Non-European Unity Movement
organisation trotskiste fondée en Afrique du Sud en 1943
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Le Non-European Unity Movement (NEUM) est une organisation trotskiste fondée en Afrique du Sud en 1943. Son objectif est de rassembler les populations noires, Coloured et indiennes dans une lutte commune contre la ségrégation raciale et la domination politique de la minorité blanche, notamment pendant l'apartheid. Le mouvement défend l’instauration d’une Afrique du Sud démocratique et non raciale, fondée sur l’égalité des droits civiques et politiques.
Histoire
Contexte de création du NEUM
Les origines du NEUM remontent aux années 1930, dans le contexte de l’opposition croissante aux politiques discriminatoires du gouvernement sud-africain. Plusieurs de ses fondateurs sont issus de la Conférence générale des Africains (AAC) et du Workers Party of South Africa (en) (WPSA), une organisation d’inspiration trotskiste. Ils cherchent à créer un front uni regroupant les différentes communautés opprimées du pays[1].
En 1943, l’AAC lança un appel à l’unité politique des populations non blanches, qui sont à l'époque qualifiée de « non-Européenne » (en opposition aux Blancs qui se présentent comme « Européens »). Cette initiative favorisa la coopération entre diverses organisations africaines et métisses, notamment la Teachers League of South Africa (en) (TLSA) et le mouvement Anti-Coloured Affairs Department (Anti-CAD). Ces groupes s’unirent pour former le NEUM, conçu comme une fédération regroupant plusieurs organisations[1].
Idéologie et programme
Le NEUM propose un programme en dix points de réformes radicales, parmi lesquelles le suffrage universel, l’éducation obligatoire, la liberté d’expression, l’égalité devant la loi et la liberté syndicale[1]. Le mouvement met l'accent sur le non-racialisme (en), ce qui signifie qu'il rejette toute organisation fondée sur la race (ainsi que le concept même de race), contrairement aux principaux groupes nationalistes de l'époque. Le NEUM est très critique à l'égard du Parti communiste sud-africain et de l'African National Congress, estimant que leurs stratégies politiques étaient insuffisamment indépendantes et trop conciliantes avec le régime de l'apartheid et ses alliés[2].
L’un de ses principes centraux est la non-collaboration avec les institutions créées par l’État ségrégationniste. Selon le NEUM, la participation aux conseils consultatifs et aux structures représentatives mises en place par le gouvernement revient à légitimer le système d’oppression. Le mouvement privilégie donc les campagnes de boycott politique et social comme moyens de résistance[1].
Parmi les personnalités les plus influentes du mouvement figurent Isaac Bangani Tabata (en), Ben Kies et Cissie Gool, qui contribuèrent à son développement intellectuel et organisationnel[1].
Influence et scissions
Le mouvement acquiert une influence considérable dans la province du Cap, y compris au Pondoland, et joue un certain rôle dans la révolte paysanne du Pondoland de à , mais il se scinde en . La faction autour d'Isaac Bangani Tabata (en) forme l'African Peoples' Democratic Union of Southern Africa (en) (APDUSA) en , puis le Movement of South Africa (UMSA) en exil en , et s'engage dans la lutte armée[3]. L'influence de cette tradition dépasse le nombre de ses membres : par exemple, le marxiste Neville Alexander, qui contribue à la fondation du Yu Chi Chan Club (en) (YCCC) en 1961 et du National Liberation Front (NLF) en 1962, est issu du NEUM / APUDSA.
Tous les secteurs du mouvement ont lourdement souffert de la répression de l’apartheid dans les années , certains se retrouvant à Robben Island. Cependant, le courant a survécu, à la fois sous la forme de l’APDUSA et avec le lancement du New Unity Movement distinct, en 1985[4]. Les deux branches continuent d’être actives. L'APDUSA reste active aujourd'hui[5] et publie le bulletin APUDUSAN Newsletter[6], dans la lignée de APDUSA Views des années 1980 et Unity des années [7].
Bien que son influence ait été moindre que celle de l’ANC, le NEUM occupe une place importante dans l’histoire intellectuelle et politique de la résistance à l’apartheid. Il fut l’un des premiers mouvements à promouvoir une vision explicitement non raciale de la société sud-africaine et à défendre l’unité politique des populations opprimées au-delà des divisions ethniques ou raciales[1].