Microbiote oculaire humain
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Le microbiote oculaire est l'ensemble des micro‑organismes commensaux et pathogènes présents sur ou dans l'œil. Il contribue à la régulation du métabolisme, au développement du système immunitaire et à la défense contre les infections. Son déséquilibre peut entraîner une prolifération pathogène responsable d'inflammations locales ou systémiques et de diverses maladies oculaires.
Milieu externe
La surface oculaire (cornée + conjonctive + film lacrymal + paupières), est une interface humide entre l'œil et l'environnement, constamment exposée aux microbes présents dans l'air et en contact avec le microbiote cutané.
Les larmes contiennent du lysozyme capable d'éliminer des bactéries (la densité microbienne est normalement plus faible dans les larmes que sur la conjonctive ou les paupières), et des études de culture microbienne, faites depuis 1930 ont confirmé l'existence d'un microbiote oculaire[1],[2], longtemps supposé stérile quand l'œil est en bonne santé, est désormais reconnue comme un environnement paucibactérien (seulement environ 6 bactéries pour 100 cellules humaines sur la surface) qui est notamment étudié par le projet Ocular Microbiome Project[3].
Milieu intérieur
Le corps vitré et l'humeur aqueuse constituent un milieu favorable à la croissance microbienne, où des bactéries comme Bacillus subtilis ou Propionibacterium acnes ont été identifiées, cette dernière étant suspectée de jouer un rôle dans l'uvéite sarcoïdosique.L'existence d'un microbiote à l'intérieur de l'œil (milieu longtemps considérée comme stérile), est évoquée, mais encore incertaine[3]. Il peut être contaminé lors de chirurgies, traumatismes, pathologies vasculaires ou par propagation neurologique de certains microbes et virus (le virus de la rage par exemple peut gagner l'intérieur de l'œil via le nerf optique, entraînant des infections graves dont l'endophtalmie et des atteintes virales ; Borrelia burgdorferi, responsable de la maladie de Lyme est parfois (dans 1 % des cas diagnostiqués et inventoriés) retrouvée dans l'œil où elle peut causer des uvéite, conjonctivite, kératite ou neuropathie optique ; l'œil pouvant servir de réservoir secondaire à la bactérie)[1].
Connaissance de ce microbiote
Les analyses métagénomiques[4] montrent que cette communauté microbienne qui est chez l'Humain composée notamment de bactéries des genres Corynebacterium, Staphylococcus et Streptococcus, joue un rôle crucial dans la santé de la surface oculaire (régulation du métabolisme et défense contre les infections), mais son déséquilibre peut entraîner une prolifération pathogène et des inflammations locales ou systémiques[1],[5].
Le microbiome oculaire comprend aussi des champignons microscopiques, dont le déséquilibre peut provoquer des maladies graves comme la kératomycose, ou aggraver des troubles auto‑immuns tels que le syndrome de Sjögren, caractérisé par une sécheresse oculaire douloureuse[3].
Par exemple, une étude descriptive (sur 137 adultes sains, par séquençage 16S rRNA) a trouvé un microbiome peu diversité et dominé par le genre Staphylococcus avec en moyenne 88 genres et un indice de Shannon de 0,65, avec 9 profils distincts[6].
Enjeux de santé
Comprendre ces déséquilibres (dysbiose) de ce microbiote, associés à des pathologies, telles que le glaucome (associé à une surreprésentation de Pseudomonas et Acinetobacter), la blépharite et la conjonctivite, cette dernière étant majoritairement virale, ouvre la voie à une meilleure compréhension du rôle du microbiote oculaire dans le diagnostic et la personnalisation des traitements[3].
Des recherches pointent l'existence d'un axe intestin-œil (gut-eye axis), montrant que la dysbiose du microbiome intestinal peut à son tour impacter la santé oculaire, notamment dans le cadre du syndrome de Sjögren et de la dégénérescence maculaire liée à l'âge. Environ 10 % des personnes atteintes de maladies inflammatoires chroniques de l'intestin présentent aussi des troubles oculaires de type conjonctivite, uvéite ou épisclérite[3] ; des études de séquençage et de multiomique plaident pour l'existence d'un « axe intestin‑œil », explorée, ouvrant potentiellement une voie à des stratégies thérapeutiques ciblant les microbes commensaux pour réduire l'inflammation oculaire.