Or de Toulouse

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L'Or de Toulouse (latin : aurum tolosanum) est un trésor antique constitué de lingots d'or et d'argent purs. Ce trésor proviendrait de l’hypothétique pillage du sanctuaire d’Apollon à Delphes, lors de la Grande Expédition celtique (), puis aurait été pillé à son tour par l'armée romaine du consul Caepio venue réprimer la rébellion des Volques Tectosages () à Toulouse, pour finalement être volé lors de son convoiement vers Rome. Cet or est supposé maudit et porter malheur à qui s'en empare.

Cépion ravissant l'or de Toulouse, Sébastien Le Clerc d'après Jean-Pierre Rivalz.

Par extension l'expression « or de Toulouse » renvoie au récit autour du trésor, rapporté par de nombreux auteurs anciens, mêlant faits historiques et légendaires. L'or de Toulouse constitue un des faits divers les plus connus de l'Antiquité.

Légende

Ce trésor, conservé dans le sanctuaire d’Apollon à Delphes, aurait été pillé lors de la prise de la cité par les Gaulois de Brennos en Le chef, Brennos, aurait été blessé par l'intervention divine d'Apollon et serait mort peu après. Une partie des troupes celtes se serait enfuie en Anatolie où elle aurait fondé, avec d'autres peuples celtes, la Galatie. Une autre partie des troupes seraient retournées vers sa patrie d'origine. Parmi elles se trouvait le peuple des Volques Tectosages qui aurait emporté le trésor vers Toulouse, sa capitale[1].

C'est de cet or (environ 70 tonnes d'après les auteurs anciens), maudit à cause de sa provenance sacrilège, dont se serait emparé en le proconsul romain Quintus Servilius Cæpio, issu d'une très prestigieuse famille, lorsqu'il vient réprimer la rébellion de Toulouse. La capitale des Tectosages est alors intégrée à la province Narbonnaise mais met à profit l'invasion des Cimbres et des Teutons en Gaule pour se révolter contre les Romains. Le proconsul envoyé pour rétablir la domination de Rome le fait de façon violente et n'hésite pas à piller les sanctuaires gaulois de la ville, où le trésor est amassé au fond de lacs sacrés.

C'est donc un or doublement maudit car issu de deux pillages sacrilèges, que Cæpio s'apprête à convoyer vers Rome[1].

La caravane aurait alors été attaquée par des brigands entre Toulouse et Marseille et une partie du trésor aurait disparu. Cæpio fut accusé d'avoir inventé cette histoire afin de détourner l'or à son profit. Peu après, Cæpio fut aussi responsable de la défaite d'Arausio () où 80 000 soldats romains furent tués. Rome ne supporta pas ces deux échecs consécutifs et Cæpio, attaqué notamment par le tribun de la plèbe Caius Norbanus, fut expulsé du Sénat, déchu de sa citoyenneté romaine et condamné à payer une amende de 15 000 talents. Il mourut en exil à Smyrne[1].

Ce destin tragique et la disgrâce qui s'ensuivit marquèrent tellement les esprits qu'on les expliqua par une malédiction divine, liée à la vengeance d'Apollon. La légende selon laquelle « l'or sacré de Toulouse » porte malheur perdurera[1].

Analyse historique

Les migrations des Volques Tectosages.

Dès l'Antiquité, cette légende est remise en cause par certains érudits, notamment par Poseidonios d'Apamée qui voyagea en Gaule et notamment à Toulouse quelques années après les faits. D'après lui, non seulement l'origine delphique de l'or est impossible, mais de plus une origine locale est plausible et facilement explicable. Son argumentation se repose sur ses connaissances historiques et géographiques ainsi que sur la rencontre de témoins lors de son voyage, et se développe en plusieurs points logiques. D'une part, le trésor de Toulouse était constitué de masses de métal brut (lingots), à la différence de celui de Delphes, composé d’objets travaillés comme le veut la tradition grecque (bijoux, monnaies…). D'autre part, à l’époque de l’invasion gauloise en , le sanctuaire de Delphes se trouvait vide car il avait été pillé par les Phocidiens pendant la Troisième Guerre Sacrée en . Enfin, aucune source n'atteste d'un retour des Volques Tectosages vers la Gaule avec le trésor, alors que les sources de l'époque attestent d'une dispersion de l'armée celte vers l'Anatolie et la Thrace. Poseidonios suppose qu'un convoi traversant toute l'Europe avec une telle quantité d'or ne serait pas passé inaperçu[2].

Orpaillage en Ariège (1982) tel qu'il était déjà pratiqué par les Gaulois.

Finalement, il explique qu'une origine locale est fort probable, d'une part parce que la nature du trésor (du métal brut) est compatible avec l'existence de nombreux gisements d'or et d'argent exploités sur le territoire des Volques (Cévennes et Pyrénées) et d'autre part, parce qu'il a lui-même constaté lors de son voyage la richesse des offrandes dans les sanctuaires gaulois.

Strabon[2] rapporte dans sa Géographie au sujet des Tectosages (Ier siècle) :

« Leurs possessions partent du mont Pyréné et empiètent même quelque peu sur le versant septentrional des monts Cemmènes. Il s'y trouve de riches mines d'or. On peut juger de ce qu'étaient anciennement la puissance de cette nation et le nombre de ses guerriers par ce seul fait qu'on la vit, à la suite de discordes intestines, chasser de son sein en une fois une multitude de ses enfants, et qu'une partie de cette bande, grossie d'autres proscrits de différentes nations, suffit à occuper toute la portion de la Phrygie, limitrophe de la Cappadoce et de la Paphlagonie. Au moins est-ce ce qui ressort de la présence en ce pays d'une nation portant le nom de Tectosages. Effectivement, des trois nations qui se le partagent, il y en a une, celle qui occupe Ancyre et les environs de cette ville, qui s'appelle ainsi. Quant aux deux autres peuples connus sous les noms de Trocmes et de Tolistobogiens, sans doute ils sont venus aussi de la Gaule, leur confraternité avec les Tectosages donne lieu de le croire, mais de quelle partie de la Gaule sont-ils sortis ? C'est ce que nous ne saurions préciser, car nous n'avons pas ouï dire qu'il existât actuellement en Gaule, soit dans la Gaule transalpine, soit dans la Gaule cisalpine, soit au sein des Alpes, de peuples nommés Trocmes et Tolistobogiens. Ce qui est présumable, c'est qu'ils se seront éteints par suite de trop fréquentes migrations, comme il est arrivé pour tant d'autres peuples, notamment pour la nation des Prauses, car nous savons par différents auteurs que Brennus (le Brennus qui assaillit Delphes) était Prause d'origine sans pouvoir dire cependant aujourd'hui où habitait cette ancienne nation. Les Tectosages étaient aussi, dit-on, de l'expédition contre Delphes, on assure même que les trésors trouvés dans la ville de Tolossa. par le général romain Cæpion provenaient d'une partie des dépouilles de Delphes, grossie, il est vrai, des offrandes qu'ils avaient faites ensuite à Apollon sur leurs propres richesses, et dans le but d'apaiser le courroux de ce Dieu, et que c'est pour avoir touché à ces trésors sacrés, que Cæpion finit ses jours si misérablement, loin de sa patrie d'où il avait été chassé comme sacrilège, et loin de ses filles, qui, livrées par décret à la prostitution, s'il faut en croire Timagène, périrent à leur tour d'une mort honteuse. Toutefois, la version de Posidonius semble plus vraisemblable : il fait remarquer que les richesses trouvées à Tolossa, soit dans l'enceinte du temple, soit au fond des lacs sacrés, représentaient une valeur de 15000 talents, toute en matières non travaillées, en lingots d'or et d'argent bruts, et que le temple de Delphes, à l'époque [où il avait été pris par les Gaulois], ne contenait plus de semblables richesses, ayant été pillé par les Phocidiens durant la guerre sacrée ; que ce qui pouvait s'y trouver encore avait dû être partagé entre beaucoup de mains; qu'il était probable d'ailleurs que les vainqueurs n'avalent pu regagner leurs foyers, ayant été, après leur départ de Delphes et pendant toute leur retraite, assaillis de mille maux et forcés finalement par la discorde de se disperser de tous côtés. Mais, comme la contrée est très riche en mines d'or, et que les habitants (Posidonius n'est pas seul à le dire) sont à la fois très superstitieux et très modestes dans leur manière de vivre, il s'y était formé sur différents points des trésors. Les lacs ou étangs sacrés notamment offraient des asiles sûrs où l'on jetait l'or et l'argent en barre : les Romains le savaient, et quand ils se furent rendus maîtres du pays, ils vendirent ces lacs ou étangs sacrés au profit du trésor public, et plus d'un acquéreur y trouve aujourd'hui encore des lingots d'argent battu ayant la forme de pierres meulières. Le temple de Tolossa, vénéré comme il était de toutes les populations à la ronde, leur offrait aussi un asile inviolable, et naturellement les richesses s'y étaient accumulées, la piété multipliant ses offrandes, en même temps que la superstition empêchait d'y porter la main. »

Les Volques Tectosages étant l'un des peuples gaulois les plus puissants [réf. souhaitée], il est raisonnable de penser que les sanctuaires de leur capitale recelaient des richesses conséquentes.

Les déductions de Poseidonios sont étayées par les découvertes archéologiques et historiographiques récentes. Ainsi il n'existe aucun indice d'un retour vers la Gaule des Volques après l'attaque de Delphes. Au contraire ceux-ci sont partis s'installer en Galatie. De plus, on sait maintenant que les Volques se sont séparés en deux branches avant la Grande Expédition, à partir de leur terre originelle en Europe centrale : une branche partie vers l'est piller la Grèce, et une branche partie vers l'ouest, vers la Gaule, à la recherche de nouvelles terres. Si le peuple d'origine ne faisait effectivement qu'un, à partir de l'époque du pillage de Delphes, les Volques Tectosages de Grèce et de Galatie sont un groupe dont le destin est bien distinct de celui du groupe établi en Gaule[3]. Cela était d'ailleurs probablement connu de Polybe, qui évoque une surpopulation des Celtes (Galates) suivi d'une guerre civile, une partie d'entre eux décidant alors de monter la Grande Expédition vers la Grèce, un voyage sans retour[4].

Les Volques, avant d'entrer dans l'orbite de Rome, étaient un des peuples gaulois les plus puissants [réf. souhaitée], et leur confédération couvrait une grande partie du sud de la Gaule, riche en gisements aurifères. Il est donc possible que l'or accumulé dans les sanctuaires toulousains constituait non seulement des offrandes aux dieux, mais également un trésor dans le sens d'une réserve de richesses disponible pour des dépenses exceptionnelles de la confédération (guerre, expédition). De plus, un endroit sacré, protégé des dieux, semble être le lieu idéal pour entreposer cet or en sécurité[3].

L'or des Volques Tectosages a donc certainement une origine locale et non delphique[5]. Les historiens estiment que la valeur totale du trésor pillé (constitué en fait d'or et d'argent sous forme de lingots) équivaudrait à 413 tonnes d'argent pur.

Interprétation

L'interprétation de cette légende, aujourd'hui, pourrait être : « Bien mal acquis ne profite jamais ».

À l'époque romaine, cette idée était peut-être présente, mais détourner de l'argent à son profit ne fut pas le seul crime de Cæpio. D'après certains historiens, il a couvert de honte Rome et ses légions en concédant la défaite d'Arausio, la pire déroute depuis Cannes, 100 ans plus tôt. En outre, il a privé le monde civilisé (c'est-à-dire gréco-romain) d'une revanche sur le monde barbare (dans ce cas, celtique). La Grande Expédition contre le monde hellénique et l'hypothétique pillage de Delphes, sanctuaire le plus sacré et nombril du monde, furent un traumatisme et une humiliation pour les Grecs. Récupérer l'or de Delphes par Cæpio aurait pu être une revanche sur les Celtes et barbares, et il ne sut pas le conserver[6],[7].

Cette histoire est restée vivante dans la culture toulousaine : à preuve cette expression occitane « Es un cépiou ! » qui sert à qualifier une personne cupide[8] ou malhonnête[9].

Voir aussi

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