Nova Anglia
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Nova Anglia (« Nouvelle-Angleterre » en latin) est une colonie qui aurait été fondée vers la fin du XIe siècle par des réfugiés anglais fuyant Guillaume le Conquérant. Son existence n'est attestée que par deux sources datant du XIIIe et du XIVe siècle, qui relatent le voyage des réfugiés jusqu'à Constantinople et leur victoire sur les infidèles qui assiégeaient la ville, à la suite de quoi l'empereur Alexis Comnène leur offre en récompense des terres au nord-est de la mer Noire. Les Anglais auraient conquis ces terres et y auraient établi une « Nouvelle-Angleterre ». Bien que les sources datent de plusieurs siècles après les faits, l'existence de cette colonie est considérée comme plausible par certains historiens, qui identifient des traces du passage des Anglais dans la toponymie de la région.
La fondation de la « Nouvelle-Angleterre » est décrite dans deux sources. La première est le Chronicon Universale Anonymi Laudunensis, une chronique retraçant l'histoire du monde jusqu'en 1219 rédigée par un moine anglais de l'abbaye Saint-Martin, un monastère prémontré situé à Laon. Il subsiste deux manuscrits du XIIIe siècle de ce texte, conservés à la Bibliothèque nationale de France sous la cote Lat. 5011[2] et à la Bibliothèque d'État de Berlin sous la cote Phillipps 1880[3],[4].
L'autre source est la Játvarðar Saga (en), ou Saga Játvarðar konungs hins helga, une saga retraçant la vie d'Édouard le Confesseur, roi d'Angleterre de 1042 à 1066, compilée en Islande au XIVe siècle[5]. Elle semble avoir eu pour source le Chronicon Universale Anonymi Laudunensis, à moins que ces deux textes n'aient eu une source commune perdue depuis[4].
Récit
La Játvarðar Saga raconte que lorsque les rebelles anglais qui s'opposent à Guillaume le Conquérant obtiennent la certitude que le roi danois Sven Estridsen ne leur apportera plus aucune aide, ils décident de quitter l'Angleterre pour Constantinople (Miklagarðr)[6]. Leurs effectifs se montent à 350 navires, une « grande armée » et « trois comtes et huit barons », menés par un certain « Siward, comte de Gloucester »[7]. Ils dépassent la pointe Saint-Mathieu (Matheus-nes), la Galice (Galizuland), franchissent le détroit de Gibraltar (Nörvasundz) et arrivent devant Ceuta (Septem)[8]. Ils s'emparent de la ville, tuent ses défenseurs et pillent ses richesses. Après Ceuta, ils s'emparent de Majorque et Minorque, puis se rendent en Sicile, où ils apprennent que Constantinople est assiégée par les musulmans[8].
Les Anglais font voile jusqu'à Constantinople, triomphent de la flotte des assiégeants et dispersent l'armée « païenne »[9]. Le souverain de Constantinople, Alexis Ier Comnène (Kirjalax), propose aux Anglais de les prendre à son service comme gardes du corps, « comme il était de coutume pour les Varègues qu'il engageait[9] ». L'idée en séduit certains, mais le comte Siward et d'autres souhaitent obtenir un royaume à eux[10]. Alexis leur parle d'une région par-delà la mer qui appartenait autrefois à l'empereur de Constantinople, mais est désormais occupée par les païens[10]. L'empereur accorde ces terres aux Anglais, et un groupe conduit par Siward s'y rend, tandis que d'autres restent au service d'Alexis à Constantinople[10]. La région, située à « six jours au nord et au nord-est de Constantinople », est conquise par les Anglais, qui chassent les païens après plusieurs affrontements[11]. Ils l'appellent « Angleterre » et baptisent ses principales villes Londres, York et « du nom d'autres grandes villes d'Angleterre[11] ». Les Anglais n'adoptent pas « la règle de saint Paul », mais demandent des évêques et des clercs au royaume de Hongrie[12]. Les descendants de ces Anglais sont dits vivre toujours dans la région[12].
Le Chronicon Universale Anonymi Laudunensis rapporte essentiellement le même récit, avec quelques variantes de détail. Le roi danois, appelé « Sveinn fils d'Ulf » dans la Játvarðar Saga, n'y est pas nommé[13]. La route suivie par les Anglais jusqu'à la mer Méditerranée est également omise : il s'agit sans doute d'un élément de « culture générale » ajouté par le ou les auteurs islandais[13]. « Guillaume, roi d'Angleterre » (Willelmus rex Anglie) dans le Chronicon est appelé « Guillaume le Bâtard » (Viljálmr bastharðr) dans la Játvarðar Saga ; la saga mentionne la « Sicile » là où le Chronicon parle de la « Sardaigne » ; le Chronicon ne mentionne pas les noms des villes fondées par les colons (Londres et York) ; et la « Nouvelle-Angleterre » (Nova Anglia) du Chronicon est appelée simplement « Angleterre » dans la saga[14],[15]. Une différence plus significative est que le comte « Siward » (Sigurðr) de la saga est appelé Stanardus dans le Chronicon[14],[15]. L'essentiel du récit est cependant identique dans les deux textes : les rangs et le nombre des comtes et barons, leurs navires, ainsi que la distance séparant Constantinople de la colonie[4]. Après avoir relaté la fondation de la Nova Anglia, le Chronicon ajoute qu'Alexis leur envoie un émissaire pour leur demander tribut, mais que les Angli orientales (« Anglais de l'Est ») le tuent ; les Anglais restés à Constantinople, craignant qu'Alexis ne se venge sur eux, s'enfuient en Nouvelle-Angleterre et se font pirates[16].
