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Meurtre de Dwayne Jones

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Le meurtre de Dwayne Jones a lieu dans la nuit du 21 au à Montego Bay. Alors qu'il participe à une soirée et porte des vêtements féminins, Jones — âgé de 16 ans — est attaqué et tué par un groupe. Le drame attire l'attention nationale et internationale sur les droits LGBT en Jamaïque.

Perçu comme efféminé, Jones est victime de harcèlement à l'école et est exclu du domicile familial à 14 ans. Il vit alors dans une maison abandonnée de Montego Bay avec des amies transgenres. Le , il se rend à une soirée avec ses amies. Lorsque certains participants découvrent que Jones n'est pas une femme, ils affrontent le jeune homme, le battent et le tuent. Bien qu'une enquête soit menée, aucune personne n'est arrêtée.

Le meurtre fait la une de la presse jamaïcaine et rapporté par la presse internationale. Alors que certains estiment sur les réseaux sociaux que Jones a provoqué ses tueurs en s'habillant en femme, le meurtre est condamné par le ministre de la Justice de Jamaïque. Plusieurs associations demandent au gouvernement de faire toute la lumière sur le drame et de s'attaquer à l'homophobie sur l'île des Caraïbes.

Dwayne Jones

Vue Montego Bay depuis les collines où vivait Jones.
Dwayne Jones
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité

Dwayne Jones grandit dans un bidonville de Montego Bay, une ville du nord-est de la Jamaïque. Il est victime de harcèlement à l'école en raison de son comportement jugé efféminé. À 14 ans, le père de Jones lui impose de quitter le domicile familial et encourage ses voisins à l'expulser du quartier. Il dort dans des bosquets et sur les plages de Montego Bay avant de rejoindre un squat dans les collines de la ville. Il y vit avec deux amies transgenres, Keke et Khloe, âgées d'une vingtaine d'années[1],[2],[3].

Jones est surnommé « Gully Queen » (« la reine des rigoles ») par ses amis[1], en référence au système collecteur d'eaux pluviales où vivent de nombreux LGBT jamaïcains [4]. Les amis de Jones remarquent qu'il souhaitait devenir enseignant ou travailler dans le tourisme[5]. Il gagne une compétition locale de danse et avait évoqué son rêve de devenir un artiste comme Lady Gaga[1].

Alors que plusieurs médias rapportent que Jones était transgenre[1],[6], son meilleur ami utilise un pronom masculin pour le désigner[1] et d'autres médias parlent de lui comme travesti[7],[8] ou non-binaire[9].

Homophobie en Jamaïque

En 2006, le Time compte la Jamaïque parmi les pays les plus homophobes du monde[10]. Un sondage de 2012 révèle que 46 % des Jamaïcains expriment du « dégoût » à l'égard des homosexuels quand seulement 6 % expriment de l'« acceptation »[11]

Les rapports sexuels entre personnes de même sexe, notamment entre hommes[11], sont interdits depuis l'adoption d'une loi de 1864, alors que l'île est une colonie britannique[12],[13]. Depuis une loi de 2009 (Sexual Offences Act of 2009), tout homme condamné pour homosexualité doit être enregistré sur la liste des délinquants sexuels, au même titre que les violeurs[12],[13]. D'après Human Rights Watch, la législation jamaïcaine contribue à un sentiment d'homophobie au sein du pays[13], les personnes homosexuelles étant considérées comme des criminels sans avoir commis d'autre crime que leur orientation sexuelle[12]. L'homophobie est répandue sur l'île, soutenue par les églises conservatrices et de nombreuses chansons reggae ou dancehall (comme la chanson Boom Bye Bye de Buju Banton, qui appellent au meurtre des homosexuels)[12],[11]. Palash Gosh de l'International Business Times estime que bien que la violence soit commune sur l'île, les personnes LGBT sont particulièrement visées par des attaques gratuites[12]. Durant l'été 2013, Human Rights Watch enquête pendant cinq semaines en Jamaïque ; plus de la moitié des personnes interrogées décrivent avoir été victimes de violences en raison de leur orientation sexuelle[13]. Le Jamaica Forum for Lesbians, All-Sexuals and Gays souligne toutefois que les « zones de tolérance » sont de plus en plus nombreuses sur l'île[3].

Meurtre

Le soir du , le jeune Dwayne Jones s'habille avec des vêtements féminins et se rend à une soirée avec ses amies Keke et Khloe. La soirée, qui porte le nom de Henessey Sundays, se déroule dans un bar du quartier d'Irwin[1],[2],[8],[14]. Le groupe arrive en taxi vers 2 heures du matin[2]. Alors que Jones se fait passer pour une fille, plusieurs hommes dansent avec lui. Souhaitant garder son identité secrète, craignant l'homophobie, il révèle finalement son identité sexuelle à une participante à la soirée, avec qui il allait à l'église. La fille informe ses amis hommes, qui abordent Jones en dehors du bar et lui demandent s'il est un homme ou une femme. L'un d'entre eux examine les pieds de Jones avec une lampe torche et déclare que ceux-ci sont trop larges pour être ceux d'une femme[1],[2]. Lorsque le groupe découvre qu'il s'agit d'un homme, les insultes homophobes fusent[1]. Alors que son amie Khloe essaie de le sortir de la situation en lui disant de venir avec elle, Jones insiste auprès du groupe qu'il est une femme[1],[2].

Quand une personne décroche son soutien-gorge, Jones s'enfuit mais la foule le poursuit et l'attaque plus loin dans la rue. On le bat, le poignarde, lui tire dessus et lui roule dessus avec une voiture. Il perd plusieurs fois connaissance avant d'être finalement tué deux heures plus tard[1],[2]. Personne ne semble être venu à son secours lors de l'altercation[14]. Son amie Khloe est également attaquée, mais elle réussit à s'échapper en se cachant dans une église puis dans les bois[1],[2]. La police arrive sur place à 5 heures du matin et découvre le corps de Jones dans un buisson le long d'Orange Main Road[8],[14],[15].

Une enquête est lancée et la police invite la famille et les amis de la victime à les contacter[16]. La famille de Jones ne réclame pas son corps et son père refuse de parler à la presse[1],[2],[3]. Le , le chef adjoint de la police Steve Brown annonce que 14 témoignages ont été recueillis et que l'enquête est en cours[17]. Deux mois plus tard, le squat qu'occupait Jones est incendié. L'incident, qui pousse ses quatre occupants à s'enfuir, est considéré comme une attaque anti-LGBT par certains médias[18]. PinkNews rapporte en que personne n'a été arrêté ou mis en examen[19]. En , The Guardian confirme que le meurtre est une affaire non résolue[20].

Réactions

Voir aussi

Notes et références

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