Monologue dramatique
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Un monologue dramatique est en France, à la fin du Moyen Âge, un type de poème comique à vocation scénique. À l’instar des jongleurs, l’acteur seul en scène incarnait plusieurs personnages stéréotypés. Il est considéré comme un des quatre grands genres comiques de la fin du Moyen Âge avec la sotie, le sermon joyeux et la farce.
Dans l'Angleterre du XIXe siècle, le terme « monologue dramatique » (dramatic monologue) désignait un type de poème, fort apprécié par de nombreux poètes de l'époque victorienne, dans lequel un personnage, de fiction ou historique, exprime ses sentiments, ses actions ou ses motifs dans un monologue. Celui-ci, dont les paroles sont souvent influencées par le contexte critique dans lequel elles sont prononcées, s'adresse en général à un auditoire silencieux. Des exemples de monologues dramatiques sont My Last Duchess de Robert Browning, The Captain of the 1984 Top of the Form Team de Carol Ann Duffy, ou encore Lady Lazarus de Sylvia Plath.
Forme
On ne retrouve trace que d’une quinzaine de monologues dramatique. Le genre apparaît au XVe siècle, à la même période qu’une autre forme comique monologique : Le Sermon joyeux. Néanmoins, le Dit de l’Herberie, écrit par Rutebeuf vers 1265, est souvent cité comme la première œuvre du genre. Certains historiens du théâtre comme Jean-Claude Aubailly font remonter ses origines à l’art des jongleurs. Ces artistes itinérants, chanteurs, musiciens, conteurs et acteurs utilisaient à la fois les registres narratif et dramatique, notamment à travers la forme du monologue.
Texte
Le texte comporte entre 200 et 500 vers octosyllabes. Étant écrit pour une seule voix, il mettait initialement en jeu un personnage unique. L’acteur, seul en scène, prenait en charge son personnage et interpelait, interagissait avec le public. L’acteur, qui emploie le «Je» coexiste ainsi avec le «Vous» du public. On peut relever dans les monologues Coquillart et de la botte de foin de nombreuses adresses au public :
« Et sçavez vous quoy ? » v.86
« Que voulez-vous ? »
Certaines formes plus tardives et plus complexes mettaient en jeu plusieurs personnes. Mais à la différence du jongleur, dont les œuvres à la théâtralité hésitantes inséraient dans un schéma épique des scènes de conflit dramatique, cette forme plus complexe de monologue reste profondément ancrée dans le registre dramatique. L’acteur prenait en charge seul un texte mettant en jeu plusieurs personnages et dont le conflit est le moteur de l’action.
Malgré tout, cette forme ne peut pas être considérée comme dramatique au sens strict du terme, c'est-à-dire au sens grec de Drama. En effet, si l’action est mue par les conflits entre les différents personnages, ceux-ci ne sont représentés que par un seul comédien. S’il ne fait aucun doute que cette forme est bel et bien une forme dramatique, la singularité de sa théâtralité peut prêter à confusion.
Les monologues dramatiques, quel que soit leur niveau de complexité, étaient souvent construit selon le même plan :
En préambule le personnage s’adresse au public et lui fait une annonce :
« Bonnes gens, Dieu vous gard de joye
Et Nostre Dame de Santé !
Qu’en dict-on ? Suis-je bien planté ?
Respondez, gros, gresle, menu. »
- (Watelet de tous mestiers, Montaiglon, XIII, v 1-4)
L’action et le conflit sont narrés par un comédien. Ce dernier joue avec le temps fictif et le temps présent. Il prend successivement la parole des protagonistes de la fable qu’il rapporte.
« Quant nous fusmes tous deux couchés
L’un près de l’autre aprochés,
Monsieur s’en revient sans blason »
- (Monologue du Puys, v.285-287.)'
« Ay mon cousin ! » - « Ay ma cousine ! »
« Ou allez vous ? D’où venez vous
Comment va ? » « Bien » dis je, « toujours,
Comment m’avez-vous recongnu ? »
- (Monologue du bain, v. 141 -144.)
- Des adieux, comme à la fin des farces. L’acteur interpelle une dernière fois le public. Dans Le Franc archer de Bagnolet (1468-1469), il annonce qu’il va descendre de scène pour faire la quête dans le public :
« A Dieu ; je m’en vois au relief » v.381
Représentation
Très peu de témoignages concernant la représentation de ces monologues dramatiques ayant été préservé, il est difficile, d’établir les conditions réelles de leur représentation. « Véritable performance pour l’acteur qui, seul face au spectateur, s’identifiait à un personnage parodié, comme le charlatan le fanfaron ou l’amoureux, et agrémentait de ses propos une noce, un banquet d’association, ou s’intercalait dans la représentation publique des pièces plus longues, religieuse ou profanes » Charles Mazouer, Le théâtre Français du Moyen Âge.
Personnages
Le monologue dramatique comporte trois personnages types :
- Le Charlatan
- Le soldat fanfaron
- L’amoureux.
Le charlatan
Watellet et Maître Aliboron représentent le véritable type du charlatan. On retrouve ces personnages dans tous les genres du théâtre médiéval des XVe et XVIe siècles. Rutebeuf avec le Dit de L’herberie en 1265 crée le modèle de ces personnages. Watelet et Maître Aliboron prétendent être de grands médecins et usent d’exagération et de mensonges pour impressionner la foule, mais leur récit se charge de la dénégation de leurs propos :
« Je sçay tout faire, Watellet
Faire le sot, faire le saige »
- (Watelet de tous mestiers, Montaiglon, XIII, v 1-4)
Le soldat fanfaron
D'une manière plus générale, l'expression « Miles gloriosus » ou « soldat fanfaron » désigne une figure type de la littérature, en particulier de la comédie. Il représente le soldat se vantant d'exploits qu'il n'a pas accomplis.
« Il est né de la satire d’une réalité sociale exactement daté, qui vise certains corps d’infanterie. Le rire s’attaque aux francs archers, créés en 1448, supprimés en 1479 en maint lieu, puis rétablis par François Ier. Recruté dans le peuple et équipé par lui, ces se venger de leurs méfaits » (Charles Mazouer, Le théâtre français du Moyen Âge.)
On retrouve dans la littérature certains personnages du même genre : Pyrgopolinice, mercenaire vaniteux dans Miles Gloriosus de Plaute à Matamore dans l’illusion comique de Corneille
L’amoureux
Les monologues d’amoureux représentent un jeune homme, tout aussi vantard que les soldats fanfarons. Le Monologue du Coquillart ou le Monologue de la botte de foin de Guillaume Coquillard en sont les prototypes. La construction dramatique reste identique : le jeune homme ne peut conquérir la belle dame à la suite d'une succession de déboires.

