Miria Matembe
politicienne ougandaise
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Miria Rukoza Koburunga Matembe, née le à Bwizibwera, Kashaari, dans le district de Mbarara, est une avocate, femme politique et militante ougandaise. Figure de proue du mouvement féministe en Ouganda, elle a joué un rôle déterminant dans l'élaboration de la Constitution de l'Ouganda de 1995 et a été la première ministre de l'Éthique et de l'Intégrité du pays de 1998 à 2003[1],[2].
| Membre du parlement d'Ouganda | |
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| - | |
| Membre du Parlement panafricain |
| Naissance | |
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| Nom de naissance |
Miria Rukoza Koburunga |
| Nationalité | |
| Formation | |
| Activités | |
| Conjoint |
Nekemia Matembe |
| Enfants |
4 |
| Distinction |
Doctorat honorifique en droit, Université de Victoria (2007) Women Heroine Award (1998) |
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Biographie
Jeunesse et formation
Miria Rukoza Koburunga naît le 26 août 1953 à Bwizibwera, dans le comté de Kashaari, district de Mbarara, de Samwiri Rukoza et Eseza Kajwengye, tous deux paysans. Elle est la quatrième d'une fratrie de neuf enfants, cinq garçons et quatre filles[3].
Elle effectue sa scolarité primaire à Rutooma Primary School, puis poursuit ses études secondaires à Bweranyangi Girls' Senior Secondary School pour son O-Level. Elle poursuit ensuite au Namasagali College pour son A-Level[4].
Matembe obtient un baccalauréat en droit (LL.B.) de l'université Makerere, suivi d'un diplôme en pratique juridique au Law Development Center de Kampala. Elle complète sa formation par une maîtrise en droit (LL.M.) de l'université de Warwick au Royaume-Uni[5].
Carrière professionnelle
Matembe commence sa carrière comme avocate stagiaire au département du Directeur des poursuites publiques (DPP) au ministère de la Justice. Confrontée à ce qu'elle perçoit comme des injustices dans ce département, elle quitte rapidement ce poste pour rejoindre l'Uganda College of Commerce aujourd'hui Makerere University Business School en tant qu'enseignante en droit, poste qu'elle occupe de 1979 à 1983[6].
De 1983 à 1989, elle devient maître de conférences en droit et en anglais au Chartered Institute of Bankers à Kampala, où elle enseigne également la gestion et la planification du développement des femmes[7].
Engagement politique
Débuts politiques
Matembe entre en politique en 1989, au moment de l'arrivée au pouvoir du Mouvement de résistance national (NRM). De 1989 à 1994, elle siège au Conseil national de la résistance en tant que représentante du district de Mbarara. En 1990, elle est nommée secrétaire générale adjointe du Congrès panafricain tenu à Kampala.
Assemblée constituante
De 1994 à 1995, elle est déléguée à l'Assemblée constituante chargée d'élaborer la nouvelle Constitution de l'Ouganda . Son rôle y est déterminant, notamment pour l'intégration des dispositions relatives aux droits des femmes. Elle participe activement au caucus des femmes de l'Assemblée et œuvre pour garantir que chaque clause concernant les femmes bénéficie d'une attention particulière[8].
Parmi ses contributions majeures figure l'obtention de la mesure d'action positive accordant 1,5 point supplémentaire à toutes les étudiantes admises dans les universités publiques, une politique qui reste en vigueur en Ouganda.
Carrière parlementaire
En 1996, Matembe est élue députée représentant les femmes du district de Mbarara, un siège qu'elle conserve jusqu'en 2006. De 1998 à 2003, elle est nommée ministre de l'Éthique et de l'Intégrité, devenant la première personne à occuper ce poste ministériel. Durant son mandat, elle élabore des politiques de gouvernance sur la corruption et établit des normes d'éthique pour les professionnels de la fonction publique[4],[9].
En 2003, elle s'oppose publiquement au président Yoweri Museveni après la suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels dans la Constitution. Cette prise de position marque une rupture avec le pouvoir en place. En 2006, elle se retire de la politique électorale active[9].
Après son retrait du Parlement national, elle devient membre du Parlement panafricain représentant l'Ouganda, où elle préside le Comité des règles, privilèges et discipline, un comité permanent du parlement.
Engagement pour les droits des femmes
Fondation d'organisations
Matembe joue un rôle déterminant dans la création de plusieurs organisations nationales et régionales de défense des droits des femmes. En 1985, elle cofonde Action for Development (ACFODE), qui devient l'organisation leader du mouvement des femmes en Ouganda, et en assure la présidence. L'organisation, créée dans le sillage de la Conférence internationale sur les femmes de Nairobi en 1985, se consacre à l'amélioration du statut professionnel, personnel, juridique, économique et éducatif des femmes[7],[10].
Elle contribue également à la fondation de Women Law and Development in Africa (WILDAF), du réseau African Women's Development Network (FEMNET), et plus récemment du Centre for Women in Governance (CEWIGO), dont elle est membre du conseil consultatif[4],[11].
Militantisme et prises de position
Matembe est connue pour ses positions tranchées et son franc-parler. Dans les années 1990, aux côtés de Winnie Byanyima, elle domine la scène du mouvement féministe ougandais par son assertivité et son refus de s'excuser pour son militantisme[7]. Elle refuse toutefois l'étiquette de « féministe », expliquant qu'« en Afrique, les gens pensent que lorsque vous êtes féministe, vous êtes une rebelle occupée à briser les mariages et à détruire les familles. Nous nous appelons donc militantes »[9].
Parmi ses prises de position controversées figure sa proposition de castration des violeurs, qu'elle justifie par « l'utilisation inappropriée de leurs instruments potentiellement dangereux »[9].
En 2011, elle prononce le discours principal lors de la 11e conférence Sarah Ntiro au Grand Imperial Hotel de Kampala, un événement organisé par le Forum for African Women Educationalists (FAWE) pour honorer les femmes qui promeuvent l'éducation des filles. Elle y reçoit le prix « Woman of Distinction » pour ses efforts en faveur de l'éducation des filles.
Activités internationales
En juin 2006, Matembe devient Reagan-Fascell Democracy Fellow au sein du National Endowment for Democracy aux États-Unis[4],[9].
En octobre 2006, elle prononce une conférence intitulée « Women, War, Peace: Politics in Peacebuilding » au Joan B. Kroc Institute for Peace & Justice de l'université de San Diego, un forum destiné aux leaders internationaux de haut niveau pour partager leurs perspectives sur la promotion de la paix avec justice[9].
Elle a également fait partie de la délégation ougandaise à la quatrième conférence mondiale sur les femmes organisée par les Nations unies du 4 au 15 septembre 1995 à Pékin, en Chine[12].
Matembe a également travaillé comme consultante sur les femmes et la politique en Afrique pour plusieurs organisations, notamment le National Democratic Institute (NDI), Club Madrid, Isis WICCE et le PNUD[4].
Vie privée
Matembe épouse Nekemia Matembe en juillet 1975. Le couple a quatre fils : Godwin, Gilbert, Gideon et Grace[4],[13].
Dans un entretien accordé au New Vision en 1998, elle confie que l'un des moments les plus difficiles de sa vie fut l'année 1992, pendant les travaux de la commission constitutionnelle. Cette année-là, elle perd son frère en décembre, et sa mère meurt en septembre. Elle raconte avoir dû quitter l'hôpital où se trouvait sa mère pour assister à une session constitutionnelle, craignant de manquer l'occasion d'inscrire les dispositions relatives aux femmes dans la Constitution. Sa mère décède en son absence, un événement qui la marque profondément[14].
Publications
- (en) Miria Rukoza Koburunga Matembe et Nancy R. Dorsey, Miria Matembe: Gender, Politics, and Constitution Making in Uganda, Kampala, Fountain Publishers, (ISBN 9970-02-337-3)
- (en) Miria Matembe, Woman in the Eyes of God: Reclaiming a Lost Identity,
- (en) Miria Matembe, The Struggle for Freedom and Democracy Betrayed,
- (en) Miria K. Matembe et Hannington Mutebi, Political Evangelism: The Beauty of Conversing with God, (ISBN 978-1661394172)
Distinctions et honneurs
- 1998 : Women Heroine Award du Women Heroine Project de New York (États-Unis), remis à 100 femmes ayant apporté une contribution remarquable au mouvement féministe mondial de 1898 à 1998[14],[11]
- 2007 : Doctorat honorifique en droit (LL.D.) de l'Université de Victoria au Canada, en reconnaissance de son engagement pour l'autonomisation des femmes et la lutte pour la justice, l'égalité et l'équité[15],[4]
- 2010 : Annual Nation Award[11]