Mihera Bint Abboud
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Mihera Bint Abboud était une poétesse et guerrière soudanaise du XIXe siècle, célébrée comme une héroïne pour son attitude de résistance à l'invasion turco-égyptienne au Soudan[1].
Mihera est née à Owsley vers 1780, elle y passa la plus grande partie de son enfance. Elle est la fille de Izzirq qui lui-même remonte d'une longue ligné qui remonte jusqu'à Al-Sharif Abbas ibn Abdul-Muttalib, l'oncle du prophète Mahomet.
Mihera Bint Abboud était la fille du chef du peuple Shaigiya, au nord du Soudan. Elle appartenait à la famille Al-Aboudab Al-Zalaydab Al-Sourab Al-Shaygi Al-Abbasi, réputée pour son savoir, ses qualités de guerrière, sa générosité et son leadership. Son époux était Dawana bin Hatira bin Barhah Al-Awni Al-Shayqi. Mihera Bint Abboud était la sœur de la grand-mère maternelle d'Ibrahim Abboud, ancien président soudanais qui dirigea le Soudan de 1958 à 1964.
Rôle dans la résistance
Mihera a joué un rôle important en incitant les jeunes à lutter contre le dirigeant turc Ismaïl Pacha d'Égypte grâce à sa poésie. À une époque où les femmes menaient les guerres, les plus belles filles de la tribu se paraient de leurs plus beaux atours, chevauchaient des chameaux et chantaient des chants patriotiques et galvanisants. Certaines d'entre elles participaient même aux combats et affrontaient l'ennemi à cheval.
Certains témoignages laissent penser que des historiens et des écrivains ont pu confondre Mihera Bint Abboud avec la princesse Safiya bint Sabir, fille du roi Sabir de la tribu Shayqiya. Comme l'a souligné Abdalla Elsheikh Sid Ahmed dans son ouvrage récemment paru, intitulé Mihera Bint Abboud : The Magnificent Honor (1780–1840), Mihera Bint Abboud était mariée, mère d'enfants et peut-être grand-mère, lorsqu'elle participa à la bataille de Korti . Elle était alors âgée d'une quarantaine d'années.
Mihera joua un rôle crucial en mobilisant le peuple soudanais contre les colonisateurs lors de la bataille de Kurti, qui eut lieu le , lorsque Ismaïl Pacha d'Égypte pénétra sur le territoire de la tribu Shayqiya, exigeant qu'ils lui remettent leurs armes, alors qu'il en possédait lui-même. Face à la division des opinions entre les partisans de la guerre et ceux qui réclamaient la reddition, Mihera Bint Abboud exhorta les jeunes à défendre rapidement leurs terres[1].
Selon l'historien Naoum Shouchair, dans son ouvrage Géographie et Histoire du Soudan, lorsque Mihera aperçut l'armée d'Ismail Pacha, elle monta à cheval et cria à son peuple : « Allons défendre l'indépendance de notre pays ! » Elle monta ensuite sa monture et se dirigea vers les soldats occupants, incitant les Shayqi à se rallier derrière elle et à combattre avec courage. Après que son action eut galvanisé les hommes, Mihera composa ce vers pour célébrer leur bravoure[1] :
« Aujourd'hui, tous nos hommes sont à cheval. »
« Devant eux, leur commandant. »
« Il se pavane sur son magnifique destrier. »
« Nos hommes rugissent comme des lions. »
« Oh, Pacha insensé, laisse donc tes poulets s'en aller ! »
Les épées et les lances Shaigiya ne pouvaient rivaliser avec les armes à feu égyptiennes, et les troupes égyptiennes poursuivirent leur conquête du Soudan[2].
Cependant, en tant qu'héroïne de l'histoire soudanaise, l'exemple de Mihera Bint Abboud a été une source d'inspiration pour les femmes participant à la politique anticoloniale au Soudan[3], ainsi que pour les manifestations qui ont eu lieu au Soudan de 2019 à 2020.