Herbert G. Tanner, chef de la division des munitions de Camp Detrick (devenu par la suite Fort Detrick), conçoit l’idée d’un environnement clos permettant de mener des essais biologiques directement sur place, plutôt que dans des sites éloignés tels que le Dugway Proving Ground, dans l’Utah, ou Horn Island, dans le Mississippi.
L’installation est construite entre 1947 et 1948 et devient opérationnelle à Camp Detrick en 1950.
La sphère acquiert une notoriété particulière lors des études menées dans le cadre de l’Operation Whitecoat, lancée en 1954, peu avant le début de la guerre du Viêt Nam. Ce programme de recherche médicale en biodéfense est conduit par l’United States Army à Fort Detrick et repose sur des volontaires qui sont tous des objecteurs de conscience. Nombre d’entre eux appartiennent à l’Église adventiste du septième jour, désireux de rester non-combattants tout en contribuant à l’effort national[1].
Néanmoins, de nombreux vaccins destinés à protéger contre des agents de guerre biologique et certains virus sont testés pour la première fois sur des volontaires humains dans le cadre de l’Operation Whitecoat. Malgré des années d’exposition à de l’air contaminé à l’intérieur de « The 8-Ball », aucun décès n’est recensé pendant la période des essais[1].
La fiabilité du dispositif en matière de confinement des agents biologiques est attestée par un bilan de sécurité exceptionnel. En près de dix-neuf années d’exploitation quasi quotidienne, le site ne connaît aucun incident biologique. Aucun des agents hautement dangereux manipulés dans la sphère ne s’échappe, et aucun cas de maladie professionnelle n’est signalé parmi le personnel d’exploitation. Les équipes travaillent dans la zone entourant la sphère sans recourir à des protections respiratoires, celles-ci n’étant ni nécessaires ni prescrites[2].
La sphère d’essai est utilisée pour la dernière fois en 1969. En 1975, le bâtiment qui l’abrite est détruit par un incendie, mais la sphère elle-même subit peu de dommages. Aujourd’hui, elle demeure visible entre plusieurs bâtiments de Fort Detrick, vestige décontaminé et désaffecté de la guerre froide. En raison de son importance historique, elle est inscrite au National Register of Historic Places en 1977[3].
Le devenir de la majorité des participants après les expériences reste en grande partie inconnu. Sur les 2 300 volontaires ayant pris part aux différents tests, l’armée ne dispose d’adresses que pour environ 1 000 personnes. Parmi celles-ci, seuls 500 volontaires, surnommés les Whitecoats, font l’objet d’un suivi ou d’une enquête après la fin des essais[1].