Ni pays ni exil est un recueil de poèmes de Ricardo Boucher publié chez Legs Édition. Présenté comme une poésie de résistance et d’action, le livre cherche à donner voix aux victimes de la dictature duvaliériste et aux opprimés en général, en élargissant ce geste à d’autres figures disparues dans les violences politiques ou sociales, en Haïti comme ailleurs. L’éditeur souligne une volonté de dénoncer les inégalités, d’évoquer la mémoire collective et de s’inscrire dans une tradition de lutte pour la dignité humaine.
L’ouvrage réunit vingt-trois poèmes qui oscillent entre hommages, adresses et exhortations à la révolte. Le vocabulaire employé relève d’un lexique revendicatif ouvrier, peuple, liberté, exil qui place la poésie dans une perspective militante. Toutefois, la critique relève que ce projet s’inscrit dans une tradition déjà ancienne de la littérature haïtienne où l’engagement poétique a toujours occupé une place importante, de Jacques Roumain à René Depestre, et qu’il ne constitue pas une rupture radicale[4].
Sur le plan formel, la langue de Boucher privilégie l’immédiateté du sens et l’abondance d’images liées à la souffrance et à la lutte. Si cette démarche témoigne d’une volonté d’actualiser la fonction sociale de la poésie, certains passages sont jugés en décalage avec les réalités contemporaines ou manquant de force suggestive. Ainsi, Ni pays ni exil apparaît comme une tentative d’articuler mémoire, dénonciation et lyrisme, mais qui soulève la question du rapport entre engagement et exigence esthétique dans la poésie haïtienne d’aujourd’hui[5].