Nicola Trussardi

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Décès
(à 56 ans)
Milan, Italie
Nationalité
Italienne
Nicola Trussardi
Biographie
Naissance
Décès
(à 56 ans)
Milan, Italie
Nationalité
Italienne
Formation
Activité
Période d'activité
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Enfants
Gaia Trussardi (d)
Tomaso Trussardi (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Distinction

Nicola Trussardi, né à Bergame (Italie) le et mort à Milan le , fut un entrepreneur et créateur de mode italien. Héritier d'une entreprise familiale fondée en 1911 et spécialisée dans la ganterie en cuir, il en prit la direction au début des années 1970 et en transforma l'activité en une maison de mode active dans le secteur du luxe.

Sous sa direction, la marque Trussardi élargit son offre aux accessoires, au prêt-à-porter, aux parfums et au design d'intérieur, tout en développant un réseau international de boutiques en Europe, aux États-Unis et au Japon. Son approche associait tradition artisanale du cuir, diversification des lignes de produits et mise en scène des défilés, contribuant à positionner l'entreprise parmi les acteurs de la mode italienne des années 1980 et 1990.

Parallèlement à son activité industrielle, Nicola Trussardi s'engagea dans le mécénat culturel et fonda en 1996 la Fondation Nicola Trussardi, consacrée à l'art contemporain. Figure de la vie économique et culturelle milanaise, il mourut à 56 ans à la suite d'un accident de la route, laissant un groupe estimé à plusieurs centaines de millions de dollars et une marque identifiée au symbole du lévrier.

Né le à Bergame dans une famille d'industriels, il étudia l'économie à l'Université catholique du Sacré-Cœur de Milan. Il reprit l'entreprise fondée par son grand-père en 1911, initialement spécialisée dans la fabrication de gants en cuir de haute qualité[1].

Au cours des années 1970, il orienta l'entreprise vers la mode et les accessoires, donnant naissance à la marque Trussardi. L'expansion internationale débuta dans les années 1980 avec l'ouverture de boutiques en Europe, puis aux États-Unis et au Japon[2].

Développement de l'entreprise

Vue du Palazzo Trussardi à Milan.

Expansion et diversification

Innovation produit et technique

Diplômé en sciences économiques de l'Université catholique de Milan, Nicola Trussardi rejoignit l'entreprise familiale en 1970. À la mort de son père Giordano, survenue à la fin des années 1970, il en prit la direction, héritant d'un savoir-faire artisanal dans le travail du cuir[3]. Il réorganisa alors la tannerie avec des techniciens spécialisés et développa de nouveaux procédés de tannage et de finition du cuir.

Développement commercial

En 1976, la première boutique monomarque fut inaugurée via Sant'Andrea, à Milan[3]. En 1985, l'entreprise réalisait un chiffre d'affaires de 182 millions de dollars et comptait environ 120 boutiques et magasins en franchise dans le monde, dont dix en propriété directe[4]. Dans les années 1990, le réseau de distribution dépassait les 200 points de vente[5].

Diversification des lignes de produits

En 1973, une première collection d'accessoires — sacs, foulards, petite maroquinerie — fut lancée[3]. L'offre s'élargit ensuite aux portefeuilles, chaussures, ceintures et valises, puis au vêtement en cuir. Le prêt-à-porter féminin fut présenté en 1983 à la Scala ; la ligne masculine défila en 1984 au Pavillon d'Art Contemporain[3]. La ligne enfant Trussardi Junior et la ligne Trussardi Jeans furent lancées respectivement à la même période et en 1986[5].

Parfums

Le premier parfum Trussardi fut lancé en 1980, suivi en 1982 par « Trussardi Uomo » et « Trussardi Donna »[3]. La production et la distribution furent initialement confiées à ICR (Industrie Cosmetiche Riunite), entreprise milanaise du secteur[6]. En 1992, le groupe acquit la totalité des actions de Trussardi Parfums, société active dans la distribution sélective de parfums et cosmétiques[3].

Collaborations et projets spéciaux

Trussardi collabora avec Agusta Elicotteri pour la conception d'intérieurs d'avions et d'hélicoptères, et participa à la création d'une Innocenti Mini de série spéciale[3]. Des partenariats furent également conclus avec Alitalia, Lancia et Alfa Romeo pour la personnalisation d'habitacles[3]. En 1988, il conçut les tenues de la délégation italienne aux Jeux olympiques de Séoul[7].

Engagement éthique

À l'occasion du défilé automne-hiver 1989-1990, Trussardi utilisa exclusivement de l'éco-cuir et remit aux invités une lettre de protestation contre la déforestation des forêts tropicales et l'utilisation de fourrure animale, accompagnée d'une souscription en faveur du WWF[7],[3].

Présence au Japon et résultats économiques

Le marché japonais représentait environ 70 % des exportations du groupe depuis l'Italie. À la suite d'un accord de licence conclu en 1992, quelque 200 magasins Trussardi Levriero furent implantés au Japon[3]. À la mort de Nicola Trussardi en 1999, la valeur du groupe était estimée à environ 480 millions de dollars[8].

Città della Moda

Au moment de sa mort, Trussardi travaillait à un projet urbain pour Milan dénommé Città della Moda, destiné à regrouper écoles de mode, espaces de défilés et structures d'accueil pour les acheteurs internationaux[8]. Le projet fut abandonné après sa disparition, bien que des éléments en aient été repris ultérieurement dans le quartier Garibaldi-Repubblica[9].

Style et collections

Héritage et travail du cuir

Lorsqu'il reprit l'entreprise en 1970, Trussardi hérita d'un savoir-faire artisanal dans le travail du cuir, spécialisé à l'origine dans la ganterie de luxe. Dès 1911, la maison fondée par son grand-père Dante fournissait la famille royale britannique[10]. Il appliqua l'excellence de la maroquinerie à l'ensemble du vêtement, faisant du cuir sa signature esthétique[11].

Identité visuelle : le lévrier

En 1973, il adopta comme logo un lévrier gris inscrit dans un ovale, animal choisi pour symboliser l'agilité, la rapidité et l'élégance[10],[12].

Défilés événementiels

Portrait de Nicola Trussardi en 1982.

Entre 1983 et 1984, Trussardi présenta ses premières lignes femme et homme dans des espaces publics de Milan — la piazza del Duomo, la gare centrale et le Piccolo Teatro —, rendant ses défilés accessibles à un public large[13].

Il fit construire le Palatrussardi (aujourd'hui Mediolanum Forum), salle de 12 000 places destinée à accueillir défilés et événements internationaux, dont un concert de Frank Sinatra en 1986[10],[14].

Extension vers le style de vie

Trussardi fut l'un des premiers industriels italiens à développer le concept de lifestyle, étendant sa marque à différents aspects de la vie quotidienne. Dans les années 1980 et 1990, il lança des lignes d'accessoires, de parfums, de lunettes et de design d'intérieur[15].

En 1996, il ouvrit à Milan un premier flagship au Palais Marino, espace réunissant boutiques, showrooms, galeries d'exposition, bar et restaurant[10].

Controverses et réception critique

Une place à part dans le milieu de la mode

Selon son fils Tomaso Trussardi, Nicola Trussardi aurait été marginalisé par les grands noms de la mode italienne de son époque. Intervenant dans le podcast « 1 % » de Giacomo Freddi en , Tomaso déclare que son père était traité comme un « diverso » (un marginal) et affirme que des stylistes influents l'auraient écarté de leurs défilés et des salons professionnels[16]. Selon cette version, Trussardi était pénalisé pour ne pas correspondre au stéréotype attendu dans son milieu[17].

Tomaso Trussardi évoque également les origines bergamasques de son père et son parcours de maroquinier, qui lui valaient d'être perçu comme un simple « pellettiere » (peaussier)[18],[19].

Stratégie alternative

Face à ces obstacles, Trussardi présenta ses collections en dehors des circuits traditionnels, anticipant une pratique qui deviendrait courante dans le secteur[16],[17].

La presse italienne note que parmi les noms cités par Tomaso Trussardi (Missoni, Armani, Versace, Krizia, Fiorucci, Ferré), certains n'étaient pas homosexuels, ce qui nuance l'affirmation d'une discrimination fondée uniquement sur l'orientation sexuelle[17]. Ces déclarations, non corroborées par des sources indépendantes, ont rouvert le débat sur les dynamiques d'inclusion et d'exclusion dans la mode italienne des années 1980 et 1990[20].

Engagement culturel et mécénat

Collection et fondation

Nicola Trussardi constitua une collection personnelle d'œuvres d'art, notamment de Giorgio de Chirico et René Magritte[21]. En 1996, il fonda à Milan la Fondation Nicola Trussardi, institution à but non lucratif consacrée à l'art contemporain[22].

Autres projets

Outre les uniformes olympiques de Séoul en 1988[23], Trussardi réalisa la décoration d'hélicoptères et de bateaux, ainsi que les intérieurs de la compagnie aérienne Alitalia[24]. Il collabora également comme costumier avec les réalisateurs Pier Paolo Pasolini et Giorgio Strehler[21].

Vie publique milanaise

Figure de la vie culturelle et sociale milanaise, il fréquentait l'ancien président du Conseil Bettino Craxi[24] et présidait le comité Liebes Bergamo, association de soutien à sa ville natale[24].

Le Palatrussardi (aujourd'hui Mediolanum Forum), salle de concert et d'événements, est nommé en son honneur[24]. Il apparut dans son propre rôle dans le film Prêt-à-porter de Robert Altman (1994)[21].

Héritage

Sa fille Beatrice Trussardi prit la présidence de la fondation à partir de 2003[22],[24].

Vie privée

Famille Trussardi.

Nicola Trussardi épousa Maria Luisa Gavazzeni, rencontrée à Bergame. Maria Luisa Gavazzeni travailla avec lui en tant que directrice créative de l'entreprise[25],[4].

Le couple eut quatre enfants : Beatrice (née en 1971), Francesco (né en 1976), Gaia (née en 1980) et Tomaso (né en 1983)[26],[4].

La famille résidait dans un palazzo du XVIe siècle siècle à Bergame, acquis en 1983[27]. Nicola Trussardi possédait également une villa sur l'île d'Elbe, à Marciana Marina[28],[29].

Il pratiquait le pilotage d'avion privé et possédait un Citation II. Il pratiquait également les motoscafi[25],[28].

Mort

Nicola Trussardi mourut le des suites d'un accident de la route[30]. Il fut inhumé au cimetière monumental de Bergame.

L'entreprise fut reprise par ses enfants[31].

Distinctions

Ordre du Mérite du travail (1987)

Références

Publications

Liens externes

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