tête, un long museau, un cou court et épais, des pattes courtes soutenant un corps allongé, ainsi qu'une petite queue[29]. Bien qu'il appartienne à la famille des Mustélidés, l'anakuma a une apparence et une taille corporelle très similaires à celles du Tanuki du Japon, qui appartient quant à lui à la famille des Canidés[30].
C'est un animal de taille moyenne, pesant généralement entre 4 et 10 kg, avec une longueur tête-corps allant de 55 à 70 cm[31]. Le dimorphisme sexuel est présent, les mâles étant significativement plus grands que les femelles[32]. En moyenne, les mâles adultes pèsent 5,7 ± 0,4 kg pour une longueur tête-corps de 66,8 ± 2,7 cm, tandis que les femelles pèsent 4,4 ± 0,6 kg pour 60,4 ± 2,4 cm[32].
Son poids fluctue énormément tout au long de l'année[33]. Il est au plus bas en mai-juin et atteint son maximum en novembre[33]. Chez le mâle adulte, le poids peut passer de 5,8 kg à 11,0 kg (soit une augmentation de près de 1,9 fois sa masse) en vue d'accumuler des réserves pour la période hivernale[33]. L'accumulation de graisse avant l'hibernation se traduit par une augmentation de son poids corporel de plus de 50 % par rapport à l'été[34]. Outre la prise de poids, le stockage de la graisse avant l'hiver entraîne une augmentation visible du volume de l'animal, avec un élargissement mesurable de son tour de taille ou de sa circonférence abdominale du printemps vers l'hiver[35].
L'anakuma est physiquement plus petit et a le crâne plus obtu que le Blaireau d’Europe (Meles meles) qui lui présente un dimorphisme sexuel beaucoup plus prononcé au niveau de la longueur de son corps[36][37].
Ses quatre membres sont dotés de griffes relativement longues et très puissantes, parfaitement adaptées pour creuser des terriers[29]. Ces griffes extrêmement robustes lui confèrent une grande capacité d'excavation[38]. Ses empreintes montrent 5 doigts parallèles bien séparés du coussinet plantaire[39]. Les marques de ses longues griffes apparaissent souvent comme de petites pointes distinctes, séparées de l'extrémité des doigts[39].
L'apparence générale du pelage confère à l’espèce une grande variété d'un individu à l'autre[40]. Certains spécimens arborent un corps relativement grand avec un pelage brun clair et de fines rayures verticales sur les yeux, tandis que d'autres, plus petits, affichent des rayures verticales brun foncé très marquées au niveau des yeux[40].
- Tête plus claire laissant voir les bandes faciales.
- Tête plus foncée laissant comme voir une bande faciale plus opaque se recoupant sur la face.
Écologie et comportement
Activité

L'anakuma est un animal principalement nocturne, bien que son rythme journalier connaisse d'importantes variations saisonnières[41]. De juillet à octobre, il quitte généralement son terrier au coucher du soleil pour y retourner à l'aube[42]. Cependant, au printemps, période de reproduction et d'élevage, il n'est pas rare de voir les individus, et particulièrement les femelles reproductrices, s'activer en plein jour pour subvenir aux besoins de leurs petits[42].
Contrairement à ses cousins européens, l'Anakuma ne vit pas en groupe : il mène une vie fondamentalement solitaire avec un système de reproduction de type polygynie[32][43]. Les femelles reproductrices occupent des domaines vitaux exclusifs (sans chevauchement avec d'autres femelles), centrés autour de ressources alimentaires riches, ce qui indique une territorialité intra-sexuelle marquée[44]. La taille du domaine vital varie considérablement selon le sexe et la région : lors de la saison des amours, les mâles étendent considérablement leur domaine (passant en moyenne de 33 hectares à plus de 62 hectares en zone périurbaine) pour englober les territoires de plusieurs femelles, tandis que celles-ci se cantonnent à des domaines plus restreints (environ 15 hectares)[45]. Dans d'autres régions plus sauvages, les domaines peuvent être bien plus vastes, atteignant en moyenne 158 hectares pour les mâles et 44 hectares pour les femelles[46]. L'espèce utilise un grand nombre de terriers, en exploitant en moyenne 13,5 par an répartis sur son domaine[46].
En hiver, l'Anakuma entre dans une phase de léthargie (hibernation). Entre décembre et février, son activité baisse drastiquement et il reste confiné dans son terrier[47]. Durant cette période, sa température corporelle diminue fortement (passant de près de 39,8 °C à environ 32,0 °C), ce qui lui permet de réduire son métabolisme basal et de limiter sa consommation de graisses accumulées[33]. La durée de cette hibernation varie selon les latitudes : elle est de plusieurs mois dans les régions froides et montagneuses, et plus courte dans des zones méridionales (comme à Kyūshū, avec une moyenne de 50 jours), où son déclenchement semble davantage lié à la diminution de la photopériode (la longueur du jour) qu'à la seule baisse des températures[48]. Dans ces régions plus douces, l'hibernation n'est pas continue et l'animal présente des phases de réveil périodiques (environ tous les 11 jours) lui permettant de brèves sorties même par des températures proches de 0 °C[48].
Enfin, il arrive fréquemment que l'Anakuma partage ses vastes terriers avec le Tanuki du Japon (Nyctereutes viverrinus). Cependant, les deux espèces évitent les rencontres et la compétition directe grâce à une fine différenciation de niche temporelle : elles utilisent le terrier à des heures ou des saisons différentes[30]. De plus, le Tanuki adopte un comportement exploratoire prudent et prolongé à l'entrée du terrier en utilisant activement son odorat pour s'assurer de l'absence du blaireau avant d'y pénétrer[30].
Alimentation

L'Anakuma est un omnivore opportuniste dont le régime alimentaire s'adapte de manière très flexible à la disponibilité saisonnière des ressources[49][50].
Son alimentation est constituée de trois piliers principaux : les vers de terre, divers arthropodes comme des insectes ainsi que les fruits[51]. Les vers de terre représentent la part la plus constante de son régime tout au long de l'année[51][50]. Il consomme également une grande quantité d'insectes, particulièrement des coléoptères terrestres et diverses larves, avec un pic de consommation marqué en été[52][53]. En automne, les fruits et les baies deviennent une ressource prédominante, permettant à l'animal d'accumuler les graisses nécessaires pour passer l'hiver[52][54]. De manière plus occasionnelle, il se nourrit de petits mammifères (notamment des rongeurs de la sous-famille des campagnols, que le blaireau capture plus facilement car moins agiles que d'autres souris), d'amphibiens et de reptiles[50]. L'Anakuma fourrage principalement à la surface du sol, utilisant son long museau et ses pattes avant pour fouiller la terre[55].
Dans les zones périurbaines ou fortement anthropisées, le nourrissage direct ou indirect par l'homme, comme des déchets, ou encore des dépôts de nourriture à destination d’autres animaux, a un impact profond sur sa condition physique[35]. Les individus dépendants de ces sources de nourriture artificielle affichent un poids et un volume de graisse corporelle significativement plus élevés tout au long de l'année, faussant leurs fluctuations de poids naturelles[35]. Les blaireaux ont même commencé à recoloniser certains espaces urbains denses (comme à Tokyo), tirant parti de minuscules parcelles vertes pour subvenir à leurs besoins[56].
Cycle de vie
La période d'accouplement a principalement lieu au printemps, entre début mars et la mi-avril[32]. Les accouplements se déroulent souvent à l'entrée des terriers et peuvent durer de longues heures, jusqu'à 165 minutes ; on suppose que cette longue durée et les vocalisations spécifiques du mâle servent à stimuler l'ovulation de la femelle, à l'instar d'autres mustélidés[57]. L'Anakuma connaît un phénomène de diapause embryonnaire, une implantation différée : l'ovule fécondé reste en attente et ne s'implante dans l'utérus que plus tardivement (autour de janvier ou février)[57]. La gestation effective s'étale ainsi sur environ un an, et les naissances surviennent au printemps suivant[32].
Une portée compte en moyenne de 2,3 à 2,5 petits, mais peut varier d’un minimum de 1 à un maximum de 4 blaireautins[32][43]. Seule la mère s'occupe de l'élevage des petits ; les mâles matures ne participent d'aucune façon aux soins parentaux et s'attardent rarement dans les terriers abritant des femelles adultes avec leurs jeunes[32]. Les jeunes commencent à émerger de leur terrier natal entre mai et juin[58].
Concernant la dispersion des jeunes, la dynamique spatiale est inégale selon les sexes. Les mâles finissent systématiquement par se disperser pour établir leur propre domaine, bien qu'ils puissent rester associés à leur domaine natal pendant plusieurs mois (souvent entre 15 et 19 mois)[43]. À l'inverse, il est très fréquent d'observer une philopatrie chez les femelles : une partie d'entre elles reste sur le domaine vital de leur mère, allant parfois jusqu'à hériter du territoire maternel (pouvant y demeurer jusqu'à 26 mois ou plus)[43].
L’Anakuma et l’Homme
Menaces et conservations
L’anakuma est encore considérée par l'UICN comme assez commune[59]. Plusieurs menaces sur l'espèce se sont récemment additionnées, laissant craindre une future classification en espèce menacée :
Chasse et consommation
La chasse à l’anakuma est légale et traditionnelle dans le respect du droit japonais, bien qu'elle soit supposée avoir fortement diminué depuis les années 1970[59].
Sur l'île de Kyushu, et particulièrement dans la préfecture de Kagoshima, les agriculteurs le traquent et le piègent régulièrement en le considérant comme un déprédateur « nuisible »[60]. Les autorités locales offrent une prime d'environ 25 $ US par queue ou carcasse photographiée afin d'augmenter la productivité agricole. Cela pousse les piégeurs à multiplier les captures, dont la viande est ensuite revendue comme « gibier sauvage » dans des restaurants à Tokyo, sans contrôle vétérinaire d'hygiène lié aux zoonoses ou parasitoses[61],[62], ni évaluation de la teneur en plomb toxique des munitions.
Des experts dénoncent cette pratique qu'ils estiment excessive et menée sans planification scientifique ni suivi réel des populations. Alors qu'environ 200 blaireaux étaient abattus chaque année à Kagoshima, ce chiffre a inexplicablement bondi à 4 534 individus tués entre mars 2015 et mars 2016, soit une hausse de 70 % par rapport à l'année précédente[60],[62]. Face à ce rythme, l'écologue Yayoi Kaneko de l'Université d'agriculture et de technologie de Tokyo, ainsi que Christina Buesching et Chris Newman de l'Université d'Oxford, ont alerté dans la revue Nature sur le risque d'une « crise écologique » et d'une disparition à moyen terme de l'espèce à l'échelle locale[62]. Ils préconisent que les prélèvements soient strictement encadrés, réglementés et soumis à des critères de bien-être animal[63]. Cette inquiétude est partagée par Alexei Abramov, évaluateur de l'espèce pour la Liste rouge de l'UICN, qui craint de devoir modifier son statut vers une catégorie menacée en raison de la perte de près de 70 % de la population locale et des risques de dérive génétique associés. Par ailleurs, le biologiste Guillem Molina-Vacas de l’Université de Barcelone, rappelle le précédent historique du XIXe siècle, où l'autorisation de la strychnine pour protéger les cultures a mené à l'extinction totale du loup d'Ézo[60]. La préfecture de Kagoshima affirme de son côté que ces opérations entrent dans le cadre légal de la lutte contre les ravageurs autorisé par le ministère de l'Environnement et s'appuie sur les déclarations des chasseurs agréés. Cependant, un porte-parole anonyme du ministère de l'Environnement a confirmé en 2017 que, si ces abattages étaient bien autorisés, ses services ne disposaient d'aucune information détaillée sur le suivi de ces opérations récentes à Kyushu[60].
Fragmentation de son habitat
Bien que l’aire de répartition théorique de l’anakuma couvre l'ensemble du Japon, celle-ci a récemment diminué[59]. En 2003, l'espèce n'occupait plus que 29 % du pays, soit une réduction de 7 % en 25 ans, principalement en raison de l'augmentation des terres agricoles et de l'artificialisation des sols au détriment de ses habitats naturels[59]. Comme de nombreuses espèces mobiles, il est confronté à une fragmentation écopaysagère croissante par les infrastructures routières, l'exposant fortement au phénomène de roadkill[64]. Cette situation est accentuée par une faible diversité génétique globale de la population[65], ce qui pourrait accroître sa vulnérabilité face aux maladies et aux parasitoses, notamment celles transmises par les tiques[66].
Le blaireau japonais dans la culture
Dans la littérature et le folklore
Au cours de la période Édo, le blaireau japonais était confondu avec le chien viverrin sous plusieurs noms, notamment celui de tanuki, mujina et mami. Dans ce contexte, le mustélidé pouvait plus précisément être désigné sous les noms de mujina, sasamuji, mami, mi-danuki ou mamidanuki[9].
Dans le domaine cynégétique de l’époque, il existait deux types de « tanuki » : Le tanuki, très commun, qui correspond au chien viverrin, désigné spécifiquement sous le nom de nohashiri (野はしり), utilisé pour sa peau très souple pour confectionner des tambours ou des soufflets de forge. Ainsi que le mi-danuki (みだぬき), plus rare, qui correspondait au blaireau, chassé pour sa viande dite savoureuse et riche en graisse. La viande des deux animaux pouvait être utilisée pour la préparation d’un ragoût ou d’une soupe appelée tanuki-jiru (狸汁), mais la viande de blaireau était plus plébiscitée, car plus facile à préparer et d’un meilleur goût[67].
Cette confusion dans la dénomination des deux animaux a conduits à ce que les traducteurs occidentaux se mettent à identifier le tanuki et le mujina doté de métamorphose apparaissant dans la littérature et le folklore populaire comme des blaireaux. La relation que tanuki et mujina entretienent avec le renard et leur tendance à l’animal à se transformer en moine bouddhiste (tanuki-bōzu : (狸坊主)) rappellent la figure du blaireau en Europe. Cependant, la faible présence du blaireau dans la culture japonaise contemporaine, ainsi que des études récentes sur sa place dans le domaine encyclopédique[68] et iconographiques[69] ont montré que le mustélidé n’avait pas une influence aussi importante qu’on le pensait jusqu’à lors, et que son occurrence dans le folklore japonais ne serait que le fruit de mauvaises traduction de production littéraires japonaises à destination du public occidental.
Dans la littérature et le folklore populaire japonais, le blaireau était plus généralement désigné sous le nom de mami (猯). Du fait de ses mœurs souterraines et nocturnes, c’était un animal peu observé des populations. Si le blaireau ne pouvait changer de forme à la manière du renard et du chien viverrin (tanuki ou mujina), certains metteurs en scène de phénomènes de foire mal intentionnés faisaient passer le mami, pour une « taupe royale », une forme que prendrait une taupe ayant vécu des milliers d’années[70].Dans le Ehon Hyaku Monogatari, il est dit qu’en vieillissant, le mami se transformait en un yōkai écureuil-volant appelé ''Noteppō''[71].
Dans la culture populaire
Dans l’imaginaire contemporain, le blaireau japonais reste un animal relativement peu connu et est surtout associé au terme mujina (狢), et est illustré dans le folklore japonais par un yōkai à l’apparence d’une blairelle anthropomorphe appelée fukuro-mujina (袋狢).
Le terme mujina, est également associé à l’expression : onaji-ana no mujina (同じ穴の狢) signifie littéralement "deux mujina dans le même terrier". C'est une métaphore utilisée pour décrire des personnes qui semblent différentes à première vue, le chien viverrin et le blaireau donc, mais qui sont en réalité similaires, surtout dans un contexte négatif, comme deux personnes commettant des actes répréhensibles ensemble[72]. Cette expression est souvent utilisée pour critiquer ceux qui peuvent paraître respectables mais qui, en réalité, partagent les mêmes vices[73].
Le blaireau apparaît également dans certaines bandes dessinées, dessins animés et jeux vidéos.
- Dans la franchise multimédia pokémon, Linéon le pokémon fonceur, possède une apparence qui évoque celle du blaireau japonais.
- Dans la franchise multimédia Sonic Boom, Sticks la blairelle possède un charadeseign évoquant celui du blaireau japonais.
- Dans le manga : Le renard et le petit tanuki, le personnage de Momoji, un antagoniste du récit, est un blaireau japonais.
- Dans la série de bande dessinées et le dessin animé Les minijusticiers, Arthur, connu pour être très lent, est un blaireau japonais.