Mūchī

Festival saisonnier d'Okinawa, pâtisserie mangée lors de ce festival From Wikipedia, the free encyclopedia

Mūchī (ムーチー, 鬼餅?, lit. « gâteau de riz du démon ») est une fête traditionnelle des îles Okinawa, ainsi que le nom des pâtisseries qui sont mangées lors de cette fête. La fête est célébrée le huitième jour du douzième mois du calendrier lunaire.

Mūchī dans des feuilles d'atoumo

Les pâtisseries sont fabriquées à partir d’une farine de riz spéciale mélangée à de l’eau, du sucre, du sucre muscovado, éventuellement un élément colorant (grande igname, citrouille…), enveloppées dans des feuilles d’atoumo et cuite à la vapeur[1].

Comme toutes les feuilles qui servent à envelopper des aliments sont appelées localement « kāsa » (カーサ?), les pâtisseries mūchī peuvent également être appelées « kāsa-mūchī » (カーサムーチー?)[1].

La tradition veut que les pâtisseries mūchī consommées lors de la fête apportent santé et longue vie[1].

Les vagues de froid qui frappent l’archipel aux alentours de la fête de mūchī sont appelées « mūchī-bīsa » (ムーチービーサ, 鬼餅寒?, lit. « le froid de mūchī »)[1].

Légende à l’origine du festival

Bien que nommée simplement « mūchī » à l’oral, le nom de la fête s’écrit 鬼餅 (uni-mūchī?, lit. « le gâteau de riz du démon »). Ce nom provient de la légende qui a donné naissance à la fête :

Un homme, originaire de Kanagusuku (金城?) à Shuri, se transforma en démon (, uni?). Différentes versions de la légende le font s’installer par la suite dans un autre village (Ōsato (大里?) dans le magiri d’Ōsato (actuellement Nanjō), Une (宇根?) sur l’île de Kume...). Il mangeait les habitants et le bétail alentours[2].

Cet homme était particulièrement friand des gateaux de riz à la vapeur (mūchī). Sa jeune sœur, accablée de voir son frère adoré transformé en démon, l’invita à manger des gâteaux de riz au bord d’une falaise. Elle inséra des clous en fer dans les gâteaux qu’elle lui fit manger, ce qui affaiblit le démon. Elle enleva ses vêtements et dit au démon « la bouche du haut est pour manger le mūchī, et la bouche du bas est pour manger les démons ». Surpris par la nudité de sa sœur, le démon tomba à la renverse en riant, elle l’ébouillanta avec l’eau de cuisson du mūchī et le poussa du haut de la falaise[2],[3].

Pratiques et traditions associées au festival

Les pâtisseries mūchī sont considérées comme des talismans puissants. Elles sont traditionnellement confectionnées très tôt le matin, alors que les démons dorment encore[4].

Une fois cuites, des pâtisseries encore enveloppées dans les feuilles d'atoumo sont offertes aux ancêtres et au dieu du feu de la famille. Un nombre de clou en fer égal au nombre d’enfants dans la maisonnée est cloué dans un des linteaux de la maison et les pâtisseries encore enveloppées y sont suspendues[5] : dans certaines versions du mythe, la jeune sœur promet à son frère qu’elle va lui donner à manger son propre bébé nouveau né en le suspendant à une branche d’arbre sur la falaise. Au lieu du bébé, elle suspend le mūchī dans lequel elle a caché les clous en fer, que le frère mange en pensant que c’est l’enfant[6].

L’eau qui a été utilisée pour la cuisson à la vapeur est versée tout autour de la résidence pour brûler les pieds des démons qui tenteraient d’y entrer, en commençant par le nord[1],[4],[7],[5],[3], les feuilles d’atoumo qui ont été utilisées pour envelopper les gateaux de riz sont nouées en forme de croix et suspendues dans l’entrée pour empêcher les démons et influences maléfiques de pénétrer dans la maison[1],[3].

Distribution géographique

Le festival est pratiqué sur l’île d’Okinawa et les îles alentours, mais pas dans les îles Amami ou Sakishima[8].

Dates

Dans la plupart des communautés, la fête mūchī se célèbre le huitième jour du douzième mois du calendrier lunaire[1].

Dans la région qui correspond à l’ancien magiri de Nishihara, autour de Kadekaru, la tradition veut qu’un esprit malin nommé Uchatai Magurā (御茶多真五郎?)[a] apparaisse les jours de fête et fasse pourrir les pâtisseries fabriquées pour ces fêtes. Pour cette raison dans ces villages le festival se tient le septième jour, ou bien sur deux jours, les septième et huitième jours, les pâtisseries étant fabriquées le septième jour, pour que lorsque Uchatai Magurā apparaît lors du huitième jour, il n’y ait déjà plus de pâtisseries[9],[10].

Pour la même raison, quelques rares communautés célèbrent le festival le premier jour du onzième mois, le premier jour du douzième mois ou le sixième jour du douzième mois[1].

Fabrication des pâtisseries mūchī

Après avoir mélangé la farine de riz et le sucre, on ajoute de l’eau et on pétrit jusqu’à ce que la pâte ait une consistance élastique. Il est possible d’ajouter de la couleur en incorporant de la poudre de curcuma, du sucre muscovado, de la grande igname, de la citrouille[1]...

On laisse alors reposer la pâte enveloppée dans un linge humide avant de la couper en pâtons gros comme le poing qui sont posés sur la face externe d’une feuille d’atoumo. Les feuilles sont repliées et fermées avec une ficelle, et les pâtisseries mūchī sont cuites à la vapeur pendent une trentaine de minutes[1].

Les feuilles d’atoumo peuvent être remplacées dans certaines communautés par des feuilles de latanier[1].

Histoire

Festival célébré autour de Shuri

La première mention de l’uni-mūchī se trouve dans le Ryūkyū-koku yurai-ki, un ouvrage compilé par le gouvernement royal en 1713. L’article mentionne la légende originelle de la jeune sœur qui défait son frère devenu un démon et précise que l’événement est célébré lors de la tige céleste de l’étoile du soir (?) du douzième mois lunaire[9].

Il est très possible que ce festival n’ait pas été alors répandu dans la population : les dates des festivals liés aux tiges célestes ne sont pas, contrairement à ceux liés aux premiers et quinzièmes jours des mois lunaires, directement déductibles par la forme de la lune et seules les personnes ayant accès à un calendrier précis pouvaient en avoir connaissance. Il est probable qu’au début du XVIIIe siècle, le festival uni-mūchī de l’étoile du soir faisait partie des cérémonies saisonnières pratiquées par le roi et le gouvernement royal et était uniquement célébré par les familles nobles autour de Shuri qui avaient accès à un calendrier [9].

Cette théorie implique que le lieu d’origine du festival se situe dans la zone autour de Shuri[9].

Le cas de Kadekaru

Bien que le Ryūkyū-koku yurai-ki recense les lieux de culte et festivals religieux de plus de cinq cent villages, le festival de mūchī est uniquement mentionné dans les articles du château de Shuri, du village de Kanagusuku (金城?) à Shuri, des « îles périphériques » et du village de Kadekaru (嘉手苅?) dans le magiri de Nishihara[9].

Le festival de mūchī de Kadekaru est enregistré comme l’une des cérémonies saisonnières de la résidence Uchima Udun (en), qui est un lieu de culte construit à l’emplacement de l’ancienne résidence de Kanamaru (qui deviendra le roi Shō En, fondateur de la seconde dynastie Shō). Il s’agit d’un lieu de culte lié au gouvernement royal, ce qui explique la pratique du festival de mūchī dans ce lieu éloigné de Shuri avant sa diffusion généralisée dans l’île d’Okinawa[9].

Diffusion

En 1736, la date du festival est modifiée par le gouvernement royal, et déplacée du jour de l’étoile du soir au huitième jour du douzième mois, qui est toujours sa date actuelle[11]. Il est probable que le déplacement du festival vers un jour qu’il est possible de déterminer facilement en observant les phases de la lune a conduit à sa diffusion dans la population[9].

Il semble que le festival se diffuse au départ dans la population non pas autour de Shuri mais autour d’Uchima Udun. Uchima Udun étant situé dans une zone rurale, entouré par des résidences paysannes, il est possible que les populations alentours aient eu plus facilement connaissance des cérémonies menées dans ce lieu de culte, comparé au caractère très fermé de celles pratiquées par le gouvernement royal ou les familles nobles à Shuri[9].

Notes et références

Related Articles

Wikiwand AI