Mythologie égyptienne
ensemble des croyances religieuses des égyptiens durant la période dite de "l'Égypte Ancienne"
From Wikipedia, the free encyclopedia
La mythologie égyptienne démontre un fort lien de cette civilisation avec la nature, les dieux sont mi-animaux comme Hathor (déesse à corps de vache) et Thot (dieu à tête d'ibis). De plus, ils représentent leur réalité géographique (Seth pour le désert), cosmique (la course du soleil), etc.[1]


Les Égyptiens de l'Antiquité ont cherché à interpréter tous les phénomènes qu'ils pouvaient observer à travers le prisme de croyances séculaires. La notion de cycle y est essentielle : le cycle circadien ((re)naissance du Soleil le matin et disparition le soir (Khépri - Rê - Atoum)), le cycle annuel avec l'inondation du Nil qui pouvait être source de joie comme de peine (en cas de trop faible ou trop forte crue), et le cycle de la vie avec les naissances qui succèdent aux morts (bien que les Égyptiens ne crussent pas en une réincarnation terrestre, mais en l'immortalité de l'âme).
« Les Égyptiens sont aussi les premiers à avoir utilisé des noms particuliers pour désigner les douze dieux [...], les premiers à leur avoir consacré des autels, des statues et des temples, et à sculpter des animaux dans la pierre »
— Hérodote.
En réalité, le panthéon égyptien ne se limite pas à douze dieux. Il s'avère beaucoup plus vaste, relativement complexe, et il évolue au cours des trois millénaires séparant la Ire dynastie et la mort de Cléopâtre. Un culte est ainsi rendu à plusieurs centaines de dieux, souvent des divinités locales[2].
Sources
Les sources disponibles vont des hymnes solennels aux récits. En l'absence d'une version canonique unique pour chaque mythe, les Égyptiens adaptaient les vastes traditions mythologiques aux divers usages de leurs écrits[3]. La plupart des Égyptiens étaient illettrés et possédaient donc probablement une riche tradition orale qui transmettait les mythes par le biais de récits oraux. Susanne Bickel suggère que l'existence de cette tradition explique en partie pourquoi de nombreux textes relatifs aux mythes sont peu détaillés : les mythes étaient déjà connus de tous les Égyptiens[4]. Très peu de traces de cette tradition orale ont subsisté, et notre connaissance moderne des mythes égyptiens repose sur des sources écrites et iconographiques. Seule une petite partie de ces sources a survécu jusqu'à nos jours, et une grande partie des informations mythologiques autrefois consignées par écrit a disparu[5]. Ces informations ne sont pas aussi abondantes à toutes les époques, si bien que les croyances des Égyptiens à certaines périodes de leur histoire sont moins bien comprises que celles des périodes mieux documentées[6].
Sources religieuses

De nombreuses divinités apparaissent dans l'art de la période prédynastique (env. 3100-2686 av. J.-C.), mais ces sources, peu lisibles, ne nous apprennent que peu de choses sur leurs actions. L'usage de l'écriture se généralise durant l'Ancien Empire, période qui voit apparaître la première source majeure de la mythologie égyptienne : les Textes des pyramides. Ces textes sont un recueil de plusieurs centaines d'incantations inscrites à l'intérieur des pyramides égyptiennes à partir du XXIVe siècle av. J.-C. Premiers textes funéraires de l'Égypte antique, ils visaient à assurer le passage des rois inhumés dans l'au-delà. De nombreuses incantations font allusion à des mythes liés à l'au-delà, notamment aux mythes de la création de l'Égypte antique et au mythe d'Osiris. Nombre de ces textes sont probablement bien plus anciens que leurs premières copies écrites connues et fournissent ainsi des indices précieux sur les débuts de la croyance religieuse égyptienne[7].
Durant la Première Période intermédiaire (env. 2181-2055 av. J.-C.), les Textes des pyramides évoluèrent pour devenir les Textes des sarcophages, qui contenaient des éléments similaires et étaient accessibles aux personnes non-royales. Les textes funéraires ultérieurs, tels que le Livre des Morts du Nouvel Empire et les Livres de la Respiration de la Basse Époque (664-323 av. J.-C.) et des périodes suivantes, découlèrent de ces recueils antérieurs. Le Nouvel Empire vit également l'émergence d'un autre type de texte funéraire, contenant des descriptions détaillées et cohérentes du voyage nocturne du dieu Soleil. Les textes de ce type comprennent l'Amdouat, le Livre des portes et le Livre des cavernes[3].
Les temples égyptiens, dont les vestiges datent principalement du Nouvel Empire et des périodes ultérieures, constituent une autre source importante de mythes. Nombre d'entre eux possédaient un « per-ânkh », ou bibliothèque, abritant des papyrus destinés aux rituels et à d'autres usages. Certains de ces papyrus contiennent des hymnes qui, en louant un dieu pour ses actions, font souvent référence aux mythes qui les définissent. D'autres papyrus de temple décrivent des rituels, dont beaucoup s'inspirent en partie de la mythologie[8]. Des fragments épars de ces collections de papyrus nous sont parvenus. Il est possible que ces collections aient inclus des récits plus systématiques de mythes, mais aucun texte de ce type n'a été retrouvé[5]. Des textes et illustrations mythologiques, semblables à ceux des papyrus de temple, apparaissent également dans la décoration des édifices religieux. Les temples richement décorés et bien conservés des périodes ptolémaïques et romaines (305 av. J.-C. – 380 apr. J.-C.) constituent une source particulièrement riche de mythes[9].
Les Égyptiens pratiquaient également des rituels à des fins personnelles, comme la protection contre la maladie ou la guérison. Ces rituels sont souvent qualifiés de « magiques » plutôt que religieux, mais on pensait qu'ils fonctionnaient selon les mêmes principes que les cérémonies des temples, évoquant des événements mythiques comme fondement du rituel[10].
L'information provenant de sources religieuses est limitée par un système de restrictions traditionnelles quant à ce qu'elles pouvaient décrire et représenter. Le meurtre du dieu Osiris, par exemple, n'est jamais explicitement décrit dans les écrits égyptiens[5]. Les Égyptiens croyaient que les mots et les images pouvaient influencer la réalité ; ils évitaient donc le risque de rendre réels de tels événements tragiques. Les conventions de l'art égyptien étaient également peu adaptées à la représentation de récits complets ; la plupart des œuvres d'art liées aux mythes se composent donc de scènes individuelles éparses[5].
Autres sources
Des références aux mythes apparaissent également dans la littérature égyptienne non religieuse, dès le Moyen Empire. Nombre d'entre elles ne sont que de simples allusions à des motifs mythiques, mais plusieurs récits s'appuient entièrement sur des narrations mythiques. Ces représentations plus directes du mythe sont particulièrement fréquentes aux périodes tardive et gréco-romaine, où, selon des chercheurs comme Heike Sternberg, les mythes égyptiens atteignirent leur apogée[11]. Les attitudes envers le mythe dans les textes égyptiens non religieux sont très diverses. Certaines histoires s'apparentent aux récits des textes magiques, tandis que d'autres sont plus clairement conçues comme des divertissements et comportent même des épisodes humoristiques[11].
Une dernière source de mythes égyptiens réside dans les écrits d'auteurs grecs et romains antiques tels qu'Hérodote et Diodore de Sicile, qui ont décrit la religion égyptienne durant les derniers siècles de son existence. Parmi ces auteurs, Plutarque occupe une place de premier plan ; son ouvrage Œuvres morales (« De Iside et Osiride ») contient, entre autres, le plus long récit antique du mythe d’Osiris. La connaissance qu’avaient ces auteurs de la religion égyptienne était limitée, car ils étaient exclus de nombreuses pratiques religieuses, et leurs propos sur les croyances égyptiennes sont influencés par leurs préjugés sur la culture égyptienne[5].
Origines
Il est difficile de retracer l'évolution de la mythologie égyptienne. Les égyptologues doivent formuler des hypothèses sur ses premières phases à partir de sources écrites bien plus tardives[12]. L'une des influences majeures sur la mythologie est l'environnement naturel des Égyptiens. Chaque jour, le Soleil se levait et se couchait, éclairant le pays et régulant les activités humaines ; chaque année, la crue du Nil renouvelait la fertilité des sols et permettait une agriculture très productive, pilier de la civilisation égyptienne. Ainsi, les Égyptiens considéraient l'eau et le Soleil comme des symboles de vie et percevaient le temps comme une succession de cycles naturels. Cet ordre établi était constamment menacé de perturbation : des crues exceptionnellement faibles entraînaient la famine, et des crues importantes détruisaient les récoltes et les bâtiments. La vallée du Nil, autrefois hospitalière, était entourée d’un désert aride, peuplé de peuples que les Égyptiens considéraient comme des ennemis de l’ordre établi. Pour ces raisons, les Égyptiens percevaient leur terre comme un havre de stabilité isolé, ou « maât », cerné et menacé par le chaos. Ces thèmes – l'ordre, le chaos et le renouveau – apparaissent fréquemment dans la pensée religieuse égyptienne.
Une autre source possible pour la mythologie est le rituel. De nombreux rituels font référence aux mythes et s'en inspirent parfois directement[13]. Cependant, il est difficile de déterminer si les mythes d'une culture se sont développés avant ses rituels ou inversement[14]. Les questions relatives à cette relation entre mythe et rituel ont suscité de nombreux débats parmi les égyptologues et les spécialistes des religions comparées en général. Dans l'Égypte antique, les premières traces de pratiques religieuses sont antérieures aux mythes écrits[13]. Les rituels du début de l'histoire égyptienne ne comportaient que quelques motifs mythologiques. Pour ces raisons, certains chercheurs ont avancé que, en Égypte, les rituels sont apparus avant les mythes[14]. Cependant, la rareté des témoignages anciens ne permettra peut-être jamais de trancher définitivement la question[13].
Dans les rituels privés, souvent qualifiés de « magiques », le mythe et le rituel sont étroitement liés. Nombre de récits mythiques présents dans les textes rituels sont absents d'autres sources. Même le motif répandu de la déesse Isis sauvant son fils Horus empoisonné n'apparaît que dans ce type de texte. L'égyptologue David Frankfurter soutient que ces rituels adaptent les traditions mythiques fondamentales à chaque rite spécifique, créant ainsi de nouveaux récits élaborés (appelés historiola (en)) fondés sur le mythe[15]. À l'inverse, Joris Borghouts (en) affirme, à propos des textes magiques, qu'il n'existe « pas la moindre preuve qu'une mythologie "non orthodoxe" spécifique ait été forgée... pour ce genre »[16].
Une grande partie de la mythologie égyptienne est constituée de mythes de fondation, expliquant les débuts de divers éléments du monde, y compris les institutions humaines et les phénomènes naturels. La royauté apparaît parmi les dieux au commencement des temps et est ensuite transmise aux pharaons humains. La guerre prend naissance lorsque les humains commencent à s'affronter après le retrait du dieu Soleil dans le ciel[17]. Les mythes décrivent également les origines supposées de traditions moins fondamentales. Dans un épisode mythique mineur, Horus, furieux contre sa mère Isis, lui tranche la tête. Isis remplace alors sa tête perdue par celle d'une vache. Cet événement explique pourquoi Isis était parfois représentée avec des cornes de vache comme coiffe[18].
Certains mythes ont pu être inspirés par des événements historiques. L'unification de l'Égypte sous les pharaons, à la fin de la période prédynastique égyptienne vers 3100 av. J.-C., a fait du roi le centre de la religion égyptienne, et ainsi l'idéologie de la royauté est devenue une partie importante de la mythologie. Dans le sillage de l'unification, les dieux qui étaient autrefois des divinités patronales locales ont acquis une importance nationale, formant de nouvelles relations qui ont lié les divinités locales dans une tradition nationale unifiée. Geraldine Pinch suggère que les premiers mythes pourraient être issus de ces relations. Les sources égyptiennes associent la lutte mythique entre les dieux Horus et Seth à un conflit entre la Haute et la Basse-Égypte, qui aurait eu lieu à la fin de la période prédynastique ou durant la période dynastique archaïque. Horus et Seth, représentés ensemble, symbolisent souvent l'union de la Haute et de la Basse-Égypte, bien que chaque dieu puisse représenter l'une ou l'autre région. Tous deux étaient les protecteurs de villes situées dans les deux parties du pays. Le conflit entre les deux divinités pourrait faire allusion au conflit présumé qui a précédé l'unification de la Haute et de la Basse-Égypte au début de l'histoire égyptienne, ou peut-être en lien avec un conflit apparent entre les adorateurs d'Horus et de Seth vers la fin de la IIe dynastie.
Après cette période, la plupart des changements apportés à la mythologie ont développé et adapté des concepts préexistants plutôt que d'en créer de nouveaux, bien qu'il y ait eu des exceptions. De nombreux chercheurs ont suggéré que le mythe du dieu Soleil se retirant dans le ciel, laissant les humains se déchirer, a été inspiré par l'effondrement de l'autorité royale et de l'unité nationale à la fin de l'Ancien Empire (vers 2686-2181 av. J.-C.). Au Nouvel Empire (vers 1500-1070 av. J.-C.), des mythes mineurs se développèrent autour de divinités comme Yam et Anat, empruntées à la religion cananéenne. En revanche, durant les périodes ptolémaïque et romaine (332 av. J.-C. – 641 apr. J.-C.), la culture gréco-romaine eut peu d'influence sur la mythologie égyptienne[19].
Cosmogonie
La cosmogonie égyptienne est analogue à la cosmogonie du Proche-Orient ancien, à la cosmogonie grecque ancienne et à d'autres systèmes, que l'on peut collectivement qualifier de modèles de « cosmogonie du berceau » dans la mesure où ils partagent un ensemble de caractéristiques communes, notamment une Terre plate recouverte d'un firmament solide, un chaos aqueux primordial, un centre cosmique, un ciel en rotation au-dessus de la Terre et un Océan situé aux confins de la Terre et l'entourant[20]. L'étude de la cosmogonie égyptienne se fait cependant dans certaines limites. Il n'existe pas de récits systématiques de la création dans la littérature égyptienne antique ; les conceptions cosmogoniques sont donc reconstituées à partir de diverses références brèves disséminées dans différents textes, ainsi que de quelques témoignages iconographiques[21]. Un autre problème réside dans l'évolution des conceptions de la cosmogonie égyptienne au cours de la longue histoire de l'Égypte, et dans le fait que différentes régions possédaient des systèmes cosmogoniques distincts. Bien qu'il y ait toujours eu un dieu créateur auto-engendré qui émerge des ténèbres aquatiques éternelles (Noun), ce dieu primordial a été identifié, selon les époques et les lieux, comme Ptah, Rê, Amon, Atoum ou Khnoum[22].
Maât
Le mot égyptien « m3it », souvent transcrit « maât », désigne l’ordre fondamental de l’univers dans la mythologie égyptienne. Établie lors de la création du monde, « maât » distingue ce dernier du chaos qui le précède et l’entoure. « Maât » englobe à la fois la conduite appropriée des êtres humains et le fonctionnement normal des forces de la nature, deux éléments indispensables à la vie et au bonheur. Puisque les actions des dieux régissent les forces naturelles et que les mythes expriment ces actions, la mythologie égyptienne représente le bon fonctionnement du monde et le maintien de la vie elle-même[23].
Pour les Égyptiens, le principal garant humain de « Maât » est le pharaon. Dans la mythologie, le pharaon est le fils de plusieurs divinités. À ce titre, il est leur représentant désigné, tenu de maintenir l'ordre dans la société humaine, tout comme elles le font dans la nature, et de perpétuer les rituels qui les soutiennent et animent leurs activités[24].
Univers

Dans la croyance égyptienne, un océan primordial infini et chaotique existait avant la création du monde ordonné. Cet océan cosmique était personnifié par le dieu Noun. La Terre, personnifiée par le dieu Geb, est plate et recouverte d'un ciel plat (firmament) qui la surplombe et la sépare de l'océan cosmique environnant. Le ciel, pour les Égyptiens, était généralement représenté par Nout, la déesse du ciel. La Terre est également séparée du firmament par l'atmosphère, personnifiée par le dieu Shou[25],[26]. Ainsi, les Égyptiens concevaient le monde habité comme une bulle d'air, finie et sèche, entourée d'un océan universel et infini, obscur, informe et inerte[27].
Firmament et course du Soleil
Le dieu soleil Rê parcourt le ciel, traversant le corps de Nout, illuminant le monde de sa lumière. La nuit, Rê passe au-delà de l'horizon occidental et pénètre dans le Douat, une région mystérieuse qui borde l'informe Noun. À l'aube, il émerge du Douat à l'horizon oriental[25].
La nature du ciel et la localisation du Douat demeurent incertaines. Les textes égyptiens décrivent diversement le Soleil nocturne, tantôt comme se déplaçant sous la terre, tantôt à l'intérieur du corps de Nout. L'égyptologue James Peter Allen estime que ces explications des mouvements solaires sont des idées distinctes mais coexistantes. Selon Allen, Nout représente la surface visible des eaux de Noun, sur laquelle flottent les étoiles. Le Soleil, par conséquent, décrit un cercle au-dessus des eaux, passant chaque nuit au-delà de l'horizon pour atteindre la voûte céleste qui s'étend sous la terre inversée du Douat[28]. Leonard H. Lesko, quant à lui, estime que les Égyptiens percevaient le ciel comme une voûte céleste solide et décrivaient le Soleil comme se déplaçant d'ouest en est, au-dessus de la surface du ciel, durant la nuit[29]. Joanne Conman, modifiant le modèle de Lesko, soutient que ce ciel solide est un dôme concave en mouvement qui recouvre une Terre profondément convexe. Le Soleil et les étoiles se déplacent avec ce dôme, et leur passage sous l'horizon correspond simplement à leur déplacement au-dessus de régions terrestres invisibles aux Égyptiens. Ces régions seraient alors le Douat[30].
Centre cosmique
Dans la cosmologie égyptienne, les terres fertiles de la vallée du Nil (Haute-Égypte) et du delta du Nil (Basse-Égypte) occupent une place centrale dans le monde. Au-delà s'étendent les déserts arides, associés au chaos qui règne au-delà du monde. Quelque part au-delà se trouve l'horizon, l'Akhet. Là, deux montagnes, à l'est et à l'ouest, marquent les points d'entrée et de sortie du soleil dans le Douat[31].
Nations étrangères
Dans l'idéologie égyptienne, les nations étrangères sont associées aux déserts hostiles. De même, les peuples étrangers sont généralement assimilés aux « neuf arcs », ceux qui menacent le pouvoir pharaonique et la stabilité de Maât, même si les peuples alliés à l'Égypte ou soumis à elle peuvent être perçus plus favorablement[32]. Pour ces raisons, les événements de la mythologie égyptienne se déroulent rarement en terres étrangères. Si certaines histoires se rapportent au ciel ou au Douat, l'Égypte même est généralement le théâtre des actions des dieux. Souvent, même les mythes qui se déroulent en Égypte semblent se situer sur un plan d'existence distinct de celui des humains, bien que dans d'autres récits, humains et dieux interagissent. Quoi qu'il en soit, les dieux égyptiens sont profondément liés à leur patrie[33].
Temps
La conception du temps chez les Égyptiens est influencée par leur environnement. Chaque jour, le soleil se lève et se couche, illuminant le pays et régulant l'activité humaine ; chaque année, la crue du Nil renouvelle la fertilité des sols et permet une agriculture très productive, pilier de la civilisation égyptienne. Ces événements périodiques incitaient les Égyptiens à percevoir le temps comme une succession de cycles répétitifs, régis par Maât, qui renouvelait les dieux et l'univers[34]. Bien que les Égyptiens reconnaissaient les spécificités des différentes époques historiques, les schémas mythiques dominaient leur perception de l'histoire[35].
De nombreux récits égyptiens concernant les dieux les situent dans une époque primordiale où ces derniers se manifestaient sur Terre et régnaient en maîtres. Après cette période, l'autorité sur Terre passa aux mains de pharaons humains[36]. Cette ère primordiale semble antérieure au début du cycle solaire et aux cycles du monde actuel. À l'autre extrémité du temps se trouve la fin des cycles et la dissolution du monde. Parce que ces périodes lointaines se prêtent mieux à une narration linéaire que les cycles actuels, John R. Baines les considère comme les seules périodes où se déroulent les véritables mythes[37]. Pourtant, dans une certaine mesure, la dimension cyclique du temps était également présente dans le passé mythique. Les Égyptiens considéraient même les récits se déroulant à cette époque comme étant perpétuellement vrais. Les mythes prenaient vie à chaque fois que se produisaient les événements auxquels ils se rapportaient. Ces événements étaient célébrés par des rituels qui évoquaient souvent les mythes[38]. Le rituel permettait au temps de revenir périodiquement au passé mythique et de renouveler la vie dans l'univers[39].
Mythes principaux
Voici quelques-unes des principales catégories de mythes. En raison de leur nature fragmentaire, les sources égyptiennes ne fournissent que peu d'indications sur la chronologie des événements mythiques[40]. Néanmoins, ces catégories sont organisées selon un ordre chronologique très approximatif.
Mythe de la création
Parmi les mythes les plus importants figuraient ceux décrivant la création du monde. Les Égyptiens ont élaboré de nombreux récits de la création, qui diffèrent considérablement dans les événements qu'ils relatent. En particulier, les divinités à qui l'on attribue la création du monde varient d'un récit à l'autre. Cette différence reflète en partie le désir des cités et des clergés égyptiens d'exalter leurs dieux protecteurs en leur attribuant la création. Pourtant, ces récits divergents n'étaient pas considérés comme contradictoires ; au contraire, les Égyptiens percevaient le processus de création comme un phénomène aux multiples facettes, impliquant de nombreuses forces divines[41].
Les mythes de la création varient en fonction des régions (ou même des villes) et de leurs dieux tutélaires : Rê, Isis, Seth, Horus, Anubis. Ainsi, ce n'est pas une, mais plusieurs cosmogonies (mythes de la création du Monde) qui coexistaient dans les différentes parties du royaume. Les plus connues sont celles d'Héliopolis, d'Hermopolis, de Thèbes et de Syène (Éléphantine-Assouan).
Les cosmogonies admettent toutes l'existence d'un principe créateur, mais chaque nome voit dans son dieu tutélaire le démiurge à l'origine de cette création. La cosmogonie la plus répandue est celle d'Héliopolis qui a pour créateur un démiurge solaire (Rê sous l'une de ses formes) et donne une généalogie divine descendant jusqu'au dieu pharaonique Horus.

Un point commun à ces mythes est l'émergence du monde des eaux chaotiques qui l'entourent. Cet événement symbolise l'établissement de Maât et l'origine de la vie. Une tradition fragmentaire se concentre sur les huit dieux de l'Ogdoade, qui incarnent les propriétés de l'eau primordiale. Leurs actions donnent naissance au Soleil (représenté dans les mythes de la création par divers dieux, notamment Rê), dont la naissance crée un espace de lumière et de sécheresse au sein des eaux obscures[42]. Le soleil se lève du premier monticule de terre ferme, un autre motif récurrent des mythes de la création, probablement inspiré par la vision de ces monticules de terre émergeant à mesure que les eaux du Nil se retiraient. Avec l'avènement du dieu soleil, instituant Maât, le monde se dota de son premier souverain. Les récits du premier millénaire avant J.-C. mettent l'accent sur les actions du dieu créateur pour soumettre les forces du chaos qui menaçaient le monde nouvellement ordonné[43].
Atoum, dieu étroitement lié au Soleil et au tertre primordial, est au cœur d'un mythe de la création remontant au moins à l'Ancien Empire. Atoum, qui englobe tous les éléments du monde, existe dans les eaux comme un être en puissance. Au moment de la création, il émerge pour engendrer d'autres dieux, donnant naissance à un ensemble de neuf divinités, l'Ennéade, qui comprend Geb, Nout et d'autres éléments essentiels du monde. L'Ennéade peut, par extension, représenter l'ensemble des dieux ; ainsi, sa création symbolise la différenciation de l'être en puissance unifié d'Atoum en la multiplicité des éléments présents dans le monde[44].
Au fil du temps, les Égyptiens développèrent des perspectives plus abstraites sur le processus de création. À l'époque des Textes des sarcophages, ils décrivaient la formation du monde comme la réalisation d'un concept initialement conçu dans l'esprit du dieu créateur. La force d'« heka », ou magie, qui relie les choses du monde divin à celles du monde physique, est le pouvoir qui unit le concept originel du créateur à sa réalisation physique. Heka peut être personnifié en un dieu, mais ce processus intellectuel de création n'est pas associé à ce seul dieu. Une inscription de la Troisième Période intermédiaire (env. 1070-664 av. J.-C.), dont le texte est peut-être beaucoup plus ancien, décrit le processus en détail et l'attribue au dieu Ptah, dont l'étroite association avec les artisans fait de lui une divinité appropriée pour donner une forme physique à la vision créatrice originelle. Les hymnes du Nouvel Empire décrivent le dieu Amon, une puissance mystérieuse qui se cache derrière même les autres dieux, comme la source ultime de cette vision créatrice[45].
L’origine des humains n’est pas un élément majeur des récits égyptiens sur la création. Dans certains textes, les premiers humains jaillissent des larmes que Rê-Atoum ou son aspect féminin, l'Œil de Rê, verse dans un moment de faiblesse et de détresse, préfigurant la nature imparfaite et les vies douloureuses des humains. D'autres disent que les humains sont façonnés en argile par le dieu Khnoum. Mais dans l'ensemble, les mythes de la création se concentrent sur l'établissement de l'ordre cosmique plutôt que sur la place particulière des humains en son sein[46].
Règne du dieu Soleil
Durant la période mythique qui suit la création, Rê règne sur terre en tant que roi des dieux et des hommes. Cette période est ce qui se rapproche le plus d'un âge d'or dans la tradition égyptienne, une période de stabilité que les Égyptiens cherchaient constamment à évoquer et à imiter. Pourtant, les récits du règne de Rê mettent l'accent sur les conflits entre lui et les forces qui perturbent son pouvoir, reflétant le rôle du roi dans l'idéologie égyptienne comme garant de la « Maât »[47].
Dans un épisode relaté dans différentes versions par les textes sacrés, certains dieux défient l'autorité de Rê, qui les anéantit avec l'aide et les conseils d'autres divinités comme Thot et Horus l'Ancien[48],[Note 1]. À un moment donné, il doit faire face à la dissidence d'une extension de lui-même, l'Œil de Rê, capable d'agir indépendamment de lui sous la forme d'une déesse. La déesse Œil, furieuse contre Rê, s'enfuit et erre, sauvage et dangereuse, dans les contrées hors d'Égypte, généralement en Nubie. Affaibli par son absence, Rê envoie l'un des autres dieux – Shou, Thot ou Anhour, selon les récits – la ramener, par la force ou la persuasion. L'Œil de Rê étant associé à l'étoile Sothis, dont le lever héliaque annonçait le début de la crue du Nil, le retour de la déesse de l'Œil en Égypte coïncide avec cette inondation salvatrice. À son retour, la déesse devient l'épouse de Rê ou du dieu qui l'a ramenée. Son apaisement rétablit l'ordre et renouvelle la vie[50].
À mesure que Rê vieillit et s'affaiblit, l'humanité se retourne contre lui. Dans un épisode souvent appelé la « Destruction de l'Humanité », relaté dans le Livre de la vache du ciel, Rê découvre que l'humanité complote contre lui et envoie son Œil pour la punir. Celle-ci massacre de nombreuses personnes, mais Rê décide apparemment de ne pas anéantir toute l'humanité. Il fait teindre de la bière en rouge pour ressembler au sang et la répand sur le champ de bataille. La déesse Œil boit la bière, s'enivre et cesse son carnage. Rê se retire alors dans le ciel, las de régner sur la terre, et entame son voyage quotidien à travers les cieux et le Douat. Les humains survivants sont consternés et attaquent ceux qui, parmi eux, ont comploté contre Rê. Cet événement est à l'origine de la guerre, de la mort et de la lutte constante des humains pour protéger « Maât » des actions destructrices des autres[51].
Dans le Livre de la vache du ciel, la destruction de l'humanité semble marquer la fin du règne direct des dieux et du temps linéaire du mythe. Le début du voyage de Rê marque le début du temps cyclique du présent[37]. Pourtant, dans d'autres sources, le temps mythique se poursuit après ce changement. Les récits égyptiens décrivent des successions de souverains divins qui succèdent au dieu soleil comme rois de la Terre, chacun régnant pendant des milliers d'années[52]. Bien que les récits divergent quant aux dieux ayant régné et à leur ordre de succession, la succession de Rê-Atoum à ses descendants Shou et Geb – où la royauté passe à l'homme à chaque génération de l'Ennéade – est un point commun. Tous deux font face à des révoltes similaires à celles survenues sous le règne du dieu Soleil, mais la révolte qui retient le plus l'attention des sources égyptiennes est celle qui a eu lieu sous le règne de l'héritier de Geb, Osiris[53].
Mythe osirien

L'ensemble des épisodes entourant la mort et la succession d'Osiris est le plus élaboré de tous les mythes égyptiens et a exercé l'influence la plus vaste sur la culture égyptienne[54]. Dans la première partie du mythe, Osiris, associé à la fertilité et à la royauté, est tué et son trône usurpé par son frère Seth. Dans certaines versions, Osiris est démembré et les morceaux de son corps dispersés à travers l'Égypte. Sa sœur et épouse, Isis, retrouve le corps de son mari et le reconstitue[55]. Elle est aidée par des divinités funéraires telles que Nephtys et Anubis, et le processus de reconstitution d'Osiris reflète les traditions funéraires de l'Égypte antique, notamment les pratiques d'embaumement et d'inhumation. Isis ressuscite alors brièvement Osiris pour concevoir avec lui un héritier : le dieu Horus[56].
La partie suivante du mythe relate la naissance et l'enfance d'Horus. Isis donne naissance à son fils et l'élève dans des lieux isolés, à l'abri de la menace de Seth. Les épisodes de cette phase du mythe décrivent les efforts d'Isis pour protéger son fils de Seth et d'autres êtres hostiles, ou pour le guérir de ses maladies et blessures. Dans ces épisodes, Isis incarne la dévotion maternelle et se révèle une puissante guérisseuse[57].
Dans la troisième phase du récit, Horus et Seth se disputent le trône. Leur lutte se déroule à travers de nombreux épisodes distincts, allant du conflit violent à un jugement rendu par les dieux réunis[58]. Dans un épisode important, Seth arrache un œil, voire les deux, d'Horus, qui sont ensuite guéris par Thot ou Hathor. C'est pourquoi l'Œil d'Horus est un symbole majeur de vie et de bien-être dans l'iconographie égyptienne. Horus étant un dieu du ciel, un œil étant associé au Soleil et l'autre à la Lune, la destruction et la guérison de cet œil unique expliquent pourquoi la lune brille moins que le soleil[59].
Les textes présentent deux résolutions différentes au conflit divin : l’une où l’Égypte est divisée entre les deux prétendants, et l’autre où Horus devient le seul souverain. Dans cette dernière version, l’ascension d’Horus, héritier légitime d’Osiris, symbolise le rétablissement de Maât après le règne injuste de Seth. L’ordre rétabli, Horus peut accomplir les rites funéraires pour son père, devoir qui lui incombe en tant que fils et héritier. Par ce service, Osiris renaît dans le Douat, dont il devient le souverain. La relation entre Osiris, roi des morts, et Horus, roi des vivants, symbolise la relation entre chaque roi et ses prédécesseurs défunts. Osiris, quant à lui, représente la régénération de la vie. Sur terre, on lui attribue la croissance annuelle des récoltes, et dans le Douat, il intervient dans la renaissance du soleil et des âmes humaines défuntes[60].
Bien qu'Horus représente dans une certaine mesure tout pharaon vivant, il ne constitue pas le terme de la lignée des dieux régnants. Il est d'abord suivi par des dieux, puis par des esprits qui incarnent de vagues souvenirs des souverains prédynastiques d'Égypte, les âmes de Pé et de Nekhen. Ces esprits relient les souverains, figures purement mythiques, à la dernière étape de cette lignée : celle des rois historiques d'Égypte[36].
Naissance de l'enfant royal
Plusieurs textes égyptiens, d'origines diverses, abordent un thème similaire : la naissance d'un enfant d'origine divine, héritier du trône. Le plus ancien récit connu de ce genre ne semble pas être un mythe, mais un conte populaire divertissant, que l'on trouve dans le Moyen Empire (Papyrus Westcar), relatant la naissance des trois premiers rois de la Ve dynastie. Dans ce récit, les trois rois sont les enfants de Rê et d'une femme humaine. Ce même thème apparaît dans un contexte résolument religieux au Nouvel Empire, lorsque les souverains Hatchepsout, Amenhotep III et Ramsès II firent représenter sur des bas-reliefs de temples leur propre conception et naissance, où le dieu Amon est le père et la reine historique la mère. En affirmant que le roi était issu du panthéon des dieux et avait été délibérément créé par le dieu le plus important de l'époque, le récit confère une dimension mythique au couronnement du roi, qui apparaît parallèlement au récit de sa naissance. Ce lien divin légitime le règne du roi et justifie son rôle d'intercesseur entre les dieux et les humains[61].
Des scènes similaires apparaissent dans de nombreux temples postérieurs au Nouvel Empire, mais cette fois, les événements représentés concernent uniquement les dieux. À cette époque, la plupart des temples étaient dédiés à une famille mythique de divinités, généralement un père, une mère et un fils. Dans ces versions du récit, la naissance est celle du fils de chaque triade. Chacun de ces dieux enfants est l'héritier du trône, chargé de rétablir la stabilité du pays. Ce changement de perspective, du roi humain aux dieux qui lui sont associés, reflète le déclin du statut du pharaon à la fin de l'Égypte antique[61].
Mythe du cycle du jour


Les mouvements de Rê dans le ciel et le Douat ne sont pas entièrement relatés dans les sources égyptiennes[62], bien que des textes funéraires comme l'Amdouat, le Livre des Portes et le Livre des cavernes relatent la partie nocturne du voyage sous forme de vignettes[63]. Ce voyage est essentiel à la nature de Rê et au maintien de toute vie[64].
En parcourant le ciel, Râ apporte la lumière à la terre, soutenant ainsi toute vie. Il atteint l'apogée de sa puissance à midi, puis vieillit et s'affaiblit à mesure qu'il se dirige vers le coucher du soleil. Le soir, Rê prend la forme d'Atoum, le dieu créateur, le plus ancien de tous les êtres. Selon les textes égyptiens anciens, à la fin du jour, il recrache toutes les autres divinités qu'il avait dévorées au lever du soleil. Celles-ci représentent les étoiles, et ce récit explique pourquoi elles sont visibles la nuit et apparemment invisibles le jour[65].
Certains thèmes reviennent fréquemment dans les récits du voyage. Rê surmonte de nombreux obstacles, symbolisant les efforts nécessaires au maintien de Maât. Le plus grand défi est l'opposition d'Apophis, dieu serpent représentant l'aspect destructeur du désordre, qui menace d'anéantir le dieu soleil et de plonger la création dans le chaos[66]. Dans de nombreux textes, Rê surmonte ces obstacles grâce à l'aide d'autres divinités qui l'accompagnent ; celles-ci incarnent les différentes forces nécessaires au maintien de son autorité[67]. Dans son passage, Rê apporte également la lumière au Douat, animant les âmes bienheureuses qui y reposent. En revanche, ses ennemis — ceux qui ont sapé la « Maât » — sont tourmentés et jetés dans des gouffres obscurs ou des lacs de feu[68].
L'événement clé de ce voyage est la rencontre de Rê et d'Osiris. Au Nouvel Empire, cet événement devint un symbole complexe de la conception égyptienne de la vie et du temps. Osiris, relégué au Douat, est comme un corps momifié dans son tombeau. Rê, en perpétuel mouvement, est comme le « bâ », ou âme, d'un défunt, qui peut voyager durant le jour mais doit retourner à son corps chaque nuit. Lorsque Rê et Osiris se rencontrent, ils fusionnent en un seul être. Leur union reflète la vision égyptienne du temps comme un cycle continu, l'un (Osiris) demeurant immuable et l'autre (Rê) vivant dans un cycle constant. Une fois uni au pouvoir régénérateur d'Osiris, Rê poursuit son voyage avec une vitalité renouvelée[39]. Ce renouveau rend possible l'émergence de Rê à l'aube, perçue comme la renaissance du Soleil – exprimée par la métaphore de Nout donnant naissance à Rê après l'avoir avalé – et la répétition du premier lever de soleil au moment de la création. À cet instant, le dieu soleil levant avale à nouveau les étoiles, absorbant leur puissance[65]. Dans cet état revitalisé, Rê est représenté soit comme un enfant, soit comme le dieu scarabée Khépri, deux figures symbolisant la renaissance dans l'iconographie égyptienne[69].
Mythe de la mort
Chez les Égyptiens de l'Antiquité, les cérémonies et croyances liées à la mort représentaient une part importante de leur vie. Les préoccupations liées à la mort au cours de l'Égypte antique étaient d'ordre religieux et constituaient une étape importante de la vie du pharaon, incarnation des dieux sur terre, qui devait après son décès vivre auprès des dieux dans un repos éternel. Les Égyptiens considéraient qu'après le décès, l'âme du défunt pouvait renaître et accéder au « royaume des morts » et au repos éternel.
Le mythe de la mort peut être décomposé en deux parties : la première étape qui est le voyage du défunt vers l'au-delà avec la cérémonie de l'embaumement ; et la seconde étape qui correspond au jugement du défunt par le dieu Osiris lorsqu'il atteint l'au-delà afin de peut-être accéder au repos éternel.
Voyage vers l'au-delà (embaumement)

Dans la mythologie égyptienne, le corps est divisé en plusieurs parties dont le djet, qui correspond au corps, et le ka, qui correspond au double spirituel accompagnant le corps depuis la naissance de l'individu jusqu'à son décès. Pour que le défunt puisse accéder au royaume de l'au-delà par l'intermédiaire de son ka, l'embaumement du djet est nécessaire. En effet, si le corps n'est pas embaumé, le djet devient le khat après la mort et ne peut accéder au repos éternel. Le rite de l'embaumement fut créé par Isis, aidée par Anubis, lorsqu'elle reconstitua le corps de son époux Osiris afin de lui redonner vie. Ce rite symbolise donc la renaissance du défunt et l'accès au « royaume des morts » et au repos éternel. Les statues et offrandes présentes aux côtés du défunt dans son sarcophage permettent de l'accompagner dans son chemin vers le jugement de l'âme.
Ce chemin vers l'au-delà est pris en compte dans l'architecture des pyramides. En effet, au sein des pyramides, les couloirs s'élevant vers les sommets de la pyramide et le ciel depuis la chambre funéraire du défunt, semblent être des passages permettant à l'âme de s'élever et d'atteindre le royaume des morts. Le livre des morts des Anciens Égyptiens, placé aux côtés du défunt, avait pour but de le guider vers le royaume des morts et de le préparer au jugement de l'âme à l'aide de prières.
Jugement de l'âme
La pesée de l'âme (psychostasie) consiste à mettre le cœur du défunt sur une balance et de l'autre côté une plume (représentant la déesse Maât) ; si le cœur est plus léger (ce qui signifie que le cœur n'est pas entaché de péchés), le défunt peut rejoindre le royaume des morts. Sinon, il se fera dévorer par un monstre (la plupart du temps symbolisé par la déesse Taouret ou par Ammout qui a une tête de crocodile, un corps de lion et un arrière-train d'hippopotame) et son âme sera perdue à tout jamais. Osiris ne devint dieu du royaume des morts qu'après avoir passé avec succès l'épreuve de la pesée de l'âme. Les défunts voulaient donc s'identifier à Osiris pour atteindre le royaume des morts et reposer en paix.
Fin de l'univers
Les textes égyptiens traitent généralement la disparition du monde comme une possibilité à éviter et, pour cette raison, ils ne la décrivent pas souvent en détail. Cependant, de nombreux textes font allusion à l’idée que le monde, après d’innombrables cycles de renouveau, est voué à sa fin. Cette fin est décrite dans un passage des Textes des sarcophages et dans un passage plus explicite du Livre des morts, dans lequel Atoum dit qu'il dissoudra un jour le monde ordonné et retournera à son état primitif et inerte dans les eaux du chaos. Toutes choses autres que le créateur cesseront d'exister, à l'exception d'Osiris, qui survivra avec lui[70]. Les détails concernant cette perspective eschatologique restent flous, notamment le sort des morts associés à Osiris[71]. Pourtant, la présence du dieu créateur et du dieu du renouveau dans les eaux qui ont donné naissance au monde ordonné laisse entrevoir la possibilité d'une nouvelle création, à l'instar de l'ancienne[72].