Moïse Weil
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Moïse Weil (aussi orthographié Moïse Weill), né le à Bouxwiller (Bas-Rhin), mort le à Alger, est un rabbin français, qui a successivement exercé les fonctions de rabbin à Tlemcen, puis de grand rabbin d’Oran et d’Alger.
Enfance, famille et formations
Moïse Weil nait le à Bouxwiller, dans le Bas-Rhin[1]. Il est le frère de Marx Weil, qui a présidé la communauté de Bouxwiller, et l'oncle du rabbin Julien Weill. Moïse Weil entre au Séminaire israélite de france en 1871 en tant qu'élève boursier. L'année suivante, il opte pour la nationalité française. Il achève sa formation rabbinique en 1877, obtenant alors son diplôme du deuxième degré. Il épouse Juliette Blum, originaire de Phalsbourg. Le couple a trois enfants, deux décèdent en bas âge[1].
Rabbin à Tlemcen (1877–1883)
En 1877, Weil devient rabbin de Tlemcen, où un rabbinat venait d'être créé par l'État par décret du . Le maire de Tlemcen a émet un avis défavorable à sa nomination, le trouvant trop jeune et inexpérimenté mais l'administration des Cultes passe outre. Il prend ses fonctions en [1].
Pendant son séjour à Tlemcen, Moïse Weil, reconnu pour son conservatisme, introduit plusieurs réformes importantes au sein de la communauté juive locale. Il réussit à faire en sorte que la majorité des mariages soient célébrés à la synagogue, remplaçant ainsi la coutume antérieure qui voulait qu'ils se tiennent au domicile des familles[1]. Weil traduit personnellement en arabe les discours qu'il prononce à l'occasion des fêtes, s'assurant ainsi qu'ils soient ensuite lus dans toutes les synagogues de Tlemcen. Soucieux de l'éducation religieuse, il institue un cours d'instruction religieuse gratuite et prépare deux de ses élèves à poursuivre leurs études à Paris, réussissant à en faire admettre un au séminaire israélite. Par ailleurs, à son instigation, les Juifs de Tlemcen répondent avec générosité aux appels de fonds destinés à aider les Juifs russes victimes de pogroms[1].
En 1878, Weil est frappé à coups de canne par un candidat juif défait aux élections municipales, qui le rend responsable de son échec; l'agresseur est condamné en justice. En 1882, le gouverneur de l'Algérie Louis Tirman le décrit au ministre de l'Intérieur comme étant « instruit, laborieux et modeste, on pourrait dire timide »[1]. Il est également connu pour vivre en retrait, éviter les disputes électorales et faire preuve d'un esprit très conciliant[1]. En 1882, il demande un congé pour revoir sa famille en Alsace. Éprouvé par le décès de ses deux jeunes enfants, il cherche alors un poste soit en métropole, à Saint-Étienne, ou dans un grand rabbinat en Algérie, à Alger ou Oran[1].
Grand Rabbin d'Oran (1883–1891)
Le , Moïse Weil est élu Grand Rabbin d'Oran par le Consistoire central, un poste aussi brigué par Moïse Netter. Weil est considéré par ses contemporains comme érudit, très pieux, il est qualifié de dévot, et il maîtrise le judéo-arabe[1]. Il adopte certaine façons de penser de ses fidèles, gagnant leur « estime et l'affection ». Sous l'influence de ses pairs algériens, il se consacre à l'étude de la Kabbale. Il est nommé officier d'académie en 1885 et cette même année, il siège au conseil départemental de l'Instruction publique et au conseil d'administration de l'Alliance française[1]. Membre correspondant de l'Athénée oriental depuis 1881, où il envoie des travaux, il est encouragé dès 1880 par l'assyriologue Jules Oppert à approfondir ses recherches sur les noms des mois hébraïques. En 1886, L'Univers israélite publie sa biographie de Rabbenou Tam[1].
Grand Rabbin d'Alger (1891–1897)
En 1890, Moïse Weil est élu grand-rabbin d'Alger par le Consistoire central. Nommé par décret le , il est installé le . Sa candidature pour devenir aumônier militaire au 19e corps d'armée est rejetée par le ministère de la Guerre, qui juge sa santé « trop délicate » pour supporter une campagne militaire[1]. En 1893, Weil inaugure la nouvelle synagogue de Saint-Eugène, prononçant un discours qui met l'accent sur le patriotisme et la prière. La même année, il organise une collecte de fonds auprès de personnalités juives en métropole et de communautés en Algérie en faveur des paysans musulmans victimes de la famine. Weil, qui cherche à restaurer des pouvoirs rabbiniques antérieurs à la conquête française, s'aliène les autorités. Dès 1894, il entre en conflit avec le consistoire d'Alger, qui juge son « orthodoxie outrée »[1]. Il cesse de participer aux séances du consistoire après une altercation sur une question religieuse. Ses positions très strictes causent des controverses, notamment lorsqu'en 1896, il refuse d'enterrer une juive algéroise mariée à un musulman dans la partie principale du cimetière israélite, autorisant l'enterrement uniquement dans le carré réservé aux suicidés et aux prostituées[1]. La Vigie d'Alger le critique alors pour son intolérance, jugée contraire aux principes du franco-judaïsme. Il lance d'autres initiatives charitables, comme un appel en 1896 pour créer un refuge destiné aux « jeunes filles égarées et abandonnées » et une souscription pour les victimes du choléra en Égypte[1].Il démissionne une première fois en , mais se rétracte le lendemain. Le , il démissionne définitivement pour « raison de santé »[1].
Après le grand-rabbinat
Après sa démission, Moïse Weil continue d'intervenir dans les affaires consistoriales d'Alger, se rendant « de plus en plus insupportable » selon son successeur, Abraham Bloch. En , il excommunie l'ensemble des membres du consistoire d'Alger. Il défend aussi avec véhémence Messaoud Dahan, un rabbin marocain pratiquant des mariages bigames, menaçant même Zadoc Kahn, grand-rabbin de France, de le tenir personnellement responsable si l'expulsion de Dahan n'est pas empêchée[1]. Il reçoit des subsdides de l'administration des Cultes jusqu'en 1906, et une rente viagère du consistoire d'Alger, ainsi qu'une allocation du Consistoire central. Cependant, en , il refuse d'accepter l'intégralité de la subvention du Consistoire central, qui décide de verser la différence à son épouse qu'il a « totalement abandonnée »[1].
Moïse Weil décède le à Alger. Ses obsèques sont célébrées « en grande pompe », rassemblant plus de 4 000 personnes, y compris des membres du consistoire d'Alger et un délégué du consistoire central, ce qui pourrait indiquer une tardive réconciliation avec les institutions consistoriales[1]. Le grand rabbin d'Alger, Léon Fridman, et le rabbin Isaac Hanoune prononcent son oraison funèbre. Son nom figure sur la plaque commémorative apposée à l'entrée du cimetière de Saint-Eugène en mémoire des rabbins et dayyanim de la ville[1].