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Mur des Fermiers généraux

dispositif de perception des impôts à Paris From Wikipedia, the free encyclopedia

Le mur des Fermiers généraux est l' enceintes de Paris construite, de 1784 à 1790, pour permettre à la Ferme générale la perception d'un impôt sur les marchandises qui entraient dans la ville. Longue de vingt-quatre kilomètres, cette enceinte fut détruite en 1860, lorsque Paris fut étendu jusqu'à l'enceinte de Thiers. Sa fonction fiscale le rendit fort impopulaire, suscitant cet alexandrin anonyme : « Le mur murant Paris rend Paris murmurant ».

Rotonde du parc Monceau, une des barrières du mur des Fermiers généraux.
Les limites de Paris du IVe siècle à 2015.
La barrière Blanche en 1819 (aujourd'hui place Blanche).
La barrière d'Italie (dite aussi de Fontainebleau) avant 1805.

Les passages ménagés dans l'enceinte s'appelaient des barrières. La plupart des barrières étaient munies de bâtiments (ou bureaux d'octroi) appelés « propylées » par leur concepteur, l'architecte Claude-Nicolas Ledoux.

Dimensions du mur

Tracé du mur

Paris, 1859
Mur des Fermiers généraux (en bleu)
Fortifications Thiers (en rouge).
Le tracé du mur des Fermiers généraux par Aristide-Michel Perrot.

La longueur du tracé du mur initial est de sept lieues (24 kilomètres). Dans le Paris d'aujourd'hui, il correspond à la seconde ceinture de boulevards, plus précisément aux voies suivantes :

Le tracé traverse les principaux quartiers suivants : place d'Italie, Denfert-Rochereau, Montparnasse, Trocadéro, Étoile, Batignolles, Pigalle, Belleville, Nation.

Le mur fut ponctué de soixante et une barrières d'octroi :

  • cinquante-cinq barrières furent mises en place jusqu'en 1790 : cinquante-quatre le furent avant la Révolution, dont quarante-trois furent munies de maisons d'octroi, appelées « propylées » par leur architecte Claude-Nicolas Ledoux, et la barrière de Chartres (ou du parc Monceau) en 1790 ;
  • six barrières furent ajoutées (ouvertures et/ou construction) et certaines retranchées (démolition et/ou désaffectation) à diverses époques entre 1790 et 1860. Dans le tableau de l'article Liste des barrières de Paris, les barrières ajoutées sont numérotées « bis » ou « ter ».

Le parcours des lignes du métro allant de Charles de Gaulle-Étoile à Nation, la ligne 2 (par le nord) et la ligne 6 (par le sud), suit quasi intégralement le tracé du mur.

Section du mur

Barrière de Passy vers 1820.

Zone enclose

  • Le mur des Fermiers généraux entoure approximativement les onze premiers arrondissements actuels. À l'époque de la construction du mur, la ville couvrait approximativement les six premiers arrondissements actuels, avec une superficie de 1 103 hectares. La surface enceinte jusqu'en 1818 est de 3 370 hectares.
  • 3 402 hectares sont enclos après l'annexion du village d'Austerlitz (32 ha) et la reconstruction du tronçon de mur entre la barrière d'Italie et la Seine.

Historique

Construction

Avant 1784, la capitale n'a pour limites que des murailles informes et grossières, et plus souvent encore de faibles cloisons de planches mal jointes[4].

Cette année-là, le chimiste et fermier général Lavoisier proposa à Charles-Alexandre de Calonne, alors contrôleur général des finances, d'enfermer Paris dans un nouveau mur d'enceinte, en faisant percer des ouvertures exclusivement destinées à l'introduction des marchandises nécessaires aux habitants de la capitale. La Ferme générale visait à mettre fin à la contrebande, toujours croissante. Calonne l'accepte[5]. Le mur doit avoir six lieues de tour (24 km). En mai, les travaux commencent du côté de l'Hôpital-Général (la Salpêtrière) et sont menés tambour battant. Le mur doit comporter soixante barrières servant de bureaux de perception (voir la Liste des barrières de Paris). L'architecte Claude-Nicolas Ledoux est chargé de dresser ces édifices, qu'il baptise « les propylées de Paris », en leur donnant un caractère de solennité et de magnificence qui met en pratique ses idées sur les liens nécessaires entre la forme et la fonction. L'architecture des propylées, de style néo-classique, voire antiquisant, est acceptée.

En 1786, l'enceinte méridionale est terminée. L'opinion commence à s'émouvoir. En mars, Ledoux reçoit de nouvelles garanties. Le , Calonne approuve pour onze bureaux de la rive droite. L'année suivante, Loménie de Brienne, l'archevêque de Toulouse qui succède à Calonne le , est effrayé par les dépenses (qui dépassent déjà 25 millions), et fait ordonner, par un arrêt du conseil du , la suspension des travaux. Ledoux doit remettre tous ses documents. Le , accompagné de plusieurs fonctionnaires, il vient visiter les barrières. Son indignation est si vive en voyant avec quelle prodigalité les travaux ont été exécutés, qu'il veut faire démolir le mur et en vendre les matériaux. L'ouvrage étant trop avancé, il se borne à faire prendre, le , un nouvel arrêté qui suspend les travaux. Quatre architectes sont chargés de faire un rapport sur l'enceinte. Avant leur reprise, de nouvelles dispositions sont prescrites. Ledoux, livré en pâture à l'opinion, est révoqué de ses fonctions.

Le , Necker succéde à Brienne. Il désavoue bien vite l'entreprise, et, le , Ledoux est définitivement "suspendu".

Survient alors la Révolution française : dans la nuit du 12 au , l'agitation des Parisiens, qui va les mener à prendre la Bastille le lendemain, les conduit déjà à s'attaquer au mur impopulaire. Ils incendient quelques barrières (telle celle de Passy) et percent de nombreuses brèches dans le mur. Bailly, le premier maire de Paris, fait rapidement réparer toutes les dégradations[6]. Le , les droits d'entrée sont abolis. Un décret de la Convention, du 13 messidor an II (1794) contient ce qui suit : « Les bâtiments nationaux, désignés sous le nom de Barrières de Paris, sont érigés en monuments publics. Les diverses époques de la révolution et les victoires remportées par les armées de la République sur les tyrans y seront gravées incessamment en caractères de bronze. Le Comité de salut public est autorisé à prendre toutes les mesures pour la prompte exécution du présent décret, en invitant les gens de lettres et les artistes à concourir et à former les inscriptions. » Le 9 frimaire, Ledoux est emprisonné. Dans sa séance du 27 fructidor an VI, le Conseil des Cinq-Cents adopte le projet d'Aubert : « Article 1er. Il sera perçu par la Commune de Paris un octroi municipal et de bienfaisance, conformément au tarif annexé à la présente loi, spécialement et uniquement destiné à l'acquit de ses dépenses locales, et de préférence à celles de ses hospices et des secours à domicile […]. »

Sous le Consulat et l'Empire, la loi du 29 ventôse an XII (), proclamée le 9 germinal suivant, autorise le ministre des Finances à concède à la ville de Paris les barrières et murs d'enceinte qui cloturent Paris et ses faubourgs. Les murailles sont consolidées et la perception des droits d'entrée est perfectionnée.

En 1818, le mur est déplacé, la ville annexant le village d'Austerlitz. Lors de sa construction, entre la barrière d'Italie et la barrière de la Gare, le mur suit le boulevard de l'Hôpital puis la rue Jenner actuelle. En 1818, le mur est déplacé pour suivre de bout en bout le boulevard Vincent-Auriol actuel, rattachant à cette occasion à Paris le village d'Austerlitz.

Critiques

La fonction uniquement fiscale du mur l'a rendu fortement impopulaire dès le début de sa construction : Beaumarchais, qui y voyait une des causes de la Révolution, rapporta l'alexandrin fameux, qui témoignait du mécontentement des Parisiens s'apercevant qu'on les emprisonnait pour mieux les faire payer :

« Le mur murant Paris rend Paris murmurant. »

Citons également l'épigramme :

« Pour augmenter son numéraire
Et raccourcir notre horizon,
La Ferme a jugé nécessaire
De mettre Paris en prison. »

L'architecture majestueuse des pavillons de Ledoux fut très mal ressentie et accentua l'impopularité de l'ouvrage. Bachaumont évoque un « monument d'esclavage et de despotisme »[7]. Dans son Tableau de Paris (1788), Louis-Sébastien Mercier dénonce « les antres du fisc métamorphosés en palais à colonnes », et s'exclame : « Ah ! Monsieur Ledoux, vous êtes un terrible architecte ! ».

À la suite du mécontentement, le , l’Assemblée nationale constituante décrète « la liberté des entrées à Paris » et confisque les terres des Fermiers généraux[8].

Des critiques esthétiques s'exprimèrent également contre l'architecte, accusé d'avoir pris des libertés excessives avec les canons antiques. Sur ce registre, citons Dulaure ou Quatremère de Quincy.

Limite de Paris

Lors de la création des communes sous la Révolution, on porte la limite de Paris au mur des Fermiers généraux ()[9], limite qui reste inchangée jusqu'au si l'on excepte le rattachement du village d'Austerlitz à Paris en 1818.

Octroi

L'octroi, principale raison de la construction du mur, fut supprimé le par l'Assemblée constituante et rétabli le . Le Directoire établit une légère perception à l'entrée de Paris, dont le produit, appelé « octroi de bienfaisance », était destiné aux hôpitaux de Paris. À cette occasion, on répara les barrières. Sous Napoléon Ier, on perfectionna considérablement la perception des barrières.

L'octroi perçu aux entrées de Paris avait amené nombre de guinguettes à s'installer juste au-delà des barrières[5], et déviennent autant de lieux incontournables du plaisir et des distractions populaires parisiennes. On peut en juger à travers quantité de textes sur la fête et le Carnaval. En attestent deux chansons de goguettes : Un jour de fête à la barrière de Louis Festeau, et Montons à la barrière, qui lança le goguettier Dalès aîné, vers 1840[10].

Après l’achèvement de l’enceinte de Thiers en 1843, le mur connaît un sursis et continue d’être entretenu. De nouveaux bureaux d’octroi sont créés : la barrière des Batailles est inaugurée en 1848, celle de Montrouge à l’angle des boulevards Raspail et Edgar-Quinet en 1854[11].

Démolition

Démolition du mur d'octroi.

En 1860, le territoire de la ville Paris est étendu jusqu'à l'enceinte de Thiers et l'octroi repoussé à cette enceinte[12].

Le mur devenu sans objet du point de vue fiscal est détruit en moins d’un mois en . La destruction des pavillons fait l’objet d’une vente par adjudication en . Cette démolition a lieu dans l’indifférence, aucun mouvement d'opinion ne s’étant manifesté pour leur préservation. La barrière d’Italie utilisée dans un premier temps par la mairie du 13e arrondissement est détruite en 1877[11]. Seuls quatre pavillons sont finalement préservés.

Le nombre d'arrondissements de douze est porté à vingt par l'absorption de vingt-quatre communes suburbaines limitrophes, comme suit :

Vestiges actuels

Lors de l'agrandissement de Paris de 1860, le mur fut abattu et seuls quatre propylées furent conservés, qui subsistent depuis lors :

Le mur de clôture de l’hôpital de la Salpêtrière a servi de mur d’octroi[5]. Plusieurs éléments subsistent :

  • rue Bruant ;
  • chemin de ronde (voie dans l’enceinte de l’hôpital) ;
  • rue des Serres (voie dans l’enceinte de l’hôpital)[13].

Notes et références

Annexes

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