Coloured

groupe ethnique d'Afrique méridionale From Wikipedia, the free encyclopedia

Coloured est un terme d'origine anglaise qui désigne des groupes de populations vivant principalement en Afrique du Sud, mais aussi en Namibie, en Zambie, au Botswana et au Zimbabwe. Cette désignation apparait au XIXe siècle dans la colonie du Cap. C'est une catégorisation raciale coloniale, solidifiée par l'apartheid, ayant fait l'objet de nombreuses contestations et réappropriations par les populations qu'elle amalgame.

Drapeau d'Afrique du Sud Afrique du Sud 5 176 750[1]
Drapeau de la Namibie Namibie 200 000
Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni 144 000
Drapeau de l'Eswatini Eswatini 11 000
Faits en bref Afrique du Sud, Namibie ...
Coloured
Kleurlinge
Description de cette image, également commentée ci-après
Une famille coloured en Afrique du Sud, noël 2000, élargie avec des racines au Cap, à Kimberley et à Pretoria.
Populations importantes par région
Drapeau d'Afrique du Sud Afrique du Sud 5 176 750[1]
Drapeau de la Namibie Namibie 200 000
Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni 144 000
Drapeau de l'Eswatini Eswatini 11 000
Drapeau du Lesotho Lesotho 1 200
Population totale 5,4 millions
Autres
Langues Afrikaans, anglais[2]
Ethnies liées Basters, Cape Coloured, Cape Malay, Griquas, Namas
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Proportion de personnes se définissant comme Coloured dans la population totale :
  • 0–20%
  • 20–40%
  • 40–60%
  • 60–80%
  • 80–100%

Héritiers d'une longue histoire de rencontres entre différents groupes culturels dans des contextes parfois violents, les Coloureds sont les descendants de populations très diverses : Khoïsan, esclaves (qui dans le contexte sud-africains viennent principalement des actuels Mozambique, Madagascar, Inde, Sri Lanka, et Indonésie), européennes et populations de langues bantoues. Malgré cette diversité les Coloureds ont développé une culture et une identité propre et aujourd'hui de nombreuses personnes s'autodésignent et se revendiquent comme « Coloured » en Afrique australe.

Répartition géographique

Du fait de l'histoire de la population coloured, les personnes se définissant comme tel sont surtout implantées dans la partie ouest de l'Afrique du Sud (cf. carte ci-dessous) bien qu'elles soient aussi présentent dans toute l'Afrique australe.

D'après le recensement de 2022, avec plus de 5 millions d'individus, les personnes se définissant comme Coloureds représentent près de 9 % de la population sud-africaine totale[1]. Elles sont proportionnellement plus représentées dans les deux principales provinces de l'ouest de l'Afrique du Sud : dans la province assez densément peuplée du Cap-Occidental (où 3,12 millions de personnes se définissent comme « coloured », soit 42,1 % de la population de cette région) et celle moins densément peuplée du Cap Nord (où 563 605 personnes se définissent comme « coloured », soit 41,6 % de la population de cette région)[1].

Un terme difficile à traduire

Le terme de « coloured(s) » (ou « Kleurlinge » en afrikaans) est parfois traduit en français par « métis » ou par « coloré(s) ». La désignation comme « métis » est aujourd'hui évitée par la plupart des spécialistes francophones de l'Afrique du Sud[3], celle-ci donnant l’impression trompeuse d’un simple « mélange de noir et de blanc »[4] quand l’histoire des Coloureds est bien plus complexe. Concernant le terme de « coloré », l'historien François-Xavier Fauvelle, estime qu'il « fait trop porter l’accent sur l’aspect somatique, minimisant l’importance du sentiment d’appartenance à cette communauté »[4]. La plupart des spécialistes français de l'Afrique du Sud font donc le choix de la non-traduction en conservant le terme « coloured ».

En afrikaans le terme équivalent de « Kleurlinge » est couramment utilisé mais aussi celui de « Bruinmense » (« gens bruns »), voire de « Bruin Afrikaners » (« Afrikaners bruns »). Cette référence à la couleur brune est ancrée dans la hiérarchie raciale construite par le colonialisme et l'apartheid et selon laquelle les Coloured occuperaient une position intermédiaire entre la minorité blanche dominante et la majorité « noire-africaine »[5]. Elle est toutefois trompeuse dans la mesure où les caractéristiques phénotypiques des personnes coloureds, et notamment leur couleur de peau, sont très diverses variant selon l'écrivain nigérian Kole Omotosho (cité dans Adhikari) : « from charcoal black to bread-crust brown, sallow yellow and finally off-white cream that wants to pass for white » (« du noir charbon au brun croûte de pain, en passant par le jaune pâle et enfin le crème cassé qui se veut blanc »)[6]. Une personne se définissant comme « coloured » peut donc avoir la peau plus claire qu'une personne se définissant comme « blanche » ou plus foncée qu'une personne se définissant comme « noire ».

Contrairement à l'usage dans les autres pays anglophones[7], le terme « coloured » ne désigne pas en Afrique du Sud les personnes noires en général[8]. Certains habitants des États-Unis peuvent avoir du mal à comprendre qu'on puisse se revendiquer comme « Coloured »[9]. En effet, dans ce pays, le terme de « colored » (sans « u ») renvoie à une histoire ségrégationniste particulière et n'a pas fait l'objet d'un processus de réappropriation par les premiers concernés (contrairement au N-word par exemple). Ceci explique en partie les incompréhensions de la part des fans et commentateurs nord-américains quand la chanteuse sud-africaine Tyla explique être « fière d'être Coloured »[10].

Une identité créole ?

De nombreux spécialistes de l'identité coloured s’accordent aujourd’hui sur le fait que celle-ci ne doit pas simplement être abordée sous l’angle réducteur du simple métissage[11],[12],[13],[14],[15]. Comme toutes les cultures et identités, celles des coloured est le résultat d’hybridations, d’appropriations, de constructions et de déconstructions qui ne peuvent se résumer à un mélange de « noir et de blanc ». D’après la sociologue Zimitri Erasmus : « Les identités coloured ne reposent pas sur un « métissage racial », mais sur la créativité culturelle, des constructions créolisées façonnées par l'histoire du colonialisme, de l'esclavage, de la ségrégation et de l'apartheid en Afrique du Sud. Cette conceptualisation remet en cause l'idée reçue selon laquelle le fait d’être coloured [colouredness] serait le résultat du mélange d'autres cultures « plus pures » »[16]. Au contraire, son travail insiste sur « l'ambiguïté et la fluidité incessante des formations identitaires coloured, tout en restant consciente des conditions dans lesquelles elles se produisent »[16].

Pour ces auteurs, il serait donc plus correct d’envisager l’identité coloured comme le résultat d’un processus de créolisation[11],[12],[13],[14],[15], c’est-à-dire la « construction d'une identité à partir d'éléments issus tant des cultures dominantes que des cultures subalternes »[17]. Selon eux, le concept de créolisation est moins essentialisant, et permet, sans oublier le poids de l’histoire et des processus coloniaux de catégorisation raciale, de redonner un rôle aux premiers concernés dans la constitution de leur identité.

Histoire

D'après l'historien Mohamed Adhikari, il existe un double piège lorsqu'on s’intéresse à l'histoire des Coloureds : celui de considérer cette histoire et l'identité qui lui est liée comme « le produit automatique du métissage » et celui de présenter l'identité coloured comme « une fausse identité imposée à des personnes faibles et vulnérables par la minorité blanche au pouvoir »[18]. Pour ne pas tomber dans ce piège il faut traiter l'identité coloured comme « une construction sociale historiquement située, comme toute autre identité sociale »[19] (sur ce sujet on pourra également se référer aux travaux de Deborah Posel[20], pour l'Afrique du Sud, et plus globalement à l’œuvre de Colette Guillaumin[21]). Retracer l'histoire de la catégorie « coloured », de sa genèse, des appropriations et des dénonciations dont elle a fait l'objet permet alors de ne pas minimiser le rôle que les premiers concernés ont joué dans la construction de leur identité et d'aller au-delà d'une image simpliste du phénomène.

Histoire précoloniale : les racines Khoisan

Si l'héritage Khoisan a longtemps été dénigré voir rejeté par une partie de la population coloured qui préférait insister sur ses racines européennes[22], il fait depuis la fin de l'apartheid l'objet d'une véritable revendication et réactivation (un « Khoisan revivalism »)[23]. Khoïsan est un terme servant à désigner conjointement deux groupes de populations autochtones d'Afrique australe qui partagent des caractéristiques génétiques, culturelles et linguistiques les distinguant des populations bantoues aujourd'hui majoritaires dans la région. De manière très schématique, les Khoïsan se divisent entre les chasseurs-cueilleurs San, dont la culture néolithique est attestée depuis 20 000 AP, et les pasteurs Khoikhoi dont les premières migrations ont été établies entre 2000 et 2500 AP[24]. Les premiers sont qualifiés par les colons de « Bushmen » (ou Bochiman) et les seconds d'« Hottentot », deux termes qui sont aujourd'hui perçus comme péjoratifs.

Ces populations Khoisan vont avoir de nombreux échanges avec les agriculteurs bantou qui migrent vers le sud depuis le territoire de l’actuel Mozambique à partir de 1800-1700 AP. S’il est difficile de retracer avec certitude les relations entre groupes de langues khoesan et bantou, des processus de conflits mais aussi d’absorption et d’emprunts culturels s’opèrent. Cette hypothèse est notamment appuyée par le fait que des langues bantoues, comme le xhosa ou le zoulou, intègrent plusieurs des « clics » caractéristiques des langues khoesan. De même, les traditions orales recueillies par les premiers colons évoquent des cas d’incorporation d’individus et de lignages « khoesan » par des populations de langues bantou (et vice-versa)[24].

A partir du XIXe siècle, ces catégories linguistiques et culturelles labiles qui englobent des populations hétérogènes vont être durcies par les populations d'origine européenne pour définir des groupes « raciaux » à partir de critères physionomiques propres à l’idéologie raciste qui se développe en Europe, masquant ainsi les phénomènes de passage et d’échange entre groupes. Cette opposition entre une Afrique du Sud « brune » à l’ouest, habitée par des populations khoesan et une Afrique du sud « noire » à l’est, peuplée de populations bantous qui pratiquent l’agriculture va notamment irriguer l’opposition entre « coloureds » et « noirs africains »[25].

Bouleversements coloniaux, création et appropriation de la catégorie « coloured »

Bouleversements coloniaux

Au XVIIe et XVIIIe siècle, les sociétés khoisan vont être profondément bouleversées par l'installation d'une colonie néerlandaise dans la région actuelle du Cap, et l'importation par la compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) d'esclaves d'Asie du Sud et d'autres pays africains. Si le coût humain de l'avancée du front pionnier de la colonie (mené par les Trekboers) et la mortalité causée par les guerres coloniales sont élevés pour ces groupes, ce ne sont pas tant les individus mais les sociétés et cultures khoisan qui s'étiolent progressivement. Déracinées, ces populations se retrouvant amalgamées avec d’autres groupes (esclaves, métis, noirs libres, etc.) au bas de l’échelle de valeur de la société coloniale. Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles cet ensemble hétérogène de groupes parlant comme langue véhiculaire un créole néerlandais (qui deviendra l’afrikaans) va être désigné de diverses manières et notamment de « baastards » (« bâtards ») pour dénigrer leur métissage[26]. Ces populations sont présentes au sein de la société coloniale mais se développent aussi aux marges de la colonie du Cap où elles sont parfois repoussées (c'est le cas notamment des Basters de Rehoboth qui reprennent à leur compte la désignation péjorative de « bâtards » et des Griquas qui établissent même momentanément un État indépendant, le Griqualand). Après le passage de la colonie sous contrôle britannique au tournant du XIXe siècle et l’abolition de l’esclavage en 1834, ces groupes vont être de plus en plus souvent qualifié de « coloured ».

De la catégorie à l'identité « coloured »

En 1840, la catégorisation de « coloured » apparait pour la première fois dans les recensements menés par une élite coloniale qui veut classer des habitants qu'elle ne parvient pas à faire rentrer dans les catégories raciales de « noir » (réservée aux populations de langues bantoues) ou d'« européen »[27]. L’utilisation de cette nouvelle catégorie permet en effet d’introduire, à la suite des théories racialistes européennes, une distinction « raciale » au moment où s’estompent, du fait de la fin de l’esclavage et de l'avancée de la christianisation, les distinctions de statuts (libres versus non libres) ou de religions (chrétiens versus païens). L’élite coloniale blanche peut ainsi fermer « des portes d’accès qu’elle avait bon gré mal gré tenues entrouvertes »[28] pour une minorité de « noirs libres » (esclaves affranchis parfois de longue date ou métis ayant pu s’installer comme colons et eux-mêmes acquérir terres et esclaves) qui se retrouvent progressivement rejetés dans la masse des populations « coloureds ». Ce groupe est donc d'emblée hétérogène, même si une endogamie de plus en plus contrainte par une législation qui empêchent les relations « hors groupe » va contribuer à une certaine homogénéisation. Cet ensemble reste ainsi traversé par de nombreuses fractures et des influences diverses[29]. Influences plutôt rurales et khoesan pour les Griqua ou les Oorlam, plutôt urbaines pour les Cape Coloured, ou également urbaines mais plus orientales pour les Malais du Cap, etc.

Dès sa création cette catégorisation est un site de contestations et de rejets mais également de réappropriations et une base de revendications culturelles et politiques[30]. D'après l'historien Mohamed Adhikari, si le label de « coloured » apparait bien dans la première moitié du XIXe siècle, l'identité coloured ne se cristallise elle qu'à la fin du même siècle[31]. La continuation de l'expansion coloniale anglaise et boers, la découverte de diamants en 1867 puis d'or 1886 mettent en mouvement de nombreuses populations et ont des effets sur la manière dont les habitants de ce territoire se perçoivent et se définissent. Ces phénomènes entrainent ainsi, à partir des années 1870, l'arrivée d'un nombre important d'Africains locuteurs de langues bantoues dans la colonie du Cap, incitant les Coloureds « à affirmer une identité distincte en tant que personnes de couleur, afin de revendiquer une position relativement privilégiée par rapport aux Africains, sur la base de leur association plus étroite à la culture occidentale et de leur ascendance partielle avec les colons européens »[31].

Maintien et contestations au XXe siècle

A partir de la fin du XIXe siècle, la société sud-africaine est donc de plus en plus hiérarchisée racialement, au profit des personnes perçues comme « blanches » et au détriment de celles catégorisées comme « noires » et « coloureds » qui ne peuvent accéder de la même manière au travail, à la propriété foncière, aux responsabilités politiques, aux loisirs, etc. Cependant, cette hiérarchisation n’est pas totalement systématisée et il n'existe pas de définition légale unique des catégories raciales, qui sont mobilisées de manière variable et souvent incohérente. Comme l’explique Deborah Posel, « une personne pouvait être considérée comme « coloured » dans un domaine (par exemple l'accès à certains types d'emploi) et comme « indigène [native] » dans un autre (par exemple lors de la conclusion d'un mariage coutumier moyennant le paiement d'une lobola) »[20].

A partir de 1948, les architectes de l'apartheid veulent donc « produire une grille claire et immuable pour la classification raciale de l'ensemble de la population »[20]. La base de cette ingénierie sociale, sa « loi fondamentale » desquelles les autres vont découler est le Population Registration Act de 1950. Ce texte va ensuite permettre d'élaborer d'autres lois qui visent à de contrôler tous les aspects de la vie de celles et ceux qui sont catégorisés comme « Non-Blancs ». A partir de critères physiques, identitaires et de statuts socio-économiques, il répartit la population sud-africaine en trois groupes raciaux : « coloured », « noir » et « blanc »[32]. Ce travail de catégorisation ne pouvant reposer seulement sur des critères physiques il se base sur de nombreux critères « sociaux » très subjectifs qui laissent aux fonctionnaires sud-africains blancs chargés de la catégorisation une grande marge d’interprétation. Ainsi, d’après le Population Registration Act une personne « blanche » est une personne qui « est manifestement blanche dans son apparence et qui n’est pas généralement acceptée comme coloured ou est généralement acceptée comme blanche tout en n'étant pas manifestement blanche dans son apparence »[33]. Il en est de même pour les personnes « coloureds » qui sont catégorisées comme tel selon leur apparence (ce qui, en cas de doute, aboutit à des tests déshumanisants comme le « test du stylo ») mais également selon leur lieu de naissance, de résidence, de scolarité, leur emploi, leur groupe de sociabilité, leur manière de s’habiller, de parler, leurs loisirs, etc[20]. Le Population Registration Act est amendé à plusieurs reprises. A la fin des années 1950, la catégorie « coloured » est divisée en plusieurs sous-groupes : « Cape Coloured », « Cape Malay », « Griqua », « Chinese », « Indian », « Other Coloured », puis, les « Indiens » sont catégorisés comme « Asians », qui devient une catégorie à part[34]. Malgré ces tentatives, la grille « claire » que les architectes de l'apartheid voulaient créer ne l'est jamais vraiment, et de nombreuses personnes sont régulièrement reclassées d'un groupe à un autre[35],[34]. Ceci explique en partie la contestation de la catégorie « coloured », mais ne doit pas masquer les phénomènes d'appropriation d'un label qui perdure tout au long du XXe siècle et survit à la fin de l'apartheid.

D’après Mohamed Adhikari, tout au long du XXe siècle l’identité coloured va se maintenir de manière relativement stable, bien que contestée, notamment par des « mouvements radicaux » (Non-European Unity Movement, Black Consciousness Movement, United Democratic Front) dont les membres coloureds revendiquent le rattachement à une identité noire plus large. La portée de cette contestation reste toutefois relativement marginale. Elle atteint son apogée dans les années 1980, mais perd de son influence avec la fin de l’apartheid[36]. La thèse principale de M. Adhhikari est, qu'au cours de cette période, l’identité coloured se maintient autour de quatre caractéristiques centrales : une volonté assimilationniste dans la société dominante blanche ; la peur de perdre le « statut intermédiaire » dans la hiérarchie raciale au profit des Noirs ; la honte attachée à une supposée « hybridité raciale » ; et la marginalité des Coloureds dans la société sud-africaine. D'après lui, tous ces éléments poussent les Coloureds à revendiquer une identité distincte « en conformité aux attentes racistes des Blancs, tout en décourageant les stratégies alternatives, en particulier l'association à une identité noire plus large »[37].

Si l'identité coloured reste encore aujourd'hui fréquemment questionnée et contestée[38],[39],[40],[41], ceci reste plutôt marginale, et elle est au contraire largement revendiquée par de nombreuses personnes. Ces derniers mettent en avant l'existence d'une véritable « culture coloured », appuyée sur des événements comme le carnaval (Kaapse Klopse[42]), sur une cuisine[43] (faite de bobotie, koe'sisters, bredies, Malay roti, gatsbies, etc.), sur une façon particulière de parler l'afrikaans (l'Afrikaapse[44]) mais aussi sur des représentants dans divers domaines : musical (Abdullah Ibrahim, Basil Coetzee, YoungstaCPT, Dope Saint Jude, etc.), littéraire (Zoë Wicomb, Tracey Rose, Adam Small, etc.), sportif (Cheslin Kolbe, Benni MacCarthy, Ashwell Prince, etc.), politique (Midi et Zachie Achmat, Neville Alexander, Allan Boesak, Patricia de Lille, etc.), etc.

Luttes coloureds pour les droits civiques et contre l'apartheid

Principales organisations politiques du XXe siècles

Tout au long des XIXe et XXe siècles, les Coloureds tentent de défendre les quelques droits qui leur sont octroyés du fait de leur position intermédiaire entre les noirs africains et les blancs dans la « hiérarchisation raciale » mise en place par le système colonial et durcie par l'apartheid. Même si des organisations coloured existent depuis les années 1880[45], la première structure politique coloured significative est créée en 1902 : l’African Political Organization (APO), dirigée par Abdullah Abdurahman de 1905 à 1940. Elle met en avant une stratégie non-violente et assimilationniste donc l’échec va permettre l’émergence de mouvement plus radicaux d’obédience marxiste : la National Liberation League (NLL) créée en 1935, le Non-European Unity Movement (NEUM) créé en 1943 puis la South African Coloured People’s Organization (SACPO) créée en 1953 et affiliée à la Congress Alliance. Comme les autres organisations antiapartheid, ces mouvements vont connaitre un reflux important après le massacre de Sharpeville et la répression par les gouvernements de Hendrik Verwoerd et de John Vorster dans les années 1960. La contestation coloured de l’apartheid renait suite à la révolte de Soweto en 1976. Elle est marquée par une approche très critique de la catégorie même de « coloured » et est influencée par la participation de nombreux militants coloured au Black Cousciousness Movement puis au mouvement de masse non-racial symbolisé par le United Democratic Front (UDF)[46].

La franchise électorale du Cap : mobilisations pour le droit de vote coloured

En 1854, la colonie du Cap se voit doter d'institutions représentatives avec un parlement élu, légiférant sur les affaires intérieures. La constitution du Cap instaure notamment deux assemblées dont les membres sont élus au suffrage censitaire. Le minimum de propriété pour voter à la chambre basse est ainsi très faible (25 livres). La sélection des électeurs de la chambre haute est plus rigoureuse et nécessite de posséder déjà une certaine fortune (de 2 000 à 4 000 livres). Le minimum de propriété requis concerne toutes les formes de propriété, foncière communale ou traditionnelle. Elle est très faible par rapport aux qualifications requises alors ailleurs dans le monde. Dès le début, ce montant est d'ailleurs contesté[47]. Mais en vertu du principe d'égalité des races proclamée dans la colonie du Cap dès 1828, le droit de vote repose sur une franchise électorale non raciale permettant, sous condition de certaines qualifications, à tout citoyen de la colonie d'être électeur, qu'il soit blanc, noir ou coloured. En application de cette franchise, un grand nombre de coloured (55 % de la population du Cap) se retrouve électeurs de plein droit à la chambre basse.

En 1872, la colonie du Cap se voit accorder le droit d'avoir un « gouvernement responsable » devant son parlement. L'engagement à traiter les Coloured comme les « sujets de race blanche » est explicitement réaffirmé par le nouveau gouvernement qui annule en 1874 et 1878 les motions de l'opposition visant à restreindre les critères électoraux. Dans les années 1880, le système de franchise électorale du Cap reste toutefois unique en Afrique australe. Toutefois, au Cap oriental, les descendants des colons britanniques arrivés en 1820 se sentent menacés démographiquement et politiquement alors que du côté des populations blanches de langue afrikaans, le mouvement de l'Afrikaner Bond demande aussi un durcissement des critères électoraux. En 1892, les conditions censitaires de la franchise électorale sont modifiés au détriment des populations les moins aisés qu'elles soient noires, blanches ou coloured[48]. La Constitution du Cap de 1872 interdisant toujours explicitement toute discrimination fondée sur la race ou la couleur, la nouvelle loi électorale relève tout simplement le niveau de franchise, passant de 25 à 75 £. Si un certain nombre de blancs pauvres perdent ainsi leur droit de vote, un nombre plus important encore de noirs et de coloureds sont affectés par cette modification de la franchise électorale. Dans le même temps, la loi rajoute un critère d'éducation imposant que tout électeur potentiel soit alphabétisé.

En 1908, lors de la tenue de la Convention nationale sur l'Union entre les quatre colonies britanniques d'Afrique du Sud, seulement 22 784 autochtones et coloureds, sur un total de 152 221 électeurs, sont inscrits sur les listes électorales communes de la colonie du Cap, alors que le système est toujours non racial. Le South Africa Act garantit cependant à la nouvelle province du Cap de pouvoir conserver son système électoral unique alors que dans les autres provinces les populations de couleurs sont privées du droit de vote[49].

À la fin des années 1920 et au début des années 1930, le suffrage universel est accordé à l'ensemble des populations blanches : les restrictions censitaires ou d'éducation sont supprimées et le droit de vote accordé aux femmes sur tout le territoire sud-africain. Au Cap cependant, toutes les restrictions liées aux revenus, au patrimoine, à l'éducation et au sexe sont maintenues pour les populations noires et coloured, ce qui limite considérablement le poids du vote de ces populations dans la province du Cap.

En 1945, on dénombre 54 000 électeurs coloured inscrits sur les registres électoraux de la province du Cap[50]. Or avec la mise en place de l'apartheid, à partir de 1948, leur place dans les institutions est remis en cause par le gouvernement du parti national. Ainsi, durant cette période (1948-1991), les Coloured sont l'un des quatre grands groupes « raciaux » reconnus par la loi dite Population Registration Act, à côté des Blancs, des Noirs et des Indiens. Tout comme les autres groupes de personnes classifiées comme « non-blanches », ils subissent de nombreuses discriminations : ils ne peuvent accéder à de nombreux emplois et services, leurs droits civiques, politiques et syndicaux sont limités[51]. De même, suite à l'adoption en 1950 du Group Areas Act, ils sont délogés des zones considérées comme « blanches » et expulsés vers des townships « coloureds » où les conditions de vie sont dures. Au Cap cette politique est symbolisée par la destruction en 1966 du quartier de District 6 et l'expulsion de sa population vers les nouveaux townships d'Hanover Park, de Manenberg, etc[52],[53]. Ils bénéficient toutefois de certains emplois réservés et, jusqu'en 1956, de la franchise électorale du Cap qui, nonobstant l'observance de certaines exigences (liés au sexe, à la propriété, aux revenus ou à l'éducation), leur permet d'exercer leurs droits civiques. Retirés des listes électorales communes, en vertu de la loi de 1951 sur la représentation distincte des électeurs, et réinscrits sur des listes séparées, les électeurs coloured élisent alors quatre députés blancs pour représenter leurs intérêts au parlement. Ces sièges sont cependant supprimés en 1970 avec l'entrée en vigueur d'un conseil représentatif des Coloured, effaçant alors les derniers vestiges de la franchise électorale du Cap.

La constitution sud-africaine de 1983 redonne aux électeurs de la catégorie coloured la possibilité d'élire des représentants au parlement, siégeant dans une chambre séparée tandis que les noirs doivent attendre la constitution sud-africaine de 1993 pour disposer des mêmes droits civiques que leurs concitoyens blancs.

Langue

Enfants sud-africains au Jardin botanique national de Kirstenbosch en 1962.

D'après le recensement de 2011, 75,8% des Coloureds ont pour langue maternelle l'afrikaans et 20,8% ont pour langue maternelle l'anglais[54]. En pratique, nombreux d'entre eux sont bilingues (voir parlent d'autres langues sud-africaines). L'afrikaans parlé par la plupart des Coloureds, et notamment celui parlé par les habitants des Cape Flats, est appelé Afrikaaps [55],[56] et diffère de celui parlé par les Afrikaners.

Notes et références

Annexes

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