Milovan Glišić

écrivain serbe From Wikipedia, the free encyclopedia

Milovan Glišić (en serbe cyrillique : Милован Глишић), né le à Gradac, près de Valjevo, et mort le à Dubrovnik, est un écrivain, dramaturge, traducteur et théoricien de la littérature serbe. Considéré comme le père de la nouvelle réaliste rurale, il a profondément marqué la littérature serbe par sa critique sociale acérée et l'introduction d'éléments folkloriques et fantastiques.

Naissance
Gradac, près de Valjevo Principauté de Serbie
Langue d’écriture Serbe
Faits en bref Naissance, Décès ...
Milovan Glišić
Description de l'image Milovan Glišić, 1900.jpg.
Naissance
Gradac, près de Valjevo Principauté de Serbie
Décès (à 61 ans)
Dubrovnik Drapeau de l'Autriche-Hongrie Autriche-Hongrie
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Serbe
Mouvement Réalisme, fantastique
Genres

Œuvres principales

  • Glava šećera (1875)
  • Prva brazda (1885)
  • Podvala (?)
  • Dva cvancika (?)
  • Roga (?)
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Biographie

La Jeunesse et la Formation

Milovan Glišić naît dans le village de Gradac au sein d'une famille d'agriculteurs analphabètes. Malgré ce contexte modeste, il baigne tôt dans la culture populaire : son père lui transmet les chants épiques accompagnés de la gusle et sa mère lui conte les légendes et récits traditionnels qui nourriront plus tard son œuvre. Apprenant seul à lire et à écrire, il rejoint ensuite l'école primaire de Valjevo[1].

À l'âge de 17 ans, il s'installe à Belgrade pour suivre ses études au lycée. Pour subvenir à ses besoins dans la capitale, il travaille comme domestique. C'est durant ces années de lycée qu'il fait ses premières armes en littérature, commençant à forger son style[2].

L'Éveil Politique et Littéraire à Belgrade

Après l'obtention de son diplôme en 1871, il étudie brièvement la technique à la Grande École de Belgrade (ancêtre de l'université de Belgrade), avant de s'orienter vers la Faculté de philosophie. Il y étudie jusqu'en 1875, se spécialisant dans les langues (russe, allemand, français) ainsi que dans la littérature et la philosophie russes. où il s'imprègne des idées progressistes de l'époque et se lie d'amitié avec Svetozar Marković, premier théoricien du réalisme en Serbie[1].

C'est dans ce contexte militant qu'il collabore aux premiers journaux socialistes serbes. En 1873, il publie sa première nouvelle, Noć na mostu (Une nuit sur le pont), dans la revue Preodnica (L'Avant-garde). Son œuvre initiale s'inscrit pleinement dans le programme révolutionnaire de Marković, utilisant une plume satirique pour dénoncer les travers de la société serbe contemporaine[1].

Glišić collabore activement à la presse militante, notamment au journal satirique Vragolan. Son activisme, et particulièrement la distribution de l'ouvrage de Marković Srbija na istoku (La Serbie à l'Est), lui vaut une période d'emprisonnement[2].

Le tournant de 1875

L'année 1875 marque une rupture majeure dans la vie et l'œuvre de Glišić. Après la mort de Svetozar Marković, la répression s'abat sur ses partisans et le mouvement s'étiole. Parallèlement, Glišić abandonne ses études universitaires pour devenir fonctionnaire d'État. Ce changement de statut social s'accompagne d'un adoucissement sensible de sa verve satirique[1].

Alors que ses premières nouvelles, comme Glava šećera (Le pain de sucre), attaquaient violemment les usuriers et les bureaucrates corrompus, ses écrits ultérieurs adoptent un ton plus humoristique et conciliant. Un exemple frappant de cette pression politique est le destin de sa comédie Podvala (Une tromperie) : interdite après quelques représentations pour avoir pointé les vices d'un représentant du pouvoir, l'auteur fut contraint de la modifier pour obtenir sa réautorisation[2].

Sa carrière professionnelle sera par la suite marquée par une grande diversité de fonctions : il travaille au bureau de presse durant la guerre serbo-turque (1876-1877), devient correcteur à l'Imprimerie d'État en 1878, puis est nommé dramaturge au Théâtre National de Belgrade en 1881. Il y exerce une influence majeure sur la scène dramatique jusqu'à sa retraite en 1898, avant de clore son parcours institutionnel comme directeur adjoint de la Bibliothèque nationale de Serbie à partir de 1899[1].

Fin de carrière et travail de traduction

À partir de 1885, après la publication de Prva brazda (Le premier sillon), Glišić délaisse progressivement la création littéraire originale. Il consacre la fin de sa vie à un immense travail de traduction, faisant découvrir au public serbe les chefs-d'œuvre du réalisme russe et français. On lui doit notamment les traductions de Guerre et Paix de Tolstoï, Oblomov de Gontcharov, ainsi que les œuvres majeures de Gogol (Tarass Boulba, Les Âmes mortes), La Peau de chagrin (Balzac), Colomba (Mérimée), Jules Verne, Alphonse Daudet. Il a également traduit Edgar Allan Poe et Mark Twain[1].

Souffrant de problèmes pulmonaires, il part en cure à Dubrovnik où il s'éteint le . Conformément à ses souhaits, il est enterré dans cette cité historique lors de funérailles nationales financées par l'État serbe, en présence des plus grandes figures intellectuelles de l'époque[2].

Œuvres

Le réalisme rural et satirique

L'œuvre de Glišić, bien que concise (une trentaine de nouvelles et deux comédies), est fondamentale pour le réalisme serbe. Il introduit des types sociaux emblématiques : l'usurier de campagne, le bureaucrate corrompu et le paysan naïf. Ses récits sont construits sur une base populaire, empruntant à la prose orale et aux anecdotes de village l'esprit de moquerie et de dérision[1].

L'influence de Gogol et le fantastique

Souvent comparé à Nicolas Gogol, Glišić intègre le folklore et les légendes populaires serbes dans ses récits. Entre 1875 et 1885, il publie des contes fantastiques célèbres tels que Posle devedeset godina (Après quatre-vingt-dix ans), qui s'inspire des légendes de vampires (notamment celle de Sava Savanović). Cette veine fantastique mêle le surnaturel à la simplicité de la vie paysanne[2].

L'idéalisation patriarcale

Parallèlement à sa critique sociale, Glišić exprime une certaine nostalgie pour la campagne d'autrefois. Sa nouvelle Prva brazda (Le premier sillon) est considérée comme une superbe idylle patriarcale. Il y célèbre le travail de la terre et les valeurs paysannes traditionnelles avec un optimisme et une pureté de sentiment qui tranchent avec ses satires les plus virulentes[1].

Postérité et culture populaire

L'œuvre de Glišić reste vivante à travers de nombreuses adaptations cinématographiques qui ont marqué la culture yougoslave et serbe [1]:

  • Leptirica (1973) : Film d'horreur culte adapté de sa nouvelle sur les vampires.
  • Glava šećera (1991) et Svirač (1998) : Téléfilms produits par la RTV.

De 1971 à 2007, le prix « Milovan Glišić » a récompensé les meilleures œuvres littéraires à Valjevo. De nombreuses institutions culturelles et écoles portent aujourd'hui son nom[2].

Bibliographie sélective

Nouvelles satiriques et humoristiques

  • Noć na mostu (Une nuit sur le pont), 1873.
  • Glava šećera (Le pain de sucre), 1875.
  • Roga (Le Tribart), 1875.
  • Zloslutni broj (Le nombre fatidique), 1875.
  • Raspis (La circulaire).
  • Šilo za ognjilo (Œil pour œil).
  • Svirač (Le musicien).

Contes fantastiques et idylles

  • Posle devedeset godina (Après quatre-vingt-dix ans).
  • Zadušnice (La fête des Morts).
  • Prva brazda (Le premier sillon), 1885.

Théâtre

  • Podvala (Une tromperie), comédie rurale, 1885.
  • Dva cvancika (Deux zwanzigers).

Références

Voir aussi

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