Monk Eastman
criminel américain
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Monk Eastman est un criminel américain rattaché à la Yiddish Connection, né en 1875 à Williamsburg (New York) et mort le à New York.
Biographie
Jeunesse
Monk est né Edward Eastman en 1875 dans le quartier de Corlear's Hook, dans le Lower East Side de Manhattan, à New York, fils de Samuel Eastman, vétéran de la guerre civile et poseur de papier peint, et de sa femme Mary (Parks) Eastman. Ils étaient très probablement descendants d'ancêtres anglais de la période coloniale. À l'âge de cinq ans, Monk a vu son père abandonner la famille. Mary a déménagé avec ses enfants chez son père, George Parks, dans l'Upper East Side[1].
Lors du recensement de 1860, son père, Samuel Eastman vivait seul à Manhattan dans la maison de Thomas McSpedon, issu d'une vieille famille influente de New York. L'entreprise de son mentor, McSpedon & Baker, située sur Pine Street à New York, était l'imprimeur officiel de la municipalité. En plus de diriger son entreprise, McSpedon a été conseiller municipal élu à New York et nommé chef des pompiers de la ville au milieu du XIXe siècle. Eastman travaillait comme tapissier.
Lors du recensement américain de 1870, Mary Eastman vivait sur Cannon Street, dans le Lower East Side de Manhattan, avec son mari Samuel Eastman, âgé de 40 ans, né à New York et travaillant comme tapissier. Leurs enfants Lizzie et Willie, âgés de 3 ans et nés à New York, vivaient avec eux. Willie est probablement mort jeune, car il ne figurait pas sur la liste de la famille en 1880.
Selon le recensement américain de 1880, Edward Eastman, âgé de 5 ans, vivait avec sa mère et d'autres membres de sa famille sur East Seventy-Fifth Street, à Manhattan. Le foyer était dirigé par son grand-père maternel, George Parks, âgé de 68 ans, qui travaillait dans un magasin de tissus. Parks était né à New York, tout comme ses deux parents.
Selon le recensement de 1900, Mary Eastman vivait dans le Queens, sur Curtis Avenue, avec ses filles Elizabeth et Francine et leurs familles. Edward Eastman est répertorié dans le même recensement comme « vendeur d'oiseaux » résidant sur East First Street dans le Lower Manhattan, vivant avec Margaret Eastman, qu'il avait épousée en 1896.
Surnommé « Monk », Eastman n'a été arrêté pour la première fois qu'après le décès de son grand-père. À un moment donné, Parks a aidé son petit-fils à ouvrir une animalerie sur Broome Street. Pendant des années, alors qu'il était largement connu comme gangster, Eastman a indiqué « vendeur d'oiseaux » comme profession sur les formulaires administratifs. À un moment donné, il est revenu vivre dans le Lower East Side et s'est impliqué dans les gangs du quartier, composés de jeunes hommes pauvres, souvent enfants d'immigrants. Leurs activités comprenaient notamment un trafic de location de vélos[1].
L'écrivain Herbert Asbury décrivait Eastman comme ayant une chevelure hirsute et en bataille, portant un chapeau melon deux tailles trop petit pour sa tête, arborant de nombreuses dents recouvertes d'or et se promenant souvent torse nu ou en haillons, toujours accompagné de ses pigeons adorés. Il mesurait 1,68 mètre et avait une carrure imposante. Avec le temps, la réputation de dur à cuire de Monk lui valut le poste de « shérif » ou videur au New Irving Hall, un club réputé de Broome Street, non loin de son animalerie. Au New Irving Hall et au Silver Dollar Smith's Saloon, Eastman fit la connaissance des politiciens de Tammany Hall, qui étaient puissants à New York et très impliqués dans les communautés ethniques d'immigrants. Ils finirent par l'engager, lui et ses acolytes, comme « électeurs multiples » lors des élections et comme hommes de main pour intimider l'opposition.
Origines ethniques
Les origines d'Eastman ont fait l'objet de débats entre journalistes et historiens. Son organisation criminelle comptant de nombreux membres issus de la mafia juive américaine, Eastman est souvent décrit comme étant juif (y compris par certains journaux de son époque). Cependant, des chercheurs ont démontré qu'il semblait être un protestant d'origine britannique européenne[2].
Dans son livre The Jews of Sing Sing, l'écrivain Ron Arons note qu'aucune des sœurs de Monk (ni ses parents) ne s'est mariée selon le rite juif. Son grand-père maternel, George Parks, est décédé dans une maison de repos baptiste[3]. Lorsque Eastman a été enterré, son service funéraire a été célébré par un pasteur méthodiste[4].
Activité criminelle
Chef d'un gang juif new-yorkais de 1895 à 1911, il était le rival de Paul Kelly et de son Five Points Gang ce qui lui valut d'être tué par Frankie Yale alors jeune torpedo. Il fut le maître d'Arnold Rothstein. Il était un gangster américain qui a fondé et dirigé le gang Eastman à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle ; celui-ci est devenu l'un des gangs de rue les plus puissants de la ville[5]. Il était également connu sous les pseudonymes de Joseph « Joe » Morris, Joe Marvin, William « Bill » Delaney et Edward « Eddie » Delaney. Eastman est considéré comme l'un des derniers gangsters new-yorkais du XIXe siècle, avant l'ascension d'Arnold Rothstein et de la mafia juive. Plus tard, des organisations criminelles plus sophistiquées et mieux structurées ont également vu le jour, notamment la Cosa Nostra italo-américaine[6].
Parcours criminel
Dès les années 1820, une zone au sud de Manhattan appelée Five Points (car cinq rues s'y rejoignaient), devint l'endroit le plus mal famé de New York, par sa concentration de repaires de brigands, de coupe-gorges et de maisons de passe. Au cours du XIXe siècle, les quartiers environnants étaient un assemblage de taudis reliés par des rues boueuses dans lesquels les enfants d'immigrés, au lieu de rester dans des appartements trop exigus, apprenaient la loi de la rue. Cet endroit compose le décor (à la sauce hollywoodienne) du film de Martin Scorsese, Gangs of New York, qui représente certains des gangs dominant Manhattan dans les années 1850 et 1860, tels que les Plug Uglies, les Roach Guards, les Dead Rabbits ou les Whyos, ces deux derniers étant majoritairement irlandais.
À partir des années 1870, les immigrants juifs et italiens arrivèrent en masse à New York et s'installèrent au sud de Manhattan, en particulier à Mulberry Street, qui devint plus tard le cœur du quartier italien appelé Little Italy, dans le Lower East Side. La physionomie des gangs se modifia en conséquence, les immigrés formant leurs propres gangs pour résister à ceux qui tenaient la place. Parallèlement, la Mafia sicilienne s'installa vers les années 1890, avec l'arrivée du parrain Antonio Morello. Il s'associa avec un Sicilien immigré en 1898, Ignazio Saietta, surnommé Lupo le Loup pour sa cruauté dans la pratique de l'extorsion envers ses concitoyens. On le soupçonna d'une soixantaine d'affaires de meurtres commis par la torture (souvent par la brûlure). La famille Morello devint le groupe criminel dominant dans les années 1910.
En 1898, Monk Eastman fut arrêté et condamné pour vol sous le pseudonyme de William Murray (l'un des nombreux pseudonymes irlandais qu'il utilisait). Il fut emprisonné pendant trois mois à Blackwell's Island. Pendant cette période, il fit partie d'un gang de proxénètes et de voleurs connu sous le nom des Allen Street Cadets.
Au tournant du siècle, le gang de Monk Eastman (un juif massif et bardé de cicatrices né Edward Osterman en 1873 à Brooklyn) se disputait le territoire du Lower East Side avec un gang majoritairement composé d'Italiens connu sous le nom de Five Points Gang, création de Paul Kelly (un ancien boxeur très cultivé né Paolo Antonio Vaccarelli en 1875 en Sicile). Chaque gang comptait alors plus d'un millier de gangsters qui tiraient leurs revenus du jeu, de la prostitution, du pick-pocketing, du cambriolage ou de l'assassinat commandité. Ils étaient également en affaire avec les hommes politiques de Tammany Hall, l'organisation du Parti Démocrate à New York (au pouvoir dans la ville depuis les années 1850), pour bourrer les urnes lors des élections ou prêter main-forte pour influencer une décision. En contrepartie, les politiciens faisaient jouer leurs relations dans les milieux judiciaires afin de réduire les effets des arrestations. Tammany Hall a travaillé en étroite collaboration avec Kelly et Eastman pour mobiliser leurs membres lors des élections et des programmes de favoritisme. Les responsables politiques se sont lassés des querelles entre les deux hommes et de la mauvaise presse générée lorsque des civils ont été tués ou blessés dans les tirs croisés des gangs. En 1903, Tammany Hall organisa un combat de boxe entre Eastman et Kelly dans une vieille grange du Bronx afin de régler le conflit. Le combat dura deux heures, les deux hommes encaissant de lourds coups avant qu'il ne soit déclaré nul. Les politiciens firent pression sur les dirigeants pour qu'ils concluent une trêve et mettent fin à la violence dans les rues. La lutte entre le Monk Eastman's Gang et le Five Points Gang culmina le avec une véritable bataille rangée en pleine rue, que la police eut le plus grand mal à contenir. La longue fusillade s'est tenue dans Rivington Street entre des dizaines de gangsters. Un membre du gang a été tué et un deuxième aurait été mortellement blessé[7] par un policier[8]. De nombreux civils innocents ont été blessés. Quelque 18 membres du gang Eastman auraient été arrêtés[9].
Les règnes de ces gangs déclinèrent au cours des années 1910, notamment à la suite de plusieurs arrestations, en particulier celle de Monk Eastman. Le Five Points Gang a fait la transition entre les gangs du XIXe siècle et les organisations criminelles contemporaines nées de la Prohibition. De ses rangs furent notamment issus Johnny Torrio, Al Capone et Lucky Luciano.
Le , Eastman a tenté de voler un jeune homme sur la 42e rue à Manhattan. Il a été suivi par deux agents, Eastman a tiré sur eux pour s'échapper, mais a été rattrapé par les policiers qui ont répondu au tir. Lassé de la mauvaise publicité faite par Eastman, Tammany Hall a refusé de l'aider. Eastman a été reconnu coupable et condamné à 10 ans de prison au pénitencier de Sing Sing.
En 1909, Eastman a été libéré après avoir purgé cinq ans de prison. Pendant son absence, le Gang Eastman s'est divisée en plusieurs factions, l'un de ses meilleurs hommes, Zwerbach, était mort. Étant donné qu'aucun des survivants du gang voulait Eastman comme leur chef, Eastman est redevenu un larcin. Pendant cette période, il est devenu accro à l'opium et a purgé plusieurs peines d'emprisonnements de courtes durées.
Quand les États-Unis entrent dans la Première Guerre mondiale en 1917, à 42 ans, Eastman a décidé de rejoindre l'armée au sein du 106e régiment d'infanterie de la 27e Division d'infanterie. Le médecin observe tous les coups de couteaux et les cicatrices de balles sur son corps et lui a demandé quelle guerre il avait fait, Eastman a répondu: Oh beaucoup de petites guerres autour de New York ! Il fut envoyé en France. Après la démobilisation d'Eastman en 1919, le gouverneur de New York, Al Smith, a reconnu son service honorable en lui restituant la citoyenneté américaine (le droit de vote lui a été enlevé avec sa condamnation comme un criminel).
Décès
Après avoir quitté l'armée, Eastman reprit rapidement ses activités criminelles. L'un de ses complices était Jerry Bohan, un agent corrompu chargé de faire respecter la Prohibition. Le matin du , Eastman et Bohan rencontrèrent d'autres hommes au Bluebird Cafe, dans le sud de Manhattan. Vers 4 heures du matin, ils se disputèrent à propos d'argent, Eastman et Bohan étant particulièrement en désaccord. Lorsque Bohan partit, Eastman le suivit et l'accusa d'être une balance. Se sentant menacé, Bohan tira plusieurs coups de pistolet sur Eastman, le tuant sur le coup[10]. Bohan fut condamné pour son meurtre et purgea trois ans de prison.
Eastman fut enterré avec les honneurs militaires au cimetière de Cypress Hills, dans le quartier de Brooklyn à New York[11].
Dans la culture
La vie et les exploits d'Eastman ont été romancés dans la nouvelle de Jorge Luis Borges « El proveedor de iniquidades Monk Eastman » (« Monk Eastman, pourvoyeur d'iniquités »), incluse dans le recueil Historia universal de la infamia (« Histoire universelle de l'infamie ») de Borges. Il est également un personnage récurrent dans la série policière Molly Murphy de Rhys Bowen[12].
Dans son roman Psmith, Journalist, publié en 1914, P.G. Wodehouse mentionne brièvement le vrai Monk Eastman tout en attribuant la personnalité, l'apparence physique et l'importance dans le milieu criminel de ce dernier au chef de gang fictif Bat Jarvis[13].
Stephen Mendillo a incarné Eastman dans le rôle d'un homme de main d'Arnold Rothstein dans le film Eight Men Out, sorti en 1988[14].
Liens externes
- Ressource relative à la bande dessinée :