Mileva Einstein
mathématicienne serbe
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Mileva Marić-Einstein ou Mileva Marić (en cyrillique serbe : Милева Марић), née le à Titel, Serbie et morte le à Zurich, est une physicienne d'origine serbe. Elle fut la camarade d’études d’Albert Einstein, puis sa première épouse. Depuis les années 1980, il existe un débat concernant sa participation à la plupart des travaux scientifiques de son mari.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture |
Cimetière de Nordheim (d) |
| Nom dans la langue maternelle |
Милева Марић |
| Nom de naissance |
Mileva Marić |
| Nationalités | |
| Domiciles | |
| Formation | |
| Activités | |
| Famille |
Famille Einstein (en) |
| Père |
Miloš Marić (d) |
| Mère |
Marija Ružić (d) |
| Fratrie | |
| Conjoint |
Albert Einstein (de à ) |
| Enfants |
Lieserl Einstein (d) Hans Albert Einstein Eduard Einstein (en) |
| Parentèle |
Sofija Golubović (d) (cousin germain maternel) |
Biographie
Mileva Marić naît le à Titel en Voïvodine, province hongroise de l'Autriche-Hongrie de l'époque, actuellement la Serbie. Elle est l'aînée de trois enfants. Ses parents sont des propriétaires terriens serbes assez aisés — et non des paysans comme indiqué dans certaines biographies[1], de religion orthodoxe[2]. Peu après la naissance de Mileva, son père quitte son poste dans l’armée pour travailler au tribunal de Ruma puis d'Agram (le nom austro-hongrois de Zagreb, aujourd'hui en Croatie)[2].
Elle intègre le lycée pour filles à Novi Sad en 1886, où elle étudie deux ans. En 1888, elle change de lycée pour celui de Mitrovica près de Ruma, une école équipée de laboratoires de chimie et de physique. C'est dans cette école que l'intérêt de Mileva Marić pour la physique et les mathématiques peut s'exprimer pleinement[3].
Elle termine l’école en 1890 avec d’excellentes notes en mathématiques et physique[4]. Ensuite, elle intègre l’école royale d'Agram où elle a le droit de suivre les cours de physique qui, à l’époque, étaient réservés aux garçons[5].
Durant l'été 1896, Mileva Marić quitte son pays et poursuit des études de médecine à l’Université de Zurich. Dès l'hiver de la même année, elle commence des études de mathématiques et de physique à l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), une des premières écoles germanophones à accorder des diplômes aux femmes. Elle est la seule femme dans sa classe, et seulement la cinquième dans toute l'histoire de l’EPFZ. Pendant les travaux pratiques de physique, Mileva Marić rencontre Albert Einstein.
Elle quitte l'EPFZ pour étudier à Heidelberg (Allemagne) en 1897. Ses sujets d'études sont alors la théorie des nombres, la mécanique analytique, les calculs différentiel et intégral, les fonctions elliptiques, la théorie de la chaleur et l'électrodynamique[6]. Elle suit notamment les cours du physicien Philipp Lenard, qui s’intéresse aux particules qui constituent les rayons cathodiques et fabriquait des tubes permettant de les étudier[7].
Elle revient à Zurich au bout de six mois, à la demande d’Albert[7], où elle commence une collaboration intense et productive avec lui, Marcel Grossmann et Michele Besso[8]. La théorie de la relativité commence à prendre forme[9].
En 1900, malgré ses bonnes notes durant l'année (une moyenne de 4,00/5), Mileva échoue à l'examen final[10],[11]. De plus, la liaison d’Albert et de Mileva n'est, à l’époque, pas très bien vue, en particulier de son professeur principal, membre influent de l’Académie prussienne des sciences, antiféministe[12].
L'année suivante, alors qu'elle est enceinte de trois mois, Albert refuse de reconnaître l'enfant, et donc dans des conditions psychologiquement difficiles[12], elle échoue à l’examen une seconde fois[11] : de nouveau, le professeur Weber, qu'Albert soupçonnait de bloquer sa carrière, lui refuse la note de passage. Forcée d’abandonner ses études, elle retourna en Serbie, mais revint brièvement à Zurich pour essayer en vain de persuader Albert de l'épouser[13].
Elle donna naissance à une petite fille nommée Lieserl, en Serbie, en janvier 1902, qui aurait été adoptée ou serait décédée très jeune (faits non établis clairement), selon Estelle Asmodelle (en)[2]. Aucun acte de naissance ou de décès n'a été retrouvé[13]. La suite de cette naissance est le mariage avec Albert Einstein le 6 janvier 1903. Les parents d'Einstein, qui ont toujours manifesté du mépris envers Mileva, n'acceptent pas cette union. Le mariage a lieu à Berne, en présence de deux témoins[2].
Leur second enfant, Hans Albert, naît le .
Après 1905, « l’année miraculeuse d’Einstein », elle se consacrera surtout à son rôle d’épouse et de mère, délaissera en partie la science, ne contribuant qu’à aider Albert dans plusieurs de ses entreprises. Elle travailla cependant à relire les articles d'Albert[7].
Le troisième enfant du couple, Eduard Tete, naît le 28 juillet 1910. Il sera le dernier de la famille.
Mileva et Albert se séparent entre 1913 et 1914. Elle reste à Zurich avec leurs deux enfants ; Albert reçoit un nouveau poste de recherche à Berlin. Leur divorce est prononcé en 1919 et ils décident que l’argent d’un éventuel prix Nobel lui sera attribué[14],[11].
Après le divorce, Mileva organisa essentiellement sa vie autour d’Eduard, qui multipliait les maladies, tout en continuant à donner des cours de piano et de mathématiques. Elle-même était de santé fragile. Aux dires de tous, c’était une femme discrète et silencieuse. Elle ne revendiqua qu’une fois avoir pris part aux découvertes d’Einstein, en 1925, peut-être avec l’intention d’écrire des mémoires qui lui auraient rapporté quelques droits d’auteur, ou bien pour justifier la remise de l’argent du prix Nobel. Elle se vit rétorquer dans une lettre d’Albert : « T’est-il jamais venu à l’esprit, ne serait-ce qu’une seconde, que personne ne prêterait la moindre attention à tes salades… Quand une personne est quelqu’un de complètement insignifiant, il n’y a rien d’autre à dire à cette personne que de rester modeste et de se taire. C’est ce que je te conseille de faire »[7].
Mises à part quelques disputes dues à des questions financières et aux perpétuels retards de paiement d’Albert, les relations entre les deux époux s’apaisèrent après leur divorce. Libéré d’un mariage dont il ne voulait plus, Albert passa progressivement de l’animosité à la tolérance, et même à l’amitié. Au cours des années suivantes, il rendit plusieurs fois visite à ses enfants à Zurich, séjournant même chez Mileva, au grand dam de la bien-pensance zurichoise. Toute à sa joie, Mileva ne se préoccupait pas des « on-dit ». Quant à Albert, il était visiblement parfaitement heureux de la situation. Il n’était décidément pas fait pour le mariage[7].
Le prix Nobel de physique sera attribué à Albert en 1921, la totalité de ce prix étant utilisée pour traiter la schizophrénie de leur fils Eduard Tete.
Mileva a continué à se battre pour sa survie financière tout le reste de sa vie. Sa mère mourut en 1935. N’ayant pu se rendre à ses obsèques, elle écrivit à son parrain qui l’avait informée : « Je suis comme un chien au bout d’une laisse. Tete est malade depuis deux ans et demi à présent. […] Je ne peux pas le laisser seul et du fait de cette crise effroyable, nos moyens financiers ont décliné à tel point que je n’ai plus les moyens de le placer dans un sanatorium. Sinon il y a bien longtemps que je serais venue ».
Puis ce fut sa sœur Zorka qui mourut en 1938. Son frère Miloš, revenu après la Première Guerre mondiale, disparut en Union soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale. Hans Albert émigra aux États-Unis en 1938 avec sa femme et ses deux fils. Leur fils cadet mourut brutalement de la diphtérie en 1939. Peu de temps après, lui et sa femme adoptèrent une fillette, Evelyn, possiblement pour certains biographes, fruit d’une des liaisons d’Albert.
Après la signature du pacte germano-soviétique, Mileva envisagea d’émigrer en France, pour finalement y renoncer après la défaite de mai 1940. Lors de l'invasion de la Yougoslavie par les Allemands, elle perdit tout contact avec sa famille. En raison de son statut de demi-juif, Tete était en danger si la Suisse, même neutre, était envahie par les nazis. En 1942, Mileva demanda donc à Albert de l’aider à émigrer aux États-Unis avec Tete. Elle reçut une réponse dans laquelle Albert ne parlait pas de ce voyage, et lui donnait essentiellement de ses nouvelles[7].
Mileva Marić meurt à Zurich, le , à l'âge de 72 ans.
Son rôle

Le débat sur la contribution et le rôle de Mileva Marić dans les travaux de son mari a été relancé dans les années 1980 lors de la publication des lettres échangées entre Albert Einstein et elle, et resurgit régulièrement[11],[15],[16],[17]. Le contenu de ces lettres n'était pas uniquement personnel et sentimental, mais portait également sur la physique et sur leurs travaux scientifiques respectifs[18].
La mauvaise conservation des documents de Mileva (contrairement à ceux d'Albert) rend difficiles les tentatives de connaître la vérité. De ce fait, beaucoup de documents décrivent les travaux et la vie d'Albert Einstein, alors que du côté de sa femme, ils sont très rares.
Des biographes d'Einstein estiment qu'on peut trancher la question par l'argument suivant : Albert Einstein fut aussi prolifique à l'époque de son mariage qu'après son divorce d'avec Mileva, alors que Mileva n'a publié aucun article de physique important après le divorce[19]. Toutefois, il faut tenir compte de la situation familiale et professionnelle difficile de Mileva, qui n'est pas comparable à celle de son ancien époux[20].
En 2019, la physicienne et écrivaine Gabriella Greison (it) a demandé à l'ETH Zurich de décerner un diplôme à titre posthume à Mileva Maric, après quatre mois de discussions, l'université n'a pas jugé la requête pertinente[21]. En 2022, Greison répète la même question, grâce au changement à la tête du rectorat de l'ETH, avec en plus une attribution de diplôme posthume aux quelques autres femmes avant Mileva qui n'ont pas obtenu de diplôme[22].
En 2019, l'ouvrage d'Allen Esterson et David C. Cassidy analysant toutes les sources disponibles concernant cette question conclut qu'une contribution scientifique significative de Mileva aux publications d'Einstein est plus qu'improbable, mais encore que les affirmations contraires se fondent sur des suppositions, des hypothèses peu plausibles et des déformations des sources existantes[23].
Trois œuvres souvent citées
Ce débat est dominé par les experts anglophones ou germanophones. Les renseignements provenant de sources en russe, des documents de famille du côté de Marić et des archives de l’Europe de l’Est, dont la Serbie, sont difficiles à interpréter, au contraire des documents concernant Albert Einstein, qui vivait en Europe centrale et aux États-Unis.
- Collected Papers of Albert Einstein (1987), écrit par le physicien J. Stachel. Ce livre contient des lettres d’Albert Einstein et quelques-unes de sa femme. Le livre met au jour de nouveaux détails concernant la vie du jeune Einstein ;
- Monographie de Mileva Marić (1969, en serbe, 1982, en allemand), écrite par la physicienne et mathématicienne Desanka Trbuhovic-Gjuric. Celle-ci a fait des recherches dans des documents russes et a contacté la famille, des physiciens, des amis qui connaissaient Mileva Marić ;
- Neizbezhnost strannogo mira (1962), écrit par D. S. Danin. Un livre sur « l’histoire de la physique atomique », disant que les originaux des trois fameux articles publiés en 1905 ont été signés par Einstein-Marity. L'affirmation n'est pas sourcée, et semble se baser faussement sur un texte de 1955 du physicien russe Abram Ioffé (ou Ioffe) qui évoque en réalité un physicien nommé Einstein-Marity et ne déclare pas avoir vu les manuscrits originaux[24].
