Mikoyan-Gourevitch MiG-31
avion de chasse russe
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Mikoyan-Gourevitch MiG-31 (code OTAN : « Foxhound ») est un intercepteur d'origine soviétique (actuellement russe). Il est dérivé du célèbre MiG-25 Foxbat, dont il conserve l'allure générale et les performances élevées, mais en diffère notamment par la présence d'un second membre d'équipage et d'un radar à capacité « look-down/shoot-down » (détection et tir sur des cibles volant à une altitude inférieure).
| Mikoyan-Gourevitch MiG-31 | ||
Un MiG-31 de la Force aérienne russe. | ||
| Constructeur | ||
|---|---|---|
| Rôle | Avion d'interception | |
| Statut | En service | |
| Premier vol | Septembre 1975 | |
| Mise en service | 1981 | |
| Coût unitaire | 42,1 millions d'euros[1] | |
| Nombre construits | environ 500 | |
| Dérivé de | Mikoyan-Gourevitch MiG-25 | |
| Équipage | ||
| 1 pilote + 1 opérateur radar | ||
| Motorisation | ||
| Moteur | Aviadvigatel/Soloviev D-30F-6 | |
| Nombre | 2 | |
| Type | Turboréacteur avec postcombustion | |
| Poussée unitaire | 152 kN (avec PC) | |
| Dimensions | ||
| Envergure | 13,46 m | |
| Longueur | 22,69 m | |
| Hauteur | 6,15 m | |
| Surface alaire | 61,52 m2 | |
| Masses | ||
| À vide | 21 820 kg | |
| Carburant | 15 905 kg | |
| Avec armement | 41 000 kg | |
| Maximale | 46 200 kg | |
| Performances | ||
| Vitesse maximale | 3 200 km/h (Mach 2.83) | |
| Plafond | 26 400 m | |
| Vitesse ascensionnelle | 12 480 m/min | |
| Rayon d'action | 1 200[2] km | |
| Autonomie | 3 300 km | |
| Armement | ||
| Interne | un canon rotatif GSh-6-23 (6 tubes de 23 × 115 mm à 10 000 coups/min) avec 260 obus | |
| Externe | missiles air-air Vympel R-33 à guidage radar semi-actif R-37 à longue portée R-60 à auto-directeur infrarouge R-40R semi-actif et R-40T infrarouge |
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Conception
À la fin des années 1960, devant l'apparition aux États-Unis de chasseurs de nouvelle génération et la situation alarmante dans laquelle se trouvent les Forces aériennes soviétiques, le gouvernement lance plusieurs programmes, dont ceux du Su-27 Flanker, du MiG-29 Fulcrum et du MiG-31.
Le bureau d'études Mikoyan-Gourevitch commence les travaux du MiG-31 en 1967[3] à partir du E-155M (« E » pour « Experimentalnyi », expérimental), un avion destiné aux études sur le MiG-25 Foxbat. L'appareil porte initialement le nom de MiG-25MP — projet 83 au sein de l'OKB MiG — et est destiné à l'interception de tous types de cibles à haute et basse altitude : chasseurs, bombardiers et missiles de croisière.
Construit dans l'usine de Sokol à Nijni Novgorod, le prototype désigné E-155M reçoit des turboréacteurs D-30F, version modernisée du Soloviev D-30 qui équipe le Tu-134. Il fait son premier vol en 1975 et est suivi par 8 avions de préproduction, dont le second, équipé de son radar, vole en 1976[3]. En 1987, plus de 150 appareils sont en service, répartis de la zone d'Arkhangelsk jusqu'à l'Extrême-Orient soviétique[4]. La production cesse en 1994[4].
Selon les propos prononcés le par le général Viktor Bondarev, chef de la Force aérienne russe, les MiG-31 devraient rester en service « au-moins jusqu'en 2028 »[4], voire 5 ou 10 ans supplémentaires. la Force aérienne russe et l'Aviation navale russe disposent alors de 121 MiG-31 en service, et beaucoup plus en réserve, sur un total de production d'environ 500 appareils[4]. Le général affirme que les Russes sont « satisfaits de cet avion », capable de remplir « ses fonctions à merveille ». Il ajoute que les missiles à longue portée de la prochaine génération sont en cours de développement et que de nouvelles fonctions d'interception pourront être attribuées à de nouveaux exemplaires de l'appareil[4].
À l'époque de ces déclarations, une série de recherches menée par le parlement russe révèle qu'« un certain nombre » de MiG-31 stockés en réserve peuvent être remis en état de vol et retourner au service opérationnel, tandis qu'une relance de la production peut être effectuée à l'usine de Sokol, pour un coût de 25 milliards de roubles (environ 800 millions de dollars)[4]. Bien qu'aucun nouvel avion n'ait été produit depuis plus de dix ans, la Russie dispose alors de nombreuses structures partiellement achevées, qui furent terminées et livrées au Kazakhstan. Par ailleurs, huit autres structures incomplètes, initialement réservées à la Syrie, voient leur livraison annulée par les Russes[4].
Caractéristiques
Structure et propulsion
Le MiG-31 est un avion biplace, avec un opérateur radar assistant le pilote dans sa mission. C'est le chasseur le plus lourd du monde, pesant 10 000 kg de plus que le F-22 Raptor américain[5]. Le train d'atterrissage principal comporte deux roues en tandem, légèrement décalées. Ses turboréacteurs, à double flux et dotés de postcombustion, produisent une poussée de 15 500 kgp.
Cet avion de chasse de quatrième génération ressemble au MiG-25 mais diffère sur plusieurs points :
- les becs de bord d'attaque sont constitués de quatre sections ;
- l'aile possède une plus grande épaisseur à son emplanture et est également dotée d'apex ;
- une perche de ravitaillement en vol est placée dans le côté droit de l'avant du fuselage ;
- pour une meilleure résistance aux hautes vitesses supersoniques, la voilure est dotée d'un troisième longeron ;
- les aérofreins sont déplacés vers le dessous des entrées d'air des turboréacteurs ;
- la roulette de nez se replie vers l'arrière et comporte deux pneus à basse pression, mieux adaptés à un emploi sur un terrain peu préparé ;
- la structure est renforcée ;
- de nouveaux matériaux mieux adaptés aux vitesses avoisinant Mach 3 sont utilisés[6].
Avionique
Le MiG-31, qui est appelé à défendre l'espace aérien au-dessus de zones telles que la Sibérie, où il n'existe que peu de radars au sol, doit faire preuve d'une totale indépendance et offrir une résistance accrue aux conditions de guerre électronique.
Pour cela, il est le premier avion de chasse au monde à avoir adopté un radar Doppler pulsé, le SBI-16 Zaslon, capable de détecter dix cibles et d'en engager quatre en même temps. L'antenne à balayage électronique passive du Zaslon, désignée par l'OTAN « Flashdance », surveille l'espace compris entre ±70° en azimut et +70°/-60° en site. Une patrouille de quatre avions peut interconnecter ses radars pour surveiller une zone de 560 km de large, le leader de la patrouille pouvant assigner une cible à chaque équipier.
Le MiG-31 possède également un détecteur infrarouge rétractable et il peut être dirigé automatiquement vers sa cible depuis une station au sol ou un avion de type AWACS.
Son système de navigation ainsi que sa perche de ravitaillement en vol ont permis à un appareil d'effectuer un vol d'essai de plus de 8 000 km en 8 h 49 min (Mourmansk - pôle Nord - Tchoukotka).
Armement

Le MiG-31, en tant qu'intercepteur pur, peut emporter de nombreux missiles air-air : R-33 à guidage radar semi-actif, R-37 à longue portée, R-60 à auto-directeur infrarouge, R-40R semi-actifs et R-40T infrarouges. Ils peuvent être semi-encastrés sous le fuselage, afin de diminuer la traînée produite à grande vitesse, et/ou emportés sous des pylônes sous les ailes.
L'avion possède également un canon rotatif à six tubes GSh-6-23 de 23 × 115 mm, pouvant tirer à une cadence de 10 000 coups/min et approvisionné de 260 obus.
Accidents
Le , le ministère de la Défense de la fédération de Russie annonce qu'un MiG-31 s'est écrasé en Sibérie orientale lors d'une mission d'entraînement près du terrain d'essai de Telemba, dans la république de Bouriatie. L'équipage a pu s'éjecter mais les raisons de cet accident n'ont jamais été rendues publiques. Toutefois, des révélations faites par l'organisation indépendante Baza, sur la base d'un rapport relatif à la perte de cet appareil, indiquent qu'il aurait été abattu par son ailier lors d’une mission devant se terminer par le tir d'un missile air-air R-33[7].
Le , deux membres de la force aérienne kazakhe s'éjectent d'un MiG-31D3 avant que celui-ci ne s'écrase dans l'oblys de Karaganda[8].
Les 15 et , les Forces armées de l'Ukraine mènent des attaques contre l'aérodrome de Belbek en Crimée. La destruction de trois MiG-31 et d'un entrepôt contenant du carburant et des lubrifiants est signalée[9].
Versions
MiG-31 (izdeliye 01)
Version initiale avec le système de contrôle de tir Zaslon et les missiles R-33; ensemble, ils sont désignés comme le système d'interception MiG-31-33[3],[10].
MiG-31B
Version dotée d'une évolution du Zaslon, le Zaslon-A, et d'un système de navigation amélioré[11]. Également équipée d'une liaison de données dotée de nouveaux modes[11], elle a été construite à environ 162 unités, depuis converties en MiG-31BM.
MiG-31BS (izdeliye 01BS)
Similaire au MiG-31B, mais elle a été améliorée à partir du MiG-31 ou du MiG-31DZ par l'usine Sokol. Les mises à niveau se sont poursuivies dans les années 2000[10],[11].
MiG-31D
Deux exemplaires de cette version spécialisée ont été produits en 1987[4]. Destinés à la lutte antisatellite, ils semblent avoir été la réponse contemporaine du programme ASAT américain, visant à équiper de missiles antisatellites des F-15 spécialement modifiés. Ces deux avions étaient dotés d'extrémités d'ailes triangulaires en forme de « patte d'oie »[4], identiques à celles déjà présentes sur certains prototypes du MiG-25, et destinées à améliorer la stabilité de l'avion à haute altitude pour le lancement des missiles. Un seul missile, de taille imposante, était fixé sous le fuselage, et un radar spécial orienté vers le haut était installé dans l'avion[4].
MiG-31E
Version d'exportation[12], dont les capacités d'engagement en coopération ont été améliorées et pouvant communiquer par liaison de données avec trois autres appareils. Le MiG-31E est destiné à l'interception et à la destruction de cibles aériennes volant à des altitudes comprises entre 50 et 28 000 m, dans le secteur avant ou arrière, et sous tous types de conditions météo, de jour comme de nuit[4]. Ces cibles, même si elles manœuvrent, peuvent être détruites dans un environnement de contre-mesures actives ou passives sévères[4]. Présentée au salon de Berlin de 1992, elle n'a été construite qu'à un seul exemplaire[11].
MiG-31F
« F » pour « frontovy », signifiant « front » mais à entendre comme « tactique ». Au salon du Bourget de 1995, le bureau présenta cette version multirôle du MiG-31B, équipée pour l'occasion d'armements air-surface destinés à l'attaque au sol, et particulièrement les missions chargées de la suppression des défenses aériennes de l'ennemi (acronyme SEAD en anglais)[4].
MiG-31M
En 1984, le bureau d'études MiG démarra une profonde modification du MiG-31. Extérieurement, l'appareil, désigné MiG-31M, se différenciait peu de la version de base. La verrière du pilote était faite d'une seule pièce, alors que les vitres latérales de l'opérateur étaient plus petites. La surface des apex avait été augmentée. À la place de l'ancien viseur infrarouge était installé un capteur optronique avec détecteur infrarouge et télémètre laser à l'avant du pare-brise. L'avionique était également améliorée, avec l'installation de la version modernisée du Zaslon, le Zaslon-M, qui peut détecter 24 cibles et en engager 6 en même temps à une distance de plus de 300 km. Son armement était élargi, avec l'adoption des missiles R-33S et R-37, alors que le canon interne avait été supprimé, étant jugé peu utile sur un avion d'interception à longue distance. Le premier MiG-31M effectua son premier vol le , six autres prototypes de cette version furent construits. Cependant, la chute de l'URSS et les réductions de budget militaire firent que le MiG-31M n'entra jamais en service.
MiG-31BM
En 1997, en raison de restrictions budgétaires, et de l'impossibilité pour l'armée de l'air russe d'acheter des MiG-31M, on décida de transformer les MiG-31B déjà existants en MiG-31BM avec des améliorations, entre autres, de l'habitacle (apparition de nouveaux écrans et d'un affichage tête haute) ainsi que d'un ordinateur plus puissant. Opérationnel depuis 2011, ce programme de modernisation s'est terminé en [3]. L'une des différences majeures entre le BM et ses prédécesseurs est la capacité de son radar à également engager des cibles au sol. Ce radar lui permet également de suivre simultanément 24 cibles[4],[11]. La dernière modernisation en cours (prévue jusqu'à la fin 2018 pour une cinquantaine d'avions) a permis, entre autres, d'atteindre la vitesse maximale de 3 400 km/h (grâce au nouveau vitrage à haut point de fusion de la verrière) et la distance d'engagement des cibles de 280 km pour des cibles spatiales, aériennes ou de surface[13].
MiG-31BSM (désignation non officielle)
Similaire au MiG-31BM, mais améliorée par rapport au MiG-31BS[14].
MiG-31S
Cette version est un dérivé commercial du MiG-31, destinée à lancer de petits satellites grâce au missile Micron, fabriqué par OKB Fakel et, capable de placer une charge utile de 100 kg sur une orbite à 200 km d'altitude ou 70 kg à une altitude de 500 km[4]. Cet avion est également capable de lancer le planeur suborbital propulsé par fusée d'Aerospace Rally System, pour l'entraînement des astronautes, les recherches en haute atmosphère ou le tourisme spatial[4]. En date de février 2022, il n'a jamais été utilisé.
MiG-31K

C'est une variante modifiée du MiG-31BM capable de transporter le missile hypersonique Kinjal. Dix avions ont été modifiés en mai 2018[15]. Avec cette modification et avec le retrait des groupes auxiliaires de puissance (APU) pour les missiles air-air, l'avion a désormais, uniquement, un rôle d'avion d’attaque.
Utilisateurs
L'armée de l'air russe et celle du Kazakhstan sont actuellement les seules utilisatrices du MiG-31 :
Russie : en 2013, la force aérienne russe disposait de 121 MiG-31 en service ; en 2018, 150 appareils étaient en service. En 2023, les estimations étaient de 130 à 140 appareils en service. De nombreuses pertes ont été rapportées entre 2022 et 2023 : des causes techniques ont été mentionnées, sans que celles-ci aient été détaillées. En 2025, l'aviation navale russe en aligne 18 (9 MiG-31B/BS et 9 MiG-31BM) et l'armée de l'Air 126 (102 MiG-31BM et 24 MiG-31K)[16].
Kazakhstan : 30 appareils, livrés après la chute du bloc soviétique[11]. Certains de ces appareils sont encore en service. Ils ont été assemblés à partir de structures inachevées disponibles en Russie ;
Syrie : en 2007, la Syrie signe un contrat portant sur la livraison d'une dizaine de MiG-31E neufs[17].