Mission (christianisme)
ensemble de programmes d'évangélisation chrétienne
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La mission, dans le christianisme, est l'annonce de l’Évangile, la formation de disciples et le baptême des croyants. Elle est basée sur la Grande Mission donnée par Jésus dans le Nouveau Testament. Un missionnaire chrétien est généralement un religieux (moine, prêtre, pasteur, etc.), enseignant ou humanitaire, envoyé dans un pays, dans le cadre d'une organisation missionnaire chrétienne, pour faire de l’évangélisation, répandre la foi chrétienne et éventuellement obtenir la conversion au christianisme des populations de ce pays.

Définition
Le terme mission recouvre dans le christianisme une double réalité sur le plan religieux :
- C'est d'abord, en terre chrétienne, une prédication dirigée par des prêtres spécialisés et extérieurs à la paroisse qui se déroule généralement sur une période d’une semaine. Celles-ci, organisées notamment par les pères lazaristes, apparaissent dans le courant du XVIIe siècle et se multiplient au cours du XIXe siècle. Leur but est de ranimer les sentiments de foi et de piété. La journée de clôture de la prédication s’achève généralement par l’érection d’un calvaire destinée à en préserver le souvenir[1].
- C'est aussi, une opération de conversion de population non chrétienne. La mission implique alors, le plus souvent, l'envoi d'individus ou de groupes qu'on appelle des missionnaires en dehors des frontières de l'église, souvent au-delà des frontières géographiques, pour partager la "Bonne Nouvelle" (Évangile), former des disciples et baptiser les croyants[2],[3],[4],[5].
Il a un appel à la mission et un mandat donné par une organisation missionnaire, un ordre religieux ou une Église, il se déplace géographiquement[4].
Le travail missionnaire peut inclure également du travail social ou humanitaire chrétien[6]. La majorité des ONG chrétiennes aident tout le monde, sans distinction de religion[7].
Cela a conduit à des mouvements historiques d'évangélisation de peuples par certaines Églises, qui ont été à chaque fois une occasion de réadapter les principes de la foi chrétienne à une culture particulière[8],[9].
Sources bibliques
Dans l’Évangile selon Matthieu 28:19-20a, la Grande Mission est donnée aux disciples par Jésus après sa Résurrection[10] : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé ». Il en est également question en Marc 16:15ss et en Actes 1:6ss.
Selon les Actes des Apôtres, chapitre 2, la première mission est effectuée le jour de la Pentecôte à Jérusalem, auprès de trois mille personnes d'origines très diverses. Le texte précise qu'il s'agit de Parthes, Mèdes, Élamites, Mésopotamiens, Judéens, "Turcs" de Cappadoce, du Pont et d’Asie, Phrygiens et Pamphyliens, Égyptiens, Libyens de Cyrénaïque, Romains, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes. Tous deviennent chrétiens après avoir entendu annoncer la Bonne Nouvelle de la Résurrection de Jésus dans sa propre langue[11],[12]. Des organisations missionnaires sont fondées par la suite et s'installent dans divers pays[8].
Histoire

Bien que les missions chrétiennes aient pris un élan nouveau à partir des grandes découvertes et des progrès de la navigation, on peut parler de cinq grandes périodes de mission :
- Période apostolique (missions en Asie mineure, en Grèce, dans l'empire romain, en Afrique orientale, en Asie centrale et en Inde).
- Le Moyen Âge (missions en Europe du nord, en Extrême-Orient, en direction du monde musulman).
- les missions catholiques aux XVIe et XVIIe siècles, notamment en direction du continent américain et de l'Asie.
- Les missions catholiques de 1622 à la fin du XVIIIe siècle ou missions pontificales (première partie).
- Au XVIIIe les missions protestantes et les missions évangéliques.
- Aux XIXe et XXe siècles, les missions catholiques.
Catholicisme

Dans le catholicisme, les missionnaires sont généralement des évêques, des prêtres, des frères religieux ou des sœurs religieuses[13].
Dans son décret Ad Gentes sur l’activité missionnaire de l'Église, le concile Vatican II rappelle que tout chrétien est appelé par son baptême à être missionnaire, ne fût-ce que par le témoignage de sa vie personnelle inspirée par les valeurs de l’Évangile.
Du XVIe au XXe siècle, les missionnaires chrétiens ont souvent accompagné les explorateurs, la colonisation européenne[14],[15] puis le début des indépendances[16]. Un effet collatéral de cette activité missionnaire essentiellement européenne a été la collecte d'une importante base de connaissances linguistiques et ethnographiques[17].
Lorsque les premières missions outre-mer furent entreprises, les missionnaires ont pu être bien accueillis. Ainsi le roi de Bungo (Yamaguchi au Japon) donne à François Xavier la permission de prêcher (1551)[18]. En 1578, l’empereur Akbar invite les Jésuites à sa cour de Fatehpur-Sikri[19]. Vers 1626, le roi de Gugé (Tibet occidental) insiste pour que Antonio de Andrade revienne chez lui[20], mais lorsque leurs liens avec le pouvoir colonial apparurent, comme ce fut le cas en Chine ou au Japon, les autorités les expulsèrent et les nouveaux chrétiens furent parfois persécutés.
Les Jésuites ont eu une grande activité missionnaire à partir du XVIe siècle, importante et innovatrice, en Amérique latine, en Inde, en Chine et Extrême-Orient et en Afrique. Des essais poussés d'inculturation ont quelquefois causé de vives controverses, dont la « Querelle des rites chinois » au XVIIe siècle.
Au XVIIe siècle, Vincent de Paul (1581-1660) crée en 1625 la Congrégation de la Mission, dont les membres sont aussi appelés Lazaristes. Ils créeront de nombreuses missions, notamment en Afrique, en Asie, ainsi qu'un grand nombre de séminaires.
Au XIXe siècle, de nombreux instituts religieux masculins et féminins ainsi que des associations sont fondés avec vocation missionnaire explicite, en Afrique ou ailleurs. Ainsi l'Œuvre pontificale de la propagation de la foi créée par Pauline Jaricot en 1822 ; la fondation des Missionnaires d'Afrique (Pères blancs) en 1868 et celle des Sœurs missionnaires de Notre-Dame d'Afrique en 1869 par le cardinal Charles Lavigerie, ou les pères Spiritains. Des missions ont également lieu en pays protestants, comme celle du jésuite Joseph Deharbe en 1840-1842 à Köthen dans la principauté d'Anhalt en Allemagne[21].
Au XXe siècle, en 1926, Pie XI décrète une journée mondiale des Missions pour affirmer l'importance de l'évangilsation de tous les peuples[22]. Sa date est fixée à l'avant-dernier dimanche du mois d'octobre. Une quête universelle est organisée ce jour-là dans tous les diocèses catholiques du monde dont le bénéfice est versé aux Œuvres pontificales missionnaires[23]. Thérèse de Lisieux (1873-1897) est proclamée patronne des missions de l'Église universelle en 1997[24].
Le l'Agence Fides dénombre 17 missionnaires tués dans l'année et 626 depuis le début du XXIe siècle. « Tous ces morts n’ont pas nécessairement été tués en haine de la foi » précise l'agence[25].
Protestantisme
Les Églises protestantes ont été établies dans le courant du XVIe siècle au milieu de nombreuses guerres et luttes contre les princes catholiques ou des mouvements protestants différents, ce qui ne leur a pas permis de se tourner vers la mission à cette époque[26]. C'est seulement au cours du XVIIIe siècle qu'on assiste à de premières et timides organisations de missionnaires, en particulier de la part des Frères moraves à partir de 1732 et de la part des calvinistes nord-américains auprès des Indiens mohicans du Massachusetts à Stockbridge en 1736[27].
En 1886, le Student Volunteer Movement for Foreign Missions (Mouvement volontaire étudiant pour les Missions étrangères) est créé pour promouvoir l'idée missionnaire et recruter des missionnaires parmi les étudiants américains[28], ce qu'il fait pendant près de 80 ans, recrutant des milliers de missionnaires protestants au sein des universités américaines.
Dans le christianisme évangélique, les églises accordent beaucoup d’importance à l’engagement de chaque fidèle dans l’évangélisation comme missionnaire, au niveau local et à l’étranger[29],[30].
En 1960, plus de la moitié des missionnaires américains protestants sont évangéliques[31]. Les missions américaines et européennes pentecôtistes sont également nombreuses, mais le pentecôtisme va surtout se développer de façon autonome, par des résidents non-étrangers, dans diverses régions du monde, notamment en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie[32].
En 2004, la Corée du Sud devient la deuxième source de missionnaires dans le monde, après les États-Unis et devant l’Angleterre[33],[34].
En 2007, il y avait plus 10 000 missionnaires baptistes dans des missions outre-mer dans le monde[35].
Critiques
En 1949, le gouvernement communiste de Mao Zedong a expulsé les missionnaires en raison de leur influence hégémonique étrangère dans le pays et a fondé en 1954 le mouvement patriotique des trois autonomies, une organisation protestante gouvernementale de la République populaire de Chine, afin d’assurer une compatibilité de la religion avec le communisme[36].
Dans les années 1950, des érudits arabes et indiens, ont critiqué les missionnaires chrétiens pour leur impérialisme culturel occidental et leur matérialisme[37].
Au XXe siècle, plusieurs sociologues ont dénoncé la place des missionnaires chrétiens dans la colonisation et l’assimilation culturelle des peuples autochtones[38]. En 1974, lors du Premier congrès international sur l'évangélisation mondiale à Lausanne, les églises chrétiennes évangéliques ont confessé leur passé colonial et leur impérialisme et ont plaidé en faveur d’un mouvement de « contextualisation » qui consiste à être plus sensible aux dimensions culturelles locales[39].
En 2011, des historiens ont reproché aux missions catholiques du seizième siècle de l'ordre des Frères mineurs d’avoir contribué à la disparition de certains manuscrits et traditions religieuses de civilisations autochtones de Mésoamérique [40].
Selon le professeur américain David P. King, les organisations adhérant au concept de mission par la foi étaient plus susceptibles d’engager des missionnaires sans formation théologique[41].
Au XXIe siècle, de nouveaux diplômés d’universités ou de séminaires évangéliques américains ont remis en question le concept de mission par la foi, en raison des exigences d’organisations missionnaires qui refusent d’embaucher ceux qui ont un niveau d’endettement étudiant élevé[42].
En 2021, lors de la pandémie du Covid-19, des missionnaires évangéliques ont été critiqués au Brésil pour leur opposition au vaccin contre cette maladie dans des communautés indigènes[43].