Nevado del Ruiz
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| Nevado del Ruiz | |||
Vue du Nevado del Ruiz en 1985. | |||
| Géographie | |||
|---|---|---|---|
| Altitude | 5 321 m[1] | ||
| Massif | Cordillère Centrale (Andes) | ||
| Coordonnées | 4° 53′ 42″ nord, 75° 19′ 19″ ouest[1] | ||
| Administration | |||
| Pays | |||
| Départements | Caldas, Tolima | ||
| Ascension | |||
| Première | 1936 par W. Cunnet et A. Gansser[2] | ||
| Voie la plus facile | Depuis Manizales, par le nord-ouest | ||
| Géologie | |||
| Âge | Pléistocène[1] | ||
| Roches | Andésite, andésite basaltique, dacite[1] | ||
| Type | Volcan de subduction | ||
| Morphologie | Stratovolcan | ||
| Activité | En éruption | ||
| Dernière éruption | depuis le | ||
| Code GVP | 351020 | ||
| Observatoire | Observatoire volcanologique et sismologique de Manizales | ||
| Géolocalisation sur la carte : Colombie
Géolocalisation sur la carte : Caldas (relief)
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Le Nevado del Ruiz est un volcan de la cordillère des Andes, un des plus élevés de Colombie. Il culmine à 5 321 mètres d'altitude. Comme son nom l'indique, il est recouvert de glaciers, lesquels entourent le cratère Arenas et sont en phase de régression rapide. Issu d'un volcanisme de subduction, le Nevado del Ruiz a connu de fréquentes éruptions pliniennes au cours de l'Holocène. Celle de 1985 a été l'une des plus meurtrières de l'histoire en rasant notamment la ville d'Armero. En effet, le mélange de cendres et d'eau de fonte provoque régulièrement des lahars dévastateurs. Le volcan est désormais en constante observation afin de protéger au mieux les centaines de milliers de personnes vivant dans les vallées à ses pieds.
La montagne a été gravie pour la première fois en 1936. Sa faune et sa flore, qui comportent plusieurs espèces endémiques de la cordillère Centrale, sont protégées au sein du parc national naturel de Los Nevados.
En espagnol, l'adjectif nevado signifie « enneigé » ; par substantivation, un nevado désigne plus particulièrement, en Amérique, une montagne couverte de neiges éternelles[3]. Le Nevado del Ruiz est également appelé Paramo de Ruiz[4] et Mesa de Herveo[5] (la « table de Herveo »). À l'époque précolombienne, il était nommé Kumanday[6], soit la « montagne blanche », ou Tabuchía, c'est-à-dire la « chandelle » ou le « feu », mais encore Tama, le « doyen » ou le « grand-père »[7]. Il est surnommé le « lion endormi »[8].
Géographie
Situation

Le Nevado del Ruiz est un volcan situé en Colombie, à la limite des départements de Caldas et Tolima, à 130 kilomètres à l'ouest de Bogota et 30 kilomètres au sud-est de Manizales. L'océan Pacifique s'étend à 220 kilomètres à l'ouest. La montagne se trouve dans la cordillère des Andes, plus précisément au sein de la cordillère Centrale, et fait partie d'une chaîne volcanique composée de six édifices principaux qui, du sud au nord, portent le nom de Cerro Machín, Nevado del Tolima, Nevado de Quindio, Santa Isabel, Nevado del Ruiz et Cerro Bravo[9],[10].
Topographie

Le Nevado del Ruiz s'élève à 5 321 mètres d'altitude[1]. Il s'agit d'un stratovolcan de taille moyenne, grossièrement conique, composé de strates de coulées de lave solidifiées et de dépôts de téphras, avec un sommet relativement plat recouvert d'un glacier de moins de 10 km2. L'édifice moderne est constitué de cinq dômes de lave, tous compris dans la caldeira de l'édifice ancestral : le Nevado del Cisne, l'Alto de la Laguna, l'Alto la Pirana, l'Alto de Santano et la Olleta[4]. Ce dernier, sur le versant sud-ouest du volcan, est désormais inactif mais a pu entrer en éruption depuis le début de notre ère[1]. L'ensemble couvre une surface de 200 km2 et s'étend sur 65 kilomètres d'est en ouest[11]. Le sommet principal abrite le cratère Arenas qui mesure un kilomètre de diamètre et 240 mètres de profondeur[1]. La partie supérieure du volcan a des pentes raides, avec des inclinaisons de 20 à 30° ; le relief de la partie inférieure s'adoucit avec des pentes d'environ 10°. Les piémonts s'étendent pratiquement jusqu'au fleuve Magdalena au nord et la rivière Cauca à l'ouest[12]. Sur les deux versants principaux du sommet, des escarpements montrent l'avancée maximale d'anciens glissements de terrain[1],[13].
Hydrographie

Les glaciers du Nevado del Ruiz se sont formés il y a plusieurs milliers d'années et sont en phase de retrait quasi continu depuis le dernier maximum glaciaire. De 28 000 à 21 000 ans BP, la calotte locale occupe environ 1 500 km2 dans le chaînon du Ruiz-Tolima. Vers 12 000 ans BP, alors que les glaciers sont déjà en phase de retrait, ils couvrent encore 800 km2. Au cours du petit âge glaciaire, qui dure de 1600 à 1900 environ, ils occupent approximativement 100 km2[14].
Depuis, les glaciers ont reculé encore sensiblement en raison du réchauffement climatique[15]. En 1959, leur superficie a chuté à 34 km2[15]. Depuis l'éruption de 1985, qui a détruit 10 % de la calotte sommitale, elle a encore diminué de moitié pour passer de 17-21 km2 selon les estimations à 10 km2 en 2003. Les glaciers, qui atteignaient 4 500 mètres d'altitude en 1985, sont remontés à 4 800 voire 4 900 mètres d'altitude en 2007[15].
La calotte locale a une épaisseur moyenne d'environ 50 mètres. Elle atteint 190 mètres dans certaines parties du plateau sommital et au niveau du glacier Nereides, sur le versant sud-ouest. Les glaciers du versant septentrional et, dans une moindre mesure, du versant oriental sont ceux qui ont le plus fondu lors de l'éruption de 1985[9] ; ils ne dépassent plus 30 mètres d'épaisseur[16]. La calotte recouvrant le plateau sommital pourrait cacher une caldeira. En effet, cinq dômes entourant le sommet ont émergé à la suite du retrait des glaciers[16].
L'eau de fonte des glaciers alimente directement la rivière Cauca et le fleuve Magdalena, respectivement au pied des versants occidentaux et orientaux[12]. Le ruissellement provenant de ces glaciers et de ceux des volcans alentour est une source d'eau potable pour une quarantaine de villes en aval. Les autorités et les scientifiques colombiens sont préoccupés par l'approvisionnement des villes dans le cas où les glaciers viendraient à fondre complètement[17].
Géologie
Le Nevado del Ruiz se situe à la limite de la plaque sud-américaine, à l'aplomb de la zone de subduction de la plaque de Nazca. Il fait partie de la ceinture de feu du Pacifique[18]. L'arc volcanique se trouve à l'intersection de quatre failles, dont certaines sont actives[15]. Comme c'est fréquemment le cas pour le volcanisme de subduction, le Nevado del Ruiz est susceptible de produire des éruptions pliniennes, de type explosif, avec des nuées ardentes qui peuvent faire fondre la neige et les glaciers au sommet et entraîner des lahars dévastateurs[6].

Le volcan naît il y a 1,8 million d'années, au début du Pléistocène[15]. Trois phases éruptives ont été identifiées au cours de son histoire : ancestrale, ancienne et actuelle. Durant la phase ancestrale, entre 1,8 et 1 million d'années BP, un complexe de larges stratovolcans se met en place[10]. Entre 1 et 0,8 million d'années BP, ils s'effondrent partiellement sur eux-mêmes, formant une vaste caldeira de 5 à 10 kilomètres de diamètre. Durant la phase ancienne, entre 800 000 et 200 000 ans BP, un nouveau complexe de larges stratovolcans apparaît, incluant le Nevado del Ruiz « ancien », le Nevado del Tolima, le Nevado de Quindio et le Santa Isabel. De nouveau, entre 200 000 et 150 000 ans BP, des caldeiras sommitales explosives se forment[10]. La phase actuelle commence il y a 150 000 ans et voit le développement du présent édifice par le biais de l'apparition de dômes de lave constitués d'andésite et de dacite à l'intérieur de l'ancienne caldeira[1],[15].
Climat
Entre 2 300 et 3 800 mètres d'altitude, le climat de la montagne se caractérise par des températures comprises entre 6 et 14 °C tout au long de l'année et des précipitations cumulées de 2 000 à 3 000 mm. Entre 3 800 m et 4 500 mètres d'altitude, les températures chutent entre 0 et 6 °C tandis que les précipitations annuelles sont de l'ordre de 1 500 à 2 000 mm[19]. Au-delà de ces altitudes se trouve l'étage nival : les températures sont fréquemment négatives et les précipitations tombent généralement sous forme de neige. Sur le versant occidental, le gradient thermique adiabatique est de 0,54 °C tous les 100 mètres contre 0,51 °C sur le versant oriental[19].
Faune et flore

Le Nevado del Ruiz est globalement recouvert d'une faible végétation en raison de son altitude et l'épaisseur de la forêt diminue au fur et à mesure que le sommet se rapproche. Sur les piémonts, des forêts mésiques se développent, abritant des arbres de 20 à 35 mètres de hauteur. Entre celle-ci et la limite des arbres, les pentes de la montagne sont couvertes de forêts naines, avec des spécimens de 3 à 8 mètres de haut. Au-delà, dans la zone du Páramo, la végétation est dominée par des herbes à tussack et des espèces d’Espeletia[19]. La région abrite des espèces boisées appartenant aux familles de Rubiaceae, Leguminosae, Melastomataceae, Lauraceae et Moraceae. Les plantes à fleurs sont représentées par les familles de Polypodiaceae, Araceae, Poaceae, Asteraceae, Piperaceae ou encore Orchidaceae[19].
Parmi les animaux présents sur les flancs du volcan figurent le Tapir des montagnes (Tapirus pinchaque) et l'Ours à lunettes (Tremarctos ornatus), tous deux menacés[19]. Le Toui à front roux (Bolborhynchus ferrugineifrons), le Colibri casqué (Oxypogon guerinii) et Osornophryne percrassa sont des espèces endémiques de la cordillère Centrale. En tout, la montagne abrite 27 espèces d'oiseaux endémiques de Colombie, dont 14 confinées à la région autour du Nevado del Ruiz. Quinze d'entre elles sont considérées comme menacées[19].



