Monique Hakim a apporté d'importantes contributions dans trois domaines distincts.
Les premiers travaux de Monique Hakim s'inscrivent dans le programme lancé par Alexandre Grothendieck pour refonder la géométrie algébrique. Il s'agit en particulier dans la thèse de Hakim de formaliser une théorie de schémas relatifs qui rende compte d'une notion intuitive de famille de schémas paramétrée par un espace annelé et de mettre au point un cadre qui permette ainsi de faire de la géométrie algébrique relative sur des variétés différentiables ou des espaces analytiques[5]. Hakim l'a formulée dans le cadre des topos[6]. Ce travail considéré comme pionnier[7], a été un point de départ dans l'usage de la théorie des topos classifiants, en particulier en logique.
Dans son cours à l’IHES en 2015, Laurent Lafforgue explique par exemple : « La notion de topos classifiant d’une théorie du premier ordre (au sens de la logique) est apparue dans des cas particuliers dans la thèse de M. Hakim dirigée par Grothendieck et a été progressivement systématisée dans la première moitié des années 1970 par Lawvere, Cole, Reyes, Joyal, Makkai et d’autres[8] ». Avec Olivia Caramello, il précise : « Moins universellement connue [que les invariants des topos associés aux objets géométriques] mais tout aussi remarquable et importante est la possibilité, découverte dans les années 1970 par des logiciens à partir de premiers exemples donnés dans la thèse de Monique Hakim, d'associer à toute théorie du premier ordre (au sens de la logique) qui est « géométrique », un topos bien défini à équivalence près, appelé son topos classifiant, qui incarne le contenu mathématique de cette théorie[9] ».
Après cette thèse, Monique Hakim s’intéresse brièvement à la recherche opérationnelle, puis plus durablement à l’analyse à plusieurs variables complexes, tout en étant chercheuse associée au laboratoire de mathématiques de l’université de Paris-Sud.
En analyse complexe, elle étudie les valeurs au bord des fonctions holomorphes bornées dans la boule unité B de l'espace complexe de dimension
,
, pour
supérieur ou égal à 2 ; en particulier elle s'intéresse aux fonctions intérieures, c’est-à-dire les fonctions holomorphes bornées non constantes sur
dont la limite radiale est de module 1 presque partout sur le bord de la boule unité ; la limite radiale en un point
du bord de
est la limite le long du segment joignant le centre de la boule à
, c’est-à-dire
. On savait caractériser ces fonctions en dimension 1, mais en dimension supérieure, Walter Rudin avait conjecturé en 1965 qu’il n’en existe pas. En 1981, à quelques semaines d’intervalle, indépendamment et avec une approche différente, A.B. Alexandrov, d’une part, et M. Hakim et Nessim Sibony, d’autre part, démontrent des résultats qui semblent infirmer la conjecture de Rudin et font penser que des fonctions intérieures peuvent en fait exister. C’est en raffinant la méthode de Hakim-Sibony que E. Løw montre quelques semaines plus tard que l’on peut en effet construire des fonctions intérieures. L’ensemble de ces résultats font l’objet en 1983 d’un exposé au séminaire Nicolas Bourbaki[10]. La méthode constructive de Hakim et Sibony leur a aussi fourni des informations sur les zéros ou les valeurs au bord des modules de fonctions holomorphes bornées sur la boule unité, en dimension
[11].
Enfin Monique Hakim s’est intéressée à la dynamique holomorphe[12]. Comme l'expliquent M. Arizzi et J. Raissy dans leur article de synthèse[13] : « Les techniques de Hakim ont été largement utilisées dans l'étude de l'existence de courbes paraboliques, de bassins d'attraction et de domaines de Fatou-Bieberbach, c'est-à-dire des ouverts propres de
biholomorphes à
».
Un des résultats les plus célèbres en dynamique holomorphe à une variable est le théorème de la fleur de Leau-Fatou[14],[15] qui décrit la dynamique d’une fonction holomorphe définie au voisinage de l’origine et fixant l’origine (autrement dit
)[16]. On peut écrire cette fonction au voisinage de l’origine sous la forme
, avec
et
non nul. Le théorème dit alors qu’il existe
domaines disjoints
, … ,
du plan complexe qui contiennent l’origine dans leurs bords et qui vérifient les propriétés suivantes :
- chaque domaine est invariant par
, c’est-à-dire que l’image du domaine par la fonction
est encore contenue dans le domaine ;
- la dynamique de
attire ces domaines vers l’origine, c’est-à-dire que si on considère successivement l’image par
du domaine, puis l’image par
de cette image, puis l’image par
de l’image de l’image, etc., le résultat tend vers 0. Autrement dit,
(où
signifie qu'on compose
avec lui-même
fois). De tels domaines sont appelés « domaines paraboliques » pour
.
Monique Hakim a fait un pas décisif dans la généralisation de ce résultat en dimension supérieure, en construisant des courbes paraboliques pour le germe à l’origine d’un difféomorphisme
holomorphe de
dans
,
, fixant l’origine et tangent à l’ identité, c’est-à-dire tel que la différentielle de
en 0 est l’identité[13].
Les
composantes de
peuvent s’écrire sous la forme
, où les
sont des polynômes homogènes de degré
,
étant le plus petit degré des polynômes (non nuls) qui interviennent dans ce développement. Le plus petit des
est appelé l'ordre de
(on le note simplement
).
Une direction caractéristique pour
est par définition la direction définie par un vecteur
pour lequel il existe un nombre complexe
tel que
pour
. Elle est dite non dégénérée si
est non nul.
Dans ce contexte, Hakim appelle « courbe parabolique pour
en 0 » une application holomorphe injective
d’un domaine
simplement connexe du plan complexe
dans
vérifiant :
est dans le bord de
,
est continue en
, et
;
est invariant par
et attiré par l’origine, autrement dit
.
De plus si la direction définie par le vecteur
tend vers une direction
quand
tend vers 0, on dit que la courbe parabolique est tangente à
en 0.
Hakim montre alors que pour toute direction caractéristique non-dégénérée de
, il y a
courbes paraboliques tangentes à cette direction en 0.
Elle montre de plus qu’avec certaines conditions supplémentaires sur la direction caractéristique, il existe des domaines invariants de dimension plus grande que 1 attirés par l’origine[13],[16].