Menstruation en islam
From Wikipedia, the free encyclopedia
Les menstruations occupent une place importante dans la pensée juridique et religieuse de l’islam. Les textes fondateurs, ainsi que la tradition juridique, définissent un ensemble de règles et d’interdictions concernant les pratiques rituelles, la sexualité et la pureté rituelle pendant cette période. Si le Coran n’évoque directement les menstruations qu’à travers un verset, celui‑ci a donné lieu à une élaboration doctrinale complexe au sein des différentes écoles juridiques.
Ces prescriptions s’inscrivent dans un contexte d’héritages préislamiques monothéistes. La règle coranique permet à la première communauté musulmane de se positionner par rapport au judaïsme et à sa doctrine de l'impureté. Les juristes musulmans ont, par la suite, progressivement construit une doctrine structurée, tandis que les pratiques sociales et l’application de ces règles ont varié selon les époques, les régions et les courants religieux.
Les savants musulmans ont rapproché les coutumes concernant les règles en vigueur dans le monde préislamique tantôt d'un corpus juif, tantôt d'un corpus zoroastrien[1]. Dans le judaïsme, la femme pourrait être considérée comme impure pour plusieurs motifs, dont la menstruation[2]. Ainsi, dans la Torah (Lévitique 15: 19-30), il est écrit qu'une femme menstruée est dogmatiquement impure : « quiconque la touche sera impur jusqu'au soir » (Nouvelle version internationale). Ce statut est similaire dans l'hindouisme où il est interdit de toucher les femmes et d'entrer dans la cuisine[3].
Avant l’islam, certaines tribus arabes pratiquaient déjà l’évitement des femmes menstruées, allant jusqu’à ne pas partager la nourriture, l’espace domestique ou les tapis avec elles[4].
Les menstruations dans le Coran
Les menstruations sont citées à plusieurs reprises dans le Coran. Ces références concernent, principalement, les conditions de répudiation. En particulier, ces versets (S.2,228 ; S.65,4) imposent un délai dans la répudiation pour vérifier que la femme n'est pas enceinte[5]. Ainsi, une femme non-enceinte peut se remarier après trois périodes menstruelles[6].
Un seul verset évoque directement les menstruations et son statut, il s'agit du verset 222 de la sourate 2 : »Et ils t'interrogent sur la menstruation des femmes. -Dis: « C'est un mal. Eloignez-vous donc des femmes pendant les menstrues, et ne les approchez que quand elles sont pures. Quand elles se sont purifiées, alors cohabitez avec elles suivant les prescriptions d'Allah car Allah aime ceux qui se repentent, et Il aime ceux qui se purifient »»[5]. Ce verset apparaît comme une réponse directe à une question posée à Mahomet et souligne une problématique de l'islam naissant : sa relation doctrinale au judaïsme. Ce passage permet d'interroger Mahomet sur une potentielle rupture avec l'enseignement du judaïsme sur l'impureté des menstruations[5].
Le terme utilisé pour « mal » est adhan. Il dérive de la racine « causer du tort ». Utilisé neuf fois dans le Coran, il désigne des incapacités et peut se traduire ici par : « blesser », « polluer », « éprouver » et « nuisance »[7]. Ce verset appartient à un ensemble de versets de règles liées au mariage et à la sexualité. Il doit être lu en parallèle du verset 223 : « Vos épouses sont pour vous un champ de labour; allez à votre champ comme [et quand] vous le voulez et œuvrez pour vous-mêmes à l'avance [...]» qu'il restreint en période de menstruation[8].
Chez les juristes musulmans
Mise en place d'une doctrine
À partir de ce verset, les juristes musulmans ont élaboré des distinctions. Ainsi, ils ont classé les menstruations dans la catégorie des impuretés majeures, comme le sperme, qui impose une purification complète du corps. À l'inverse, l'urine est une impureté mineure[5]. La majorité des interprétations concerne cette impureté. Certains commentateurs, en particulier à l'époque moderne, soulignent que cela pourrait avant tout signifier l'inconfort de la femme elle-même[7]. Certains juristes vont même « jusqu’à remettre en question l’idée que les menstruations rendaient une femme religieusement déficiente "[9].
Ce passage illustre l'appartenance de la doctrine musulmane à un milieu de discussions entre monothéismes de l'antiquité tardive[4]. C'est ainsi que les premiers auteurs musulmans s'inscrivent dans une tradition de réflexion. Par exemple, al-Shaybani évoque la tradition selon laquelle il faudrait couper une partie du corps impure, ce qui est une référence sarcastique à un passage des évangiles[10]. Le zoroastrisme a aussi influencé la doctrine musulmane naissante[11].
D'un point de vue historique, l'étude de Marion Katz a montré une temporalité dans la mise en place de ces doctrines. Les premières générations de musulmans apprenaient par la transmission directe de pratiques rituelles. Par la suite, après une stabilisation du texte coranique, des discussions ont pu avoir lieu sur la comparaison entre la pratique et les textes religieux. C'est ainsi que le calife Umayyade Abd el-Aziz a renforcé certains aspects des doctrines de pureté rituelle[10],[11].
Une doctrine de l'impureté
Contrairement au judaïsme rabbinique, qui considère le corps de la femme menstruée comme intrinsèquement impur, les juristes musulmans ont conceptualisé le sang menstruel comme une substance polluante en soi. Cette distinction structure profondément la logique des règles de pureté en islam[4].
Pour des exégètes musulmans, les menstruations et l'accouchement difficile seraient des punitions divines envers Ève et son péché[12]. Ce point de vue est discuté. Les menstruations seraient, pour d'autres, décrétées pour les « filles d'Adam» sans que ce ne soit lié à une faute[10].
Obligations et interdictions
Dans les livres de fiqh, de nombreuses discussions traitent des menstrues. Certains de ces ouvrages fixent ainsi un délai aux menstrues et donnent des indications pour définir ce qui en est ou pas, selon les âges. Ces traités ne sont pas médicaux mais sont des ouvrages de législation[6]. Pour le hanafisme, par exemple, les saignements sont considérés comme menstrues si elle durent entre 3 et 10 jours[13].
Les menstruations impliquent plusieurs conséquences directes. Une lecture stricte du Coran imposerait une interdiction complète des relations sexuelles pendant les menstruations, puisqu'il ordonne de s'en tenir à l'écart. S'appuyant sur des hadiths, les juristes ont fait le choix d'assouplir cette règle. L'interdiction unanime est celle du coït vaginal. Les avis divergent quant aux autres caresses permises ou interdites. Pour certains, il n'est permis de ne toucher que la partie supérieure de la femme. Pour d'autres, les caresses doivent avoir lieu à travers un tissu. L'impureté complète prescrite par le Coran est ainsi transformé en une impureté localisée au niveau des organes génitaux[5].
De nombreuses autres interdictions sont faites aux femmes pendant les menstruations. Ces interdictions varient selon les écoles juridiques[13]. Elles n'ont pas le droit de jeûner, ni d'effectuer la prière rituelle. Il leur est interdit de rentrer dans une mosquée ou de réciter le Coran, même mentalement. De même, la circumambulation au cours du pèlerinage à La Mecque est défendue[5]. Une unanimité existe parmi les écoles juridiques pour interdire le contact d'une femme menstruée avec un Coran. Cette interdiction ne s'appuie sur aucun hadith mais à partir d'une extrapolation du verset 79 de la sourate 56[9]. Certaines femmes utilisent alors des gants[9]. Les interdictions liés au Coran sont liées à l'approche sociologique du Coran pour l'islam qui y voit la Parole révélée et qui fait craindre aux musulmans un contact entre le Coran et l'impureté[6].
Ces règles ne sont pas appliquées de la même manière partout. Des fatwa autorisent les étudiantes menstruées à étudier en Coran, notamment en Arabie Saoudite[9]. Pour les Ahmadiyas, une femme menstruée n'est pas interdite d'entrer dans une mosquée, cela étant un ajout au texte coranique[6]. La variation peut être aussi sociale ou géographique. Dans certaines régions, la femme menstruée n'est pas dispensée de jeûne, tandis que dans d'autres, comme dans le monde malais, les restrictions sont fortes. Elles peuvent être accompagnées d'une « perception d'incompétence mentale" à cause des menstruations, ce qui empêche, par exemple, les femmes d'être juges en Egypte. Dans des régions plus traditionnelles, les premières règles permettent le mariage forcé ou est accompagnées, comme dans certaines régions du Pakistan, de l'obligation de porter la burqa et d'être déscolarisées[9].
Croyances liées aux menstruations
Il existe différentes croyances chez les femmes musulmanes eu égard à leurs règles. On trouve d'autres mythes et croyances attachées à l'impureté des femmes pendant la menstruation. En Turquie, par exemple, une étude rapporte qu'une croyance répandue chez 20 % des sondés affirme qu'une femme ouvrant un bocal de cornichons durant cette période entrainera leur détérioration rapide[14].
