Misogynoir
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La misogynoir ou misogynoire désigne une forme de misogynie spécifiquement dirigée envers les femmes noires, qui est à l'intersection entre les discriminations raciale et sexistes.
Le concept est théorisé par Moya Bailey, féministe noire et queer, qui crée le terme pour décrire la misogynie dirigée envers les femmes afro-américaines spécifiquement, dans la culture populaire notamment[1]. Trudy de Gradient Lair, une bloggeuse womaniste traitant des femmes noires dans l'art, les médias, les médias sociaux, la socio-politique et la culture, a également été créditée pour l'élaboration de la définition lexicale (en) du terme[2].
Le concept repose sur la théorie de l'intersectionnalité, qui analyse comment les différentes identités sociales telles que la race, le genre, la classe sociale et l'orientation sexuelle sont reliées au sein des systèmes d'oppression.
Le terme se retrouve en français sous la forme misogynoir, ou misogynoire au féminin selon l'usage[3],[4],[5],[6]. Il provient de la contraction du terme « misogyny », la haine des femmes, et « noir », le mot français ayant une connotation culturelle et médiatique, comme dans le terme « film noir ».
Bailey envisage d'autres mots, comme « sistagyny »[7], avant de choisir misogynoir.
Développement

Moya Bailey invente le terme en 2010 alors qu'elle est étudiante de troisième cycle à l'Université Emory. Le terme est d'abord repris par la blogosphère autour de critiques culturelles, et militantes féministes noires et intersectionnelles[8],[9],[10] .
Bailey utilise le terme d'abord sur le blog Crunk Feminist Collective (en) pour discuter de la misogynie envers les femmes noires dans le hip-hop[11],[12]. En 2013, un article de Bailey sur la misogynoir et l'oppression de genre dans le hip-hop est publié dans Souls: A Critical Journal of Black Politics, Culture, and Society[13].
Dans l'avant-propos du livre de Michele Wallace Black Macho and the Myth of the Superwoman, Jamilah Lemieux (en) écrit que la misogynoir « peut venir, même de ceux qui sont noirs, qui ont été élevés par des femmes noires professant des valeurs noires »[14].
Dans un article de l'Albany Law Review, les autrices Aimee Wodda et Vanessa R. Panfil écrivent que les femmes trans de couleur font l'expérience de violences à des degrés plus élevés que les autres populations. Cette transmisogynie envers les personnes noires, cumulant des dynamiques racistes, mysogines et transphobes, est décrite par le terme « transmisogynoir » par la blogueuse Trudy, sur le blog Gradient Lair[15],[16].
Emploi politique
Bien que la misogynoire puisse être commise par n'importe qui, le terme désigne le plus souvent la misogynie vécue par les femmes noires de la part d'hommes noirs[17]. Le traitement de la question du racisme négrophobe aux Etats-Unis se concentrant majoritairement sur celui des hommes noirs, les problèmes rencontrés par les femmes noires, ainsi que le travail des féministes noires sont souvent effacés et invisibilisés.
Le mouvement Black Lives Matter, par exemple, est fondé en 2013 par trois femmes noires: Alicia Garza, Opal Tometi, et Patrisse Cullors[18],[19]. Ce fait est peu connu, y compris dans la communauté noire ; et bien que le mouvement s'engage pour l'ensemble de la communauté afro-américaine, les protestations et les groupes militants se revendiquant des positions de Black Lives Matter représentent très majoritairement des appels à la justice pour des hommes noirs victimes de violences policières et racistes. Les incidents pendant lesquels la police tue et agresse à tort des femmes noires (incluant des personnes transgenres et des personnes noires non conformes dans leurs identité de genre) reçoivent beaucoup moins d'attention, comme en témoigne par exemple l'absence de couverture médiatique de l'affaire de l'agent Daniel Holtzclaw (en) en 2015, ayant utilisé son autorité pour harceler et agresser 13 femmes noires[20].
Evelyn Brooks Higginbotham définit en première le concept de « respectabilité », se référant à la stratégie mise en place par les personnes afro-américaines afin d'intégrer les espaces publics, en s'efforçant d'adopter une attitude tempérée, calme, modeste et polie. Cette stratégie, aidant à gommer les inégalités raciales, accentue cependant les discriminations de classe à l'intérieur de la communauté afro-américaine. L'injonction à la pureté sexuelle impacte en particulier les femmes afro-américaines[21].
