Responsable militaire au début des années 1970, il devient, en 1975, le numéro deux du comité central du Parti communiste du Kampuchéa. Il est président de l'Assemblée du Kampuchéa démocratique de 1976 à 1979 et remplace brièvement Pol Pot au poste de Premier ministre lorsque celui-ci s'éloigne du pouvoir à l'automne 1976 pour raison de santé.
Même s'il est moins connu en Occident que les autres accusés des chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens chargées de juger les crimes khmers rouges, il est considéré comme l'idéologue du régime et le second dans sa hiérarchie, juste derrière Pol Pot mais devant Ieng Sary.
De son vrai nom Long Bunruot et d'origine sino-khmère, il naît le dans le village de Voat Kor, une localité de la province de Battambang[2]. Son père, d’origine chinoise, est négociant en maïs; sa mère, khmère, couturière attachée à un temple[3].
En septembre 1960, il est élu secrétaire général adjoint du PRPK qui est renommé Parti des travailleurs du Kampuchéa, à son tour rebaptisé en 1966 Parti communiste du Kampuchéa[6]. En 1962, il est un temps pressenti pour remplacer Tou Samouth à la tête du parti à la suite de la disparition de ce dernier, mais il s’efface devant Saloth Sâr qui ne s’appelle pas encore Pol Pot[7].
Le , les Khmers rouges s'emparent du pouvoir à Phnom Penh et exercent leur contrôle sur l'ensemble du pays. Une de ses premières actions est alors d’aller voir un de ses cousins alors à moitié paralysé, l’attire hors de chez lui avec la promesse d’être nommé «père de la révolution» et le fait mettre à mort[9].
Le , Nuon Chea devient «Frère numéro 2» au Comité permanent du Comité central, chargé du travail, du bien-être social, de la culture, de la propagande et de l’éducation formelle (ou du travail de conscience)[8].
De 1976 à 1979, il est le Président de l’Assemblée du Kampuchéa démocratique. Il assure également par intérim, durant un mois, les fonctions de Premier ministre, Pol Pot ayant temporairement renoncé à ce poste. Chef de la sécurité du régime, Nuon Chea est considéré comme l’idéologue des Khmers rouges et un personnage clef de la révolution[2].
Même s'il récuse l'affirmation, Nuon Chea aurait été responsable des questions de sécurité et, à ce titre, des purges des «ennemis de l'intérieur» et notamment du centre d'«interrogatoire» de Tuol Sleng[10].
À la chute du régime, en 1979, il s'enfuit en compagnie de Pol Pot et rejoint Ieng Sary et Khieu Samphân dans la province de Pouthisat d'où il dirige la guérilla pendant près de vingt ans[10].
C’était l’homme le plus puissant après Pol Pot. À la mort de celui-ci, il devient le plus haut responsable khmer rouge encore en vie[8].
Le , à la suite d'un accord passé avec le gouvernement, Nuon Chea se rend avec quelques derniers opposants Khmers rouges et, lors d’une conférence de presse tenue après sa reddition, fait part de toute sa tristesse pour les souffrances des Cambodgiens. «En effet, nous sommes vraiment désolés, pas seulement pour les hommes, mais aussi pour les animaux qui ont souffert pendant la guerre» annonça-t-il alors[11]. Sous l’impulsion du Premier ministreHun Sen et au nom de la réconciliation nationale, le gouvernement accepte de renoncer à poursuivre Nuon Chea, décision qui est condamnée par l’opinion publique cambodgienne et la communauté internationale[12].
Nuon Chea en 2011.
Après de longues et dures négociations, entamées en 1997, le gouvernement cambodgien et les Nations unies réussissent à mettre en place les procédures nécessaires pour que siègent les chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens, tribunal chargé de juger certains hiérarques khmers rouges. Le Nuon Chea est arrêté à son domicile près de Pailin, non loin de la frontière thaïlandaise où il vivait au grand jour, et inculpé, à 82 ans, de «crimes de guerre», de «crimes contre l'humanité» et de génocide[13]. Il est mis en détention provisoire[14] à cette date jusqu'à sa condamnation, le , à la prison à perpétuité[15].
Le , le tribunal spécial le juge coupable, en même temps que Khieu Samphan, de génocide en raison des «exactions commises à l’égard des Vietnamiens, de la communauté musulmane cham et d’autres minorités religieuses[16]»[17].
Il meurt le à la prison de Phnom Penh, où il était incarcéré[3].
Notes et références
(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé «Nuon Chea» (voir la liste des auteurs).
123(fr) Solomon Kane (trad.de l'anglais par François Gerles, préf.David Chandler), Dictionnaire des Khmers rouges, IRASEC, , 460p. (ISBN9782916063270), «LONG (Bunruot) alias Nuon Chea», p.226-230.
12Adrien Le Gal et Francis Deron, «Nuon Chea, ancien dirigeant khmer rouge et bras droit de Pol Pot, est mort», www.lemonde.fr, (lire en ligne, consulté le )
↑(en) Viviane K. Frings, Rewriting Cambodian History to 'Adapt' It to a New Political Context: The Kampuchean People's Revolutionary Party's Historiography (1979-1991), vol.31, coll.«Modern Asian Studies», , p.807-846.
↑(fr) Henri Locard, Pourquoi les Khmers rouges, Paris, Éditions Vendémiaire, coll.«Révolutions», , 352p. (ISBN9782363580528, présentation en ligne), «L'Angkar», p.96.
↑(en) David Porter Chandler, «Revising the Past in Democratic Kampuchea: When Was the Birthday of the Party? Notes and Comments», Pacific Affairs, vol.56, no2, , p.288-300 (JSTOR2758655, lire en ligne).
↑(fr) Henri Locard, Pourquoi les Khmers rouges, Paris, Éditions Vendémiaire, coll.«Révolutions», , 352p. (ISBN9782363580528, présentation en ligne), «L'Angkar», p.91.