Muhammad an-Nasir
calife marocain
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Muhammad an-Nâsir ( ⵎⵓⵃⵎⵎⴷ ⴰⵏⵏⴰⵚⵉⵕ, الناصر لدين الله محمد بن المنصور), né à une date inconnue, est un homme politique et religieux almohade. Il succède à son père Abû Yûsuf Ya'qûb al-Mansûr comme calife Almohade en 1199. Il meurt en 1213.
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Ammet Allah bint Abou Isaac[1] |
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Histoire
Désigné comme successeur, Muhammad an-Nasir devient le calife de l'empire almohade en 1199, alors à son apogée. En effet, la prospérité intellectuelle, culturelle, artistique et économique est au plus haut, mais c'est au début de son règne que s'entament les premières phases de déclin[2].
Décrit comme un jeune homme timide et introverti, souffrant d'un handicap de prononciation, il monte sur le trône à seulement 17 ans[3],[2]. Il est conseillé par plusieurs personnes qui gouvernent à sa place dont le plus important est le vizir Abd al-Rahman ben Yudjdjan, neveu d'Abou Hafs Omar El Hintati[2]. Il tranche également avec les précédents califes par son physique. Fils d'une chrétienne captive, il a le teint clair, la barbe rousse et des yeux bleu foncé. L'ensemble suggère le résultat de l'hybridité entre le Maghreb et l'Espagne[3],[4]. Il a toutefois l'ambition de remédier aux abus du Makhzen, évincer la corruption qui le gangrène et restaurer les constructions de ses prédécesseurs. Il ne peut pas l'envisager à cause d'une succession d'événements[5].
En Ifriqiya, la dissidence s'étend de nouveau et les gouverneurs en place accusent plusieurs graves défaites. Le gouverneur de Marrakech, parvenu à réprimer une révolte tribale messianique dans le Souss chez les Guezoula, lui soumet un plan audacieux afin de mettre fin au problème ifriqiyen[2]. L'émirat baléare des Beni Ghania parvient à consolider sa révolte ifrikiyenne grâce à ses relations commerciales avec Gênes et Pise, et une répression combinant armée terrestre et flotte semble la meilleure stratégie à adopter[6].
En 1202, une flotte de 300 navires prend possession de Minorque puis, en 1203, de Majorque. En 1205, une offensive combinant l'armée et la flotte, placée sous le commandant du jeune calife, parvient à reprendre le contrôle de Tunis et à assiéger Mahdia. L'offensive est en réalité dirigée par Abû Muhammad ben Abî Hafs qui parvient à battre l'armée almoravide et prolonger l'offensive en 1206 en Tripolitaine. C'est pourquoi, cette même année, il est nommé gouverneur de l'Ifriqyia et bénéficie d'une grande marge d'autonomie, formant les bases de la future dynastie hafside[7].
Après cette victoire, le calife concentre ses actions sur l'amélioration de l'administration de ses États en nommant et remplaçant de nombreux fonctionnaires. Cependant, la situation se dégrade fortement en Al-Andalus avec les préparatifs de guerres engagés par Alphonse VIII. Ce dernier a rompu la trêve avec les Almohades et force le calife à intervenir avec une armée considérable. Ils se rencontrent à la bataille de Las Navas de Tolosa. Face à Muhammad an-Nasir se trouve une coalition croisée chrétienne des trois royaumes de Castille, d'Aragon et de Navarre. Le , la bataille se conclut finalement sur la déroute des musulmans[7].
La situation politique interne de l'Empire se dégrade fortement à la suite de cette bataille, et les différents groupes commencent à user d'influences. Les grandes familles, les shuyukh, regagnent en pouvoir durant la fin du règne de Muhammad an-Nasir et annoncent les crises et conflits que traversera l'empire au XIIIe siècle[8]. Sur le plan extérieur, la pression des chrétiens en Andalousie se renforce, ainsi que l'autonomie hafside bien qu'assujettie aux Almohades, cependant les Beni Mérin font également leur apparition à l'est de Fès[9].
De retour à Marrakech, les chroniqueurs indiquent que Muhammad an-Nasir s'enferme dans son palais, mais il semble plus probable qu'il est empoisonné par ses ministres en 1213, son fils, Yusuf II al-Mustansir, lui succède en 1214, alors à peine âgé de dix ans[9],[8],[10].
Relation avec le roi Jean d'Angleterre
Au début du XIIIe siècle, Jean, le roi d'Angleterre, était entré en conflit avec le pape Innocent III, amenant l'Angleterre à être sanctionnée par un Interdit, par laquelle toutes les formes de culte et d'autres pratiques religieuses étaient interdites. Jean lui-même finit par être excommunié, certaines parties du pays étant en révolte, des menaces d'invasion française se profilant également. Jean finit toutefois par se réconcilier avec Innocent III en 1213.
En écrivant deux décennies après les événements, Matthieu Paris, chroniqueur de St Albans du début du XIIIe siècle, prétend que, désespéré, Jean envoya des émissaires à al-Nâsir pour demander son aide. En retour, Jean aurait offert de se convertir à l'Islam, de mettre l'Angleterre à la disposition du calife et d'en faire un État musulman. Parmi les émissaires se serait trouvé Maître Robert, un clerc londonien. Al-Nâsir aurait été tellement dégoûté par le plaidoyer servile de Jean qu'il aurait renvoyé les émissaires. Les historiens ont remis en doute cette chronique, en raison de l'absence d'autres sources contemporaines concordantes[11],[12],[13],[14].
Vizirs
Il eut pour vizirs :
- Abû Zayd ben Yûjân Al-Hintati (1198-1199) (أبو زيد بن يوجان abū zayd ben yūjān) ;
- Abû Muhammad ben ach-Chaykh Abî Hafs (1199-1205) (أبو محمد بن الشيخ أبي حفص abū muḥammad ben aš-šayḫ abī ḥafs) qui fut nommé gouverneur de l'Ifriquiya et fonda la dynastie des Hafsides ;
- Abû Sa`îd ben Jâm`i (1205-1214) (أبو سعيد بن جامع abū sa`īd ben jām`i).
