Néant (philosophies orientales)

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Le néant est, en philosophie métaphysique, un concept transcendant les êtres et les choses dans leurs aspects essentiel et substantiel selon les traditions orientales, qui ont proposé des approches philosophiques mais aussi existentielles pour rompre son lien originel à la notion d'être, depuis le Veda hindou, puis le Bouddhisme, jusqu'au Zen japonais contemporain.[style à revoir]

Les origines indiennes

« L'étude des textes, menée avec les seuls moyens à notre disposition, c'est-à-dire les méthodes d'analyse et les catégories logico-métaphysiques de la pensée occidentale, ne peut, par définition, permettre de dégager les postulats implicites de toutes ces constructions doctrinales. Le semblable connaît le semblable et nos catégories ne révèlent, dans la philosophie indienne[n 1], que ce qui leur est par avance homogène. »

 Michel Hulin

« Il n'y avait pas l'être, il n'y avait pas le non-être en ce temps (...)
D'abord se développa le Désir,
qui fut le premier germe de la Pensée.
Cherchant avec réflexion dans leurs âmes,
les Sages trouvèrent dans le non-être le lien de l'être[ref 1] »

 Le Veda Hymnes - Cosmogonie

La pensée indienne est marquée dès l'origine par l'apophatisme, privilégiant les approches négatives de l'Absolu en particulier avec l'usage du tétralemme (catuskoti), structure typique de la pensée indienne sans équivalent dans la pensée grecque[ref 2], et par la notion de coproduction conditionnée (pratitya samutpada) issue de la pensée védique. Le Bouddhisme, surtout l'école Madhyamaka, reprend et amplifie ces notions dans l'approche négative d'une « dialectique purgative et abolitive »[ref 3].
La vacuité est la conséquence de la coproduction conditionnée, ce n'est ni le vide ni la non-existence, c'est l'impermanence des choses et des êtres, l'absence de nature propre, la relativité universelle[ref 4]. Elle est vécue dans l'éveil comme une intention sans objet ni sujet, sans contenant ni contenu[ref 3]. La notion de vacuité est principalement essentielle, et celle de néant plutôt substantielle, mais les deux termes sont parfois utilisés indifféremment, par les auteurs ou les traducteurs.

Nagarjuna et Dogen

Nagarjuna et Dogen sont les deux penseurs qui ont le plus marqué la réflexion autour des notions de « néant » et de « vacuité » dans l'histoire du bouddhisme. Leurs réflexions ont été reprises à l'intérieur de nombreuses philosophies autour de la notion de néant.
Le sanskrit sunyata a une portée purement métaphysique chez Nagarjuna (Inde, IIIe siècle). Sa rhétorique est purement ablative, réductrice, abolitive, vers une déconstruction. Mettant en œuvre le tétralemme comme méthode de réflexion, il réfute toute argumentation de la logique aristotélicienne, sans pour autant se croire contraint à fournir une contrepartie positive. Il n'avance ainsi aucune proposition, aucune thèse portant sur des existences : la vacuité n'est pas l'affirmation positive de l'inexistence des choses, mais la libération d'un problème mal posé : « le sage ne se tient même pas au milieu [référence au Madhyamaka] » puisque les couples en opposition dialectique ont disparu[ref 5].

« Ceux qui croient voir être en soi / être différent, être / non-être, ceux-là ne voient pas la vraie nature des choses, enseignée par les Buddha[ref 6]. »

 Nagarjuna, Stances du milieu par excellence - 15,6

Fleurs du Vide

Un maître a dit : Les fleurs du vide surgissent de la terre. Dans ce monde, quand on raisonne à propos des fleurs du vide, on se borne à dire qu'elles apparaissent dans le ciel vide et qu'elles disparaissent dans le ciel vide. On ne sait pas encore que c'est à partir du vide. À plus forte raison, qui saurait que c'est à partir de la terre ? (...) Surgir, c'est éclore. À cet instant tout juste ainsi, les fleurs surgissent de la terre entière. Il y a l'efflorescence du vide qui surgit à partir de la terre, il y a la terre entière qui se déclôt à partir de la fleur. Puisqu'il en est ainsi, le sens, sachez-le, est que les fleurs du vide font surgir et éclore ensemble terre et ciel [ref 7].

Dôgen - Kûge - Fleurs de Vacuité

Si sunyata évoque plutôt une transcendance s'ouvrant vers l'au-delà de la pensée, la notion de vacuité dans la culture japonaise, lorsqu'elle est exprimée par ku, dans le bouddhisme Zen (surtout avec Dogen au XIIIe siècle), est colorée d'une certaine concrétude (l'air, le ciel), transcendance qui s'ouvre vers l'ici-bas[ref 8]. Ainsi, Dogen interroge « La terre, est-ce un être réel, est-ce un non-être réel ? » et pose la question du manque à être, au fond. La totalité de la terre et du monde, du dharma et de l'apprésentation sont d'eux-mêmes espace vide, le corps dharmique du Buddha est cet espace vide. Il s'applique ensuite à vider le vide : ni réifier, ni l'absolutiser, ni l'éterniser[ref 9].

La philosophie japonaise

Au XXe siècle, les philosophes de l'École de Kyoto ont cherché à rapprocher les traditions orientales et occidentales (dans leur forme et leurs méthodes) pour élaborer une philosophie japonaise originale à partir des spiritualités orientales traditionnelles. Trois philosophes de cette École, maîtres zen ou simple pratiquant, ont ainsi formalisé l'enseignement du Zen relatif au concept de néant, particulièrement le Madhyamaka, en se référant à Nagarjuna et Dôgen qu'ils citent fréquemment.
Dans l'ordre croissant de leur effort d'adaptation au formalisme occidental :
  • Keiji Nishitani pour qui le néant ne peut être qu'un vécu, conformément au Bouddhisme, évoquant l'expérience religieuse du satori ;
  • Kotoryu Yamauchi, qui introduit le néant par la logique du tétralemme de Nagarjuna en l'opposant à la logique aristotélicienne ;
  • Kitarō Nishida, élaborant une théorie topologique de la notion de néant au lieu de l'approche ontologique occidentale.

L'École de Kyoto

Notes et références

Articles connexes

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