National War Memorial (Australie-Méridionale)

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Nom localNational War Memorial
LocalitéAdélaïde
National War Memorial
Le National War Memorial à Adélaïde
Le National War Memorial à Adélaïde
Présentation
Nom local National War Memorial
Géographie
Pays Australie
État Australie-Méridionale
Localité Adélaïde
Coordonnées 34° 55′ 16″ sud, 138° 36′ 05″ est

Le Mémorial national de la guerre (National War Memorial) est un monument situé au nord du centre-ville d'Adélaïde, en Australie-Méridionale.

Il commémore les Sud-Australiens ayant servi pendant la Première Guerre mondiale et ceux qui y ont perdu la vie.

Inauguré en 1931, il se trouve à l'angle de North Terrace et de Kintore Avenue, à proximité de la résidence du gouverneur général. Des commémorations y sont organisées tout au long de l'année, avec des cérémonies importantes le jour de l'ANZAC () et le jour du Souvenir (11 novembre).

L'avant du monument à deux faces représente un prologue à la guerre : une vision ailée devant les jeunes de l'Australie-Méridionale (représentés par une jeune femme, un étudiant et un fermier) les attire vers l'idéal du « Sacrifice », auquel ils ne sont pas encore préparés
La face arrière représente un épilogue de la guerre : un esprit ailé incarnant la féminité porte une couronne commémorative tout en élevant dans les airs un jeune homme terrassé.

Les deux thèmes du monument – visibles de chaque côté – représentent respectivement le prélude et l'épilogue de la guerre, illustrant à la fois la volonté de la jeunesse de répondre à l'appel du devoir et les sacrifices qu'elle a dû consentir. Les symboles de la guerre elle-même et de ses participants sont absents. Ce symbolisme, selon les concepteurs, ne représente pas une victoire au sens traditionnel du terme, mais une victoire spirituelle, où se manifeste la « volonté de servir et de se sacrifier » :

C'est le sacrifice personnel collectif de la victoire sur soi-même qui s'exprime dans les deux scènes. Le renoncement à tout ce qui rendait la vie douce, à la vie elle-même, par les hommes qui se sont enrôlés, ont peiné, ont combattu et sont morts ; par les femmes qui ont attendu, travaillé, secouru et souffert[1],[2].

Histoire

Proposé initialement en 1919, le mémorial est financé par le Parlement d'Australie-Méridionale, devenant ainsi le premier monument aux morts d'un État australien à être officialisé après la guerre. Le projet est sélectionné à l'issue de deux concours d'architecture. Le premier, en 1924, reçut 26 propositions, toutes perdues avant la fin des délibérations du jury, un incendie ayant ravagé le bâtiment qui les abritait. Lors d'un second concours organisé en 1926, 18 projets sont présentés, et celui du cabinet d'architectes Woods, Bagot, Jory & Laybourne-Smith est choisi.

Près de 35 000 Sud-Australiens ont servi pendant la Première Guerre mondiale. Ce nombre représentait 8,5 % de la population de l'État à l'époque, soit 37,7 % des hommes âgés de 18 à 44 ans[3]. Parmi eux, plus de 5 000 Sud-Australiens sont morts au combat[4]. En réaction à ces décès, Archibald Peake, Premier ministre d'Australie-Méridionale, a demandé au Parlement de l'État de financer un mémorial commémorant la victoire et le sacrifice des soldats tombés au champ d'honneur. La motion, présentée en , est adoptée à l'unanimité par l'Assemblée législative et le Conseil législatif[5]. Avec l'adoption de cette motion, le gouvernement d'Australie-Méridionale est devenu le premier en Australie à choisir de construire un mémorial en hommage aux soldats de la Première Guerre mondiale[6].

Le Parlement a décidé que le nouveau mémorial serait appelé « Mémorial national de la guerre » (National War Memorial), bien qu'il s'agisse d'un monument purement sud-australien et malgré le fait que ce terme soit déjà utilisé pour désigner le mémorial de la guerre des Boers de 1899-1902. Au moins deux hypothèses ont été avancées pour expliquer le choix du terme « national ». Premièrement, comme l'a observé Donald Richardson, ce nom a peut-être été choisi pour souligner la volonté du gouvernement que le mémorial commémore tous ceux qui ont servi pendant la guerre, et non seulement ceux originaires d'Australie-Méridionale ; et deuxièmement, Ken Inglis a soutenu que ce nom reflétait peut-être la perception (encore répandue malgré la fédération) que la « province est une nation ».

Louis Laybourne Smith (en), l'architecte qui, avec Walter Bagot (en) et Rayner Hoff (en), est en grande partie responsable du projet gagnant.
Vue de North Terrace, orientée vers l'est, avec le mémorial au premier plan (vers 1940).

Construction

Première étape de la construction, vers 1928

La construction du mémorial débute en 1928 par la découpe et la mise en place de blocs de marbre provenant de Macclesfield et d'Angaston[1]. La South Australian Monumental Works est choisie pour les travaux, sous la direction d'Alan Tillett. Bien qu'aucun sculpteur n'est nommément désigné dans le cahier des charges, un candidat potentiel y est mentionné, soit Rayner Hoff (en), sculpteur anglais installé à Sydney[7]. Hoff réalise les dessins des sculptures dans son atelier de Sydney ; les fontes en bronze, d'après ses modèles en plâtre, sont produites par la firme sud-australienne AW Dobbie and Company. Rayner Hoff avait exprimé des doutes quant à la capacité d'une entreprise sud-australienne à travailler des bronzes de la taille requise, mais un essai de fonte de la tête de lion du mémorial suffit à dissiper ses craintes. Les deux reliefs d'anges, sculptés dans le marbre d'Angaston, sont réalisés in situ par Julius Henschke d'après les dessins de Rayner Hoff, initialement réalisés à l'aide de modèles en plâtre au tiers de leur taille réelle, qu'il ajuste ensuite à l'échelle finale.

Des retards importants sont survenus lors de la construction suite à une grève des tailleurs de pierre, qui réclamaient une semaine de 44 heures et une rémunération au tarif « extérieur ». Le salaire des tailleurs de pierre était calculé selon que les travaux devaient être effectués sur le chantier, en plein air, ou à l'intérieur, sous abri. Alan Tillett appliquait le tarif « intérieur », plus bas, bien que la majeure partie du travail se déroulât sur le chantier. Or, Tillett avait soumissionné sur la base d'une semaine de 48 heures au tarif intérieur, et le versement d'un supplément aurait engendré d'importantes difficultés financières. Alan Tillett obtient finalement gain de cause devant les tribunaux , mais la grève avait causé un préjudice financier considérable à l'entreprise, qui est mise sous administration judiciaire en 1930 et reste dans cet état jusqu'à l'achèvement du mémorial[8].

Le gouvernement d'Australie-Méridionale avait alloué 25 000 £ au projet de mémorial. On estimait que la majeure partie des dépenses serait consacrée à la maçonnerie (15 300 £), aux sculptures (8 500 £) et à l'aménagement paysager (1 200 £). Le coût final s'est élevé à environ 30 000 £[9].

Vue prise aux environ de 1940, montrant l'emplacement du mémorial par rapport à la résidence du gouverneur (en) (Government House), visible à gauche.

Ouverture

Le Mémorial national de la guerre de l'Australie-Méridionale devient le quatrième mémorial d'État consacré à la Première Guerre mondiale à être inauguré lorsqu'il est dévoilé en 1931. Ken Inglis observe que cela correspond à l'importance de la circonscription, affirmant que « plus vaste est la collectivité que chacun de ces hommages collectifs doit représenter, plus tard ils est édifiés »[10]. Il est dévoilé devant une foule de près de 75 000 personnes la journée de l'ANZAC, le (16e anniversaire du débarquement de Gallipoli), par le gouverneur Sir Alexander Hore-Ruthven[9]. La foule, « une foule comme on n'en avait pas vu se rassembler dans la ville de mémoire d'homme »[11] ne peut tenir devant le mémorial ; plusieurs milliers de personnes se réunissent donc à la Croix du Sacrifice (en) (Cross of Sacrifice), dans les jardins de Pennington (Pennington Garden), afin d'assister à une cérémonie ultérieure[12]. Hore-Ruthven est présenté par le premier ministre par intérim de l'État, Bill Denny MC, dont la participation au dévoilement est, selon Inglis, inhabituelle pour un homme politique travailliste[13].

Activités commémoratives

Le premier service de l'aube organisé au mémorial a eu lieu le jour de l'Anzac en 1935 et a rassemblé entre 200 à 300 personnes[14].

Travaux de restauration

En 2001, année du 70e anniversaire du mémorial, un programme de remise en état d'une durée de trois mois est entrepris, permettant de restaurer les éléments en bronze et en pierre et de renforcer les fondations. Les travaux s'achèvent quelques jours seulement avant les cérémonies du Jour du Souvenir (Remembrance Day)[15]. En 2002, les architectes chargés de la restauration, Bruce Harry & Associates, reçoivent un Heritage Merit Award (prix du mérite patrimonial) pour leur intervention sur le mémorial, distinction décernée par le Royal Australian Institute of Architects (Institut royal des architectes australiens)[16].

Conception

Le règlement du concours limite l'emprise du mémorial à un « demi-acre » de terrain détaché du domaine de la Government House (en). Le projet présenté par Woods, Bagot, Jory & Laybourne-Smith répondait aisément à cette exigence, le monument étant conçu pour s'inscrire dans une ellipse de 18,3 m de grand axe et de 15,5 m de petit axe. D'une hauteur supérieure à 14 m, l'édifice est soigneusement implanté en retrait de North Terrace afin de ménager un espace destiné à « des rassemblements publics de caractère cérémoniel » et de permettre l'élargissement projeté de la voie[17].

Le monument sert de cadre à deux scènes  le prologue et l'épilogue de la guerre  représentées par les reliefs en marbre et les statues en bronze de Rayner Hoff (en). Les architectes désignaient ces deux faces comme l'avers et le revers de l'œuvre, les comparant aux deux faces d'une pièce de monnaie[18]. Chaque scène est un relief sculpté dans du marbre d'Angaston et encadré par une arche « brute » taillée dans du marbre de Macclesfield ; les marches en granit menant au monument sont construites en granit de Harcourt, dans l'État de Victoria, comme prévu dans le projet initial (les architectes avaient préféré le granit local de West Island (en), mais reconnaissaient que le granit de Harcourt était « le meilleur disponible » à moins que le gouvernement n'accepte de rouvrir la carrière de West Island)[19]. Les matériaux sont choisis afin d'assurer une continuité avec le Parlement, situé à proximité, le long de North Terrace.

Pour symboliser le prologue de la guerre, la face du monument (celle qui fait face à North Terrace) présente un relief représentant l'Esprit du Devoir apparaissant comme une vision à la jeunesse d'Australie-Méridionale. Cette jeunesse est représentée dans l'œuvre par un groupe sculptural composé d'une jeune femme, d'un étudiant et d'un fermier abandonnant les « symboles de leur métier »[20]. Tous trois sont vêtus de vêtements ordinaires, car ils ne sont pas encore soldats et ne sont pas préparés à la guerre à venir[21]. Ils tournent le dos au monde extérieur, absorbés par la vision qui se présente à eux[6]. Dans le projet initial de Walter Bagot (en), présenté au concours de 1924, il ne devait y avoir qu'une seule figure nue agenouillée devant la vision (pour laquelle Bagot posa lors d'un séjour en Europe), mais la proposition de Laybourne Smith en 1926 est d'une ampleur bien plus grande. De plus, les dessins originaux de Bagot étaient naturalistes, l'Esprit du Devoir étant représenté par une figure féminine. Sous la direction de Rayner Hoff (en), la figure devint masculine et le style des reliefs est modifié pour adopter l'Art déco, un style artistique radicalement nouveau pour l'Australie à l'époque[22]. Rayner Hoff, cependant, présenta le groupe sculptural dans le style naturaliste original, établissant ainsi un lien entre l'architecture de style Renaissance et l'Art déco des reliefs[23].

Au revers du monument, face à la circulation, se trouve un bas-relief sculpté dans le marbre représentant l'épilogue de la guerre et dépeignant l'Esprit de Compassion sous les traits d'un esprit féminin ailé portant un jeune homme brisé[24]. Sous la figure se situe la Fontaine de la Compassion, dont le jet d'eau symbolise le « flux constant des souvenirs » » ; la tête de lion d'où elle émerge (ornée de la couronne impériale) représente le Commonwealth britannique[21].

Les concepteurs ont reconnu que le symbolisme – notamment celui du revers – ne représente pas la « victoire » au sens traditionnel du terme. Ils ont affirmé que « l'Arc de Triomphe, érigé en l'honneur d'un César, d'un Napoléon, n'exprime plus les sentiments de la démocratie moderne après une lutte internationale »[25]. Le mémorial représente plutôt une victoire spirituelle, manifestant une « volonté de servir et de se sacrifier »[26].

L'une des plaques de bronze à l'intérieur du mémorial, qui répertorie les noms des Sud-Australiens morts pendant la guerre.

À l'intérieur du mémorial, les architectes ont ajouté un sanctuaire intérieur, ou salle d'archives, où pouvaient être inscrits les noms des Sud-Australiens tombés pendant la guerre. Bien que le projet ne précise pas la forme exacte que prendrait cet espace dans le mémorial achevé[27], ces noms sont gravés dans les bronzes qui ornent les murs[1].

Des plaques de bronze furent apposées sur un mur du sanctuaire intérieur en hommage aux morts de la guerre, grâce à une contribution de 3 500 £ de la Ligue des anciens combattants. Des plaques sur le mur opposé recensaient les Sud-Australiens ayant servi pendant le conflit[28]. Au-dessus des deux entrées du sanctuaire devaient être inscrits les noms des principaux théâtres d'opérations où les Australiens avaient combattu durant la Première Guerre mondiale. Initialement, il avait été proposé d'inscrire d'un côté l'Égypte, Gallipoli et la Palestine, et de l'autre la France ; dans la version finale, la Belgique est ajoutée à la liste.

Le projet prévoyait également un cénotaphe à l'intérieur du sanctuaire, qui, selon les concepteurs, pourrait servir soit de représentation symbolique du soldat inconnu, soit de marqueur d'une véritable tombe[29]. Cet élément ne sera jamais réalisé.

Bien que le centre-ville d'Adélaïde soit conçu selon les points cardinaux, le monument est orienté à 45 degrés par rapport à North Terrace. Les architectes ont avancé deux raisons à cela. Premièrement, il est observé que « les monuments souffrent d'un éclairage monotone » lorsqu'ils sont orientés vers le sud ; et deuxièmement, l'orientation du monument vers le nord-ouest permet de l'aligner à la fois avec la Croix du Sacrifice et la cathédrale Saint-Pierre. Outre ces deux arguments, Donald Richardson note également que la position diagonale du mémorial permet aux rayons du soleil levant d'éclairer sa façade[30].

Monuments commémoratifs à proximité

Notes et références

Annexes

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