Miss Judaea 1929

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Zofja Ołdak, Miss Judaea 1929

Miss Judaea 1929 est un concours de beauté organisé par le journal juif de Varsovie Nasz Przegląd. Cet événement, dont ce sera la seule édition, suscite un engouement important au sein de la communauté juive polonaise ainsi que d'importants débats qui révèlent les lignes de fractures parcourant cette communauté. La presse juive se fait abondamment l'écho de l'élection et des polémiques qu'elle suscite.

Les années 1920 sont marquées par le succès des concours de beauté, des compétitions qui contribuent à renforcer le sentiment national. De nombreux pays organisent leur premier concours au cours de cette décennie[1]. Le concours Miss Europe lancé en 1927 voit la participation de 18 pays en 1929. Le premier Miss Pologne a aussi lieu en 1929, peu avant Miss Judaea[1].

Trois millions de Juifs vivent en Pologne à cette même époque. Cette population est traversée par un certain nombre de clivages religieux, politiques et linguistiques. Ceci trouve sa traduction dans la diversité de la presse juive de l'époque. Varsovie compte, en 1929, onze journaux en yiddish et deux en polonais pour une population de 350 000 Juifs[2]. Nasz Przegląd, l'un des deux journaux publiés en polonais, dispose d'un lectorat important, avec une diffusion de 20 000 à 50 000 exemplaires quotidiens. C'est, à la fin des années 1920, le plus important quotidien juif de Pologne. Il s’adresse principalement à une intelligentsia sécularisée, acculturée et urbanisée. Il affiche un sionisme modéré[3].

Nasz Przegląd estime que les concours de beauté européens, et notamment Miss Pologne mettent en valeur des canons de beauté, cheveux blonds, teint clair, yeux bleus, ne correspondant pas à la « beauté juive ». En cette période marquée par l'influence de la typologie raciale et du nationalisme, le journal souhaite inverser les stéréotypes sur le physique des Juifs pour en présenter une image positive. Il veut définir un « type racial juif », contribuant par cela à créer un canon d'auto-identification d'essence nationale[1]. En organisant Miss Judea, le journal entend intégrer les Juifs à la vie culturelle européenne, mettant ainsi fin à l'image d'une minorité conservatrice et insulaire. L'objectif est de montrer que les Juifs forment une nation « comme les autres », une manifestation de l'idéal sioniste de Nasz Przegląd[2].

La presse yiddish est hostile au concours. Elle considère qu'il s'agit d'une imitation des gentils et que c'est un assimilationisme superficiel contribuant à détruire l’authentique culture juive yiddish[3].

Déroulement du concours

Les finalistes de Miss Judaea. La gagnante, Zofja Ołdak, est signalée par une croix, ainsi que ses deux dauphines, 1 et 2.

Le concours est lancé par Nasz Przegląd le . Des centaines de jeunes femmes juives polonaises envoient trois photos, en pied, de trois quarts et de profil, au journal. Les participantes doivent avoir au moins 16 ans, ne pas être mariées, vivre en Pologne et avoir « une réputation sans tache »[1]. Le journal sélectionne 131 candidates et publie trois à six clichés des jeunes femmes par jour, à partir du . Les lecteurs sont invités à effectuer leur sélection en soumettant leur liste de 10 candidates. Le journal reçoit 20 015 listes, ce qui témoigne de l'engouement de son lectorat pour l’événement[1].

Parallèlement, le journal invite dans ses colonnes des artistes qui sont chargés de définir la « beauté juive »[1]. Le peintre Adam Herszaft souligne que les femmes juives ont un type spécial de beauté caractérisé par « un teint olive, une face longiligne, des yeux noirs, des sourcils hauts, de petites narines et des lèvres avec une ligne ondulée »[1] Le docteur Henryk Zamenhof insiste sur le nez « le bijou ornant et donnant forme à l'ensemble du visage de la femme juive  ». Les yeux sont particulièrement cités par les personnalités invitées à s'exprimer dans les colonnes du journal. Des « yeux tristes » censés être le reflet des persécutions subies par les Juifs[1]. Certains artistes évoquent explicitement un « type sépharade » supposé plus pur que celui des ashkénazes censé être plus mélangé. Certaines candidates s'inquiètent de ne pas répondre à ces canons de la beauté juive ainsi définis. La finaliste Roma Gliksman, qui a des cheveux blonds et des yeux bleus, exprime ses inquiétudes dans les pages du journal : « cela m'attriste que l'on me perçoive comme étant de type aryen, je me perçois avant tout comme une femme juive »[1]. Elle exprime le souhait de trouver un mari de « type sémitique » afin que son « aspect non juif soit réhabilité aux yeux du monde »[1]. Cette préférence du journal pour un certain type de beauté « oriental » est aussi explicitée par la réponse enthousiaste faite au courrier d'une candidate potentielle née à Constantinople d'une mère sépharade et d'un père ashkénaze. Il lui est répondu que « le mélange de caractéristiques sépharades et ashkénazes représente une synthèse physiologico-raciale des valeurs des Juifs sépharades avec l'intellect et la culture des Juifs ashkénazes »[1].

Les dix candidates finalistes choisies par les lecteurs sont invitées à un gala à l’hôtel Polonia de Varsovie le . Un jury de douze personnalités juives, journalistes, artistes, écrivains, historiens doit couronner la gagnante[3],[1]. Outre des journalistes de Nasz Przegląd, y siègent le peintre Adam Herszaft, le sculpteur Abraham Ostrzega, l'écrivain Zusman Segalovitch ou encore l'historien Ignacy Schiper qui préside le jury[1]. Les candidates, vêtues d'une robe de soirée, défilent par ordre alphabétique devant le jury. Chacune dispose d'une minute pour convaincre les jurés. Le choix du jury est inattendu puisqu'ils couronnent Zofja Ołdak, 20 ans, qui n'avait été classée que 6e par les lecteurs de Nasz Przegląd[1]. Elle recueille neuf des douze votes[1]. Liza Harkawi, qui avait été placée à la première place par les lecteurs est première dauphine tandis que Marja Łobzowska est seconde dauphine[1].

Suites

Références

Articles connexes

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