Méthode linéaire à pas multiples
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Les méthodes linéaires à pas multiples sont des schémas de calcul utilisés en mathématiques pour la résolution numérique des équations différentielles ordinaires.
En général, les méthodes de résolution numérique permettent de calculer de proche en proche les valeurs de la fonction solution de l'équation différentielle à partir d'un point initial dont la valeur est connue. L'écart entre deux points successifs d'un intervalle est appelé le pas. Les méthodes à un seul pas (comme la méthode d'Euler) utilisent uniquement la valeur de la fonction et de sa dérivée au dernier point connu pour calculer la valeur de la fonction au point suivant.
Il existe des méthodes plus avancées telles que les méthodes de Runge-Kutta qui utilisent des points intermédiaires de l'intervalle pour raffiner les calculs, mais ces informations ne sont pas conservées d'une étape à la suivante.
Les méthodes à pas multiples (ou multi-pas) cherchent à gagner en efficacité en conservant certaines informations des étapes précédentes du calcul. En particulier, les méthodes linéaires à pas multiple utilisent une combinaison linéaire des valeurs de la fonction et de sa dérivée aux points précédents[1].
Considérons l'équation différentielle ordinaire à condition initiale suivante:
Une méthode de résolution numérique est une approximation de la valeur de la fonction y(t) à des valeurs discrètes ti : où h est le pas de temps (parfois noté Δt) et i est un entier.
Les méthodes à pas multiples utilisent des informations provenant de s étapes précédentes pour calculer la valeur suivante. Pour calculer la valeur à tn+s on utilisera donc les valeurs à tn+s, tn+s–1, tn+s–2,...tn .
Les méthodes linéaires à pas multiple utilisent une combinaison linéaire des yi et des f(ti,yi) pour calculer la valeur de y à l'étape suivante. On a donc la formule générale suivante : avec as = 1 .
Le choix des coefficients aj et bj, spécifique à la méthode employée, est souvent un compromis entre la réduction de l'erreur par rapport à la vraie solution et la difficulté des calculs.
On peut dès lors distinguer les méthodes explicites et implicites. Si bs est nul, alors la méthode est explicite. En effet, on peut calculer directement yn+s, à partir des autres valeurs connues. Inversement si bs est non nul, la méthode est implicite, puisque la valeur de yn+s dépend de la valeur de f(tn+s,yn+s). On ne pourra donc calculer cette valeur directement ; il faudra résoudre numériquement une équation d'inconnue yn+s, par exemple par la méthode de Newton.
Parfois, une première méthode explicite à pas multiple est utilisée pour prédire une valeur de yn+s, qui est ensuite utilisée dans une seconde formule implicite pour en corriger la valeur selon le principe des méthodes prédicteur-correcteur .
Exemples
Soit l'équation différentielle suivante dont la solution exacte est la fonction exponentielle .
Méthode d'Euler
Une méthode numérique courante est la méthode d'Euler : Cette méthode n'utilise qu'un seul pas. Par exemple avec h = 0,5 :
Méthode d'Adams–Bashforth
Un exemple de schéma à pas double est la méthode d'Adams-Bashforth d'ordre 2.
Cette méthode prend en compte deux valeurs successives : yn et yn+1, pour calculer yn+2. Pour initialiser le calcul à l'étape 1 (où l'on ne dispose que de la condition initiale y0) on peut utiliser la méthode d'Euler.
Dans ces conditions, les 4 premières étapes donnent, à 10-4 près:
La solution exacte à t4 = 2 est e2 = 7,3891... ; la méthode d'Adams-Bashforth est plus précise que celle d'Euler.
Familles de méthodes
Trois familles de schémas linéaires multi-pas sont couramment utilisées : les méthodes d'Adams-Bashforth, les méthodes d'Adams-Moulton et les formules de différences finies rétrogrades.
Méthodes d'Adams-Bashforth
Les schémas d’Adams-Bashforth sont des méthodes explicites. On pose as–1= –1, et les autres coefficients aj sont nuls. Les coefficients bj sont choisis de telle sorte que la méthode soit d'ordre s, ce qui les détermine de manière unique.
À titre d'exemple, voici les coefficients formules utilisées jusqu'à l'ordre 5[2],[3].
Ces coefficients bj se calculent en déterminant une interpolation polynomiale P de la fonction f de degré s-1 telle que Ce polynôme s'obtient par la formule de l'interpolation de Lagrange avec valeurs précédemment calculées de la fonction fLe polynôme P est, par construction, une bonne approximation de la fonction f. Ce qui permet de substituer à f dans l'équation différentielle originale
Or cette nouvelle équation peut être résolue simplement : il suffit d'intégrer P :On obtient donc ainsi les formules pour les coefficients de la méthode d'Adams-Bashforth en identifiant après intégration : La substitution de f par son polynôme interpolateur P engendre une erreur de l'ordre de hs, ce qui démontre que la méthode d'Adams-Bashforth à s étapes est bien d'ordre s.
Les méthodes d'Adams-Bashforth furent originellement conçues par John Couch Adams pour résoudre une équation différentielle modélisant l'action capillaire due à Francis Bashforth[4],[5].
Méthodes d'Adams-Moulton
La version implicite du même procédé donne les méthodes d'Adams-Moulton. Là encore on pose as–1 = -1 et les autres coefficients aj sont nuls. On utilise également l'interpolation de Lagrange pour approximer f ; en revanche, on s'autorise à ce que le polynôme soit d'ordre s + 1 ; autrement dit, bs sera non nul.
Ci-dessous, on détaille les valeurs des coefficients pour s = 0, 1, 2, 3, 4 sont :On remarque que le cas s = 0 correspond à la méthode d'Euler implicite et le cas s = 1 à la méthode des trapèzes.
Le calcul des coefficients en général est similaire à celui vu plus haut pour la méthode Adams-Bashforth ; cependant, le polynôme d'interpolation utilise non seulement les points , mais aussi .
Les coefficients sont donnés par
Le schéma d’Adams–Moulton sont également dues à John Couch Adams, comme celui d’Adams–Bashforth. Forest Ray Moulton réalisa qu'elles pouvaient être utilisées en tandem avec les méthodes d'Adams-Bashforth comme paire prédicteur-correcteur[6].
Formules de différences finies rétrogrades
Les méthodes de différences finies rétrogrades sont des méthodes implicites dans lesquelles les coefficients bs–1,..., b0 sont nuls et les autres coefficients sont choisis de telle sorte que la méthode atteigne l'ordre s. Ces méthodes sont particulièrement utiles pour résoudre des équations différentielles raides.