Michela Murgia
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Prix Dessi (d) (Accabadora (d)) () Prix Campiello (Accabadora (d)) () Prix Mondello (Accabadora (d)) () |
Accabadora (d) |
Michela Murgia, née le à Cabras en Sardaigne et morte le à Rome[1], est une écrivain, essayiste et une femme politique italienne. Elle a été candidate à la présidence de la région Sardaigne lors des élections régionales de 2014. Elle fait partie de la nouvelle vague littéraire sarde.
Née en 1972 à Cabras en Sardaigne, Michela Murgia fréquente un institut technique industriel[2]. Elle multiplie ensuite des emplois précaires dans différents domaines[2].
Son premier livre, Il mondo deve sapere (Le monde doit savoir), d'abord conçu comme un blog, décrit de façon sarcastique la réalité des opérateurs d'un centre d'appel[3]. Il est adapté au cinéma par Paolo Virzì sous le titre Tutta la vita davanti en 2008.
Michela Murgia publie ensuite en 2008 un reportage en forme de guide touristique sur la Sardaigne, puis un second roman en 2009, Accabadora, récit mêlant tradition sarde et réflexion sur l’euthanasie (l'accabadora étant dans des récits traditionnels de la Sardaigne la personne donnant la mort quand plus aucun soin n’était possible). Elle remporte le prix Campiello avec ce roman qui est traduit et publié en France sous le même titre en 2011[3],[4]. En 2011, elle publie Ave Mary. E la chiesa inventò la donna, une réflexion sur le rôle des femmes dans la religion catholique. C'est un nouveau succès en Italie[3]. Puis en 2012, elle publie L'incontro (traduit dans l'édition française par le titre La Guerre des saints), l’histoire d’un village partagé entre deux paroisses et dont l’intrigue, basé sur ses souvenirs d'enfance, se déroule à Cabras, son lieu de naissance[5].
Elle a été candidate à la présidence de la région Sardaigne lors des élections régionales de 2014, arrivant en 3e position avec un peu plus de 10 % des voix[6].
En 2018, elle publie istruzioni pour diventare fascisti (trad. en 2024 par Devenir fasciste, mode d'emploi). Ouvrage court de 153 pages, il s'agit d'un pastiche de mode d'emploi au ton décapant et d'actualité. Il est accompagné d'un fascisto-mètre avec lequel le lecteur peut mesurer à quel point sa pensée est influencée par la rhétorique fasciste. Il s'agit du dernier texte de l'auteure[7].
Elle a vivement critiqué les positions de Giorgia Meloni, soulignant qu’être femme ne suffit pas pour être féministe[8]. En particulier, elle a commenté sa demande d’être appelée président et non présidente du Conseil des ministres[9].
Le , dans une interview accordée au Corriere della Sera, elle déclare qu'elle souffre d'un cancer du rein de stade 4 avec des métastases dans les poumons, les os et le cerveau et qu'il ne lui reste que quelques mois à vivre[10].
Le , elle épouse civilement in articulo mortis l'acteur et metteur en scène Lorenzo Terenzi. Bien que critique de l'institution du mariage, le couple s'y résout en raison des carences législatives de l'Italie qui n'accorde pas de droit aux partenaires hors mariage[11].
Elle meurt à Rome le des suites d'un cancer du rein, à l'âge de 51 ans[12].
Devenir fasciste, mode d'emploi (2018/trad. française 2024)
Paru en Italie suite aux scores historiques obtenus par la droite et l’extrême droite, notamment la Lega de Matteo Salvini et Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni aux élections parlementaires de , le titre original est Istruzioni per diventare fascisti. Selon Dominique Bry[13], Murgia choisit le chemin de l'ironie pour dénoncer une situation dont l'aboutissement sera le remplacement de la démocratie par le fascisme si une forte résistance et prise de conscience n'intervient pas. Elle décrypte " les concepts, les mots, les méthodes, les éléments de langage, les complices, les moyens des fascistes. Afin de nous faire prendre conscience in fine que le seul grand remplacement inéluctable est bien celui de la démocratie par le fascisme" [13] excepté si leurs méthodes et leurs armes sont mises en pleine lumière.
Le livre contient dix chapitres et est préfacé par Ludivine Bantigny. Bantigny souligne l'importance et l'urgence de la démarche de Murgia qui, selon elle, aide à sortir du déni[7]. Elle cite Françoise Giroud : "ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : "C'est lui ? Vous croyez? Il ne faut rien exagérer !" Et puis un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l'expulser."[7] Murgia permet de "démasquer tous les euphémismes déguisés", que Murgia nomme alternatives langagières, et met en lumière les retournements sémantiques opérés par les fascistes.
Dans son avant-propos, Murgia décrit la stratégie des fascistes (p.27):
« Pourquoi renverser les institutions s'il suffit, pour les contrôler, de changer la manière de parler ? Les mots engendrent des comportements, et ceux qui contrôlent les mots contrôlent les comportements, C'est à partir de là, des noms que nous donnons aux choses et de la manière dont nous en parlons, que le fascisme peut relever le défi d'être à nouveau d'actualité. Si nous parvenons chaque jour à convaincre un démocrate d'employer un mot que nous lui avons soufflé, nous aurons une chance de gagner. Et nous vaincrons »
En fin d'ouvrage, le lecteur trouve un fascistomètre avec la consigne de cocher les phrases, 65 au total, "qui vous semblent relever du bon sens" (p.135). Exemples:
- Ce n'est pas un hasard si l'Occident est le berceau de la culture (no14)
- Dans "nazis", il y avait aussi socialistes (no17)
- De toute façon, c'est tous les mêmes (no31)
- De toute façon, ce pays est ingouvernable (no12)
Le score minimum indique "que vous ressemblez pour l'instant plus à un démocrate énervé qu'à un fasciste serein et bien formé" alors que le score maximum indique "que vous avez renoncé à toute la stupidité démocrate, vous êtes un fasciste convaincu et il est probable que vous soyez déjà une référence pour d'autres".
Murgia conclut son ouvrage avec une note "à toute fin utile" (p.154) : « Je sais qu'à présent vous aimeriez que je finisse en disant que tout cela n'était qu'une provocation, qu'il s'agissait d'un jeu amusant, d'une inversion des points de vue (...) eh bien, non.(...) Il n'y a pas besoin de moi pour déterminer qui sont les fascistes actuels. Ceux qui construisent des murs, ceux qui n’offrent leur solidarité qu’aux leurs, ceux qui dressent les gens les uns contre les autres pour mieux les contrôler, ceux qui limitent les droits civiques et les libertés, ceux qui nient le droit à la migration en brandissant la menaces des lois et des responsabilités, ce sont eux les fascistes d’aujourd’hui. »
Œuvre
Romans et essais
- Il mondo deve sapere (2006)
- Viaggio in Sardegna. Undici percorsi nell'isola che non si vede (2008)
- Accabadora(2009), littéralement "L'acheveuse" Publié en français sous le titre Accabadora, traduction de Nathalie Bauer, Paris, Seuil, coll. Cadre vert, 2011.
- Michela Murgia legge Accabadora (2010)
- Ave Mary. E la chiesa inventò la donna (2011)
- Presente (avec Andrea Bajani, Paolo Nori et Giorgio Vasta) (2012)
- L'incontro (2012) Publié en français sous le titre La Guerre des saints, traduction de Nathalie Bauer, Paris, Seuil, coll. Cadre vert, 2013.
- L'ho uccisa perché l'amavo (falso!) (avec Loredana Lipperini (it)) (2013)
- L'eredità, dans Sei per la Sardegna (2014)
- Chirú (2015)Publié en français sous le titre Leçons pour un jeune fauve, traduction de Nathalie Bauer, Paris, Seuil, coll. Cadre vert, 2017.
- Futuro Interiore (2016)
- istruzioni per diventare fasciti ; publié par Giulio Einaudi, Turin, 2018 et traduit en 2024
- Morgana (avec Chiara Tagliaferri) (2019)
- Noi siamo tempesta. Storie senza eroe che hanno cambiato il mondo (2019)
- Morgana. L'uomo ricco sono io (avec Chiara Tagliaferri) (2021)
- Stai zitta e altre nove frasi che non vogliamo sentire più (2021)
- God save the queer. Catechismo femminista (2022)
- Tre ciotole (2023)
- Devenir fasciste, mode d'emploi trad. française par A. Bantigny, Paris, Plon, 2024.
Nouvelles
- L'aragosta, dans le recueil Piciocas. Storie di ex bambine dell'Isola che c'è (2012)
- L'eredità, dans le recueil Sei per la Sardegna (2014)
Adaptation
Au cinéma
- 2008 : Tutta la vita davanti, film italien réalisé par Paolo Virzi d’après le roman Il mondo deve sapere, avec Isabella Ragonese, Micaela Ramazzotti, Sabrina Ferilli et Valerio Mastandrea.