Le mot ninjō se traduit grossièrement par « sentiment humain » ou « émotion », et peut également être interprété comme un aspect spécifique de ces termes, par exemple la générosité ou la sympathie envers les faibles[4]. L'illustration classique du ninjō est celle d'un samouraï tombant amoureux d'une partenaire socialement inacceptable, telle qu'une personne de basse extraction ou d'un clan ennemi. En tant que membre fidèle de son clan, il est alors tiraillé entre l'obligation envers son seigneur féodal et ses sentiments personnels, la seule solution possible étant le shinjū ou double suicide amoureux. Cette situation démontre à quel point le giri est supérieur au ninjō dans la pensée japonaise, ce dernier étant perçu comme susceptible d'affaiblir le dévouement d'un individu à son devoir[5].
Les commentateurs japonais comme étrangers ont rapproché cette opposition de la pièce de William Shakespeare Roméo et Juliette ou de l'Énéide. La question de savoir si les Japonais contemporains sont toujours plus sensibles à la notion de giri que les Occidentaux, et continuent donc à se penser psychologiquement dans ces termes de conflit giri-ninjō est l'une de celles qui divisent les études japonaises (nihonjinron) entre partisans et sceptiques de la spécificité japonaise.