Oratoire de Saint-Guirec
oratoire situé dans les Côtes-d'Armor, en France
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L'oratoire de Saint-Guirec est un monument chrétien situé sur un rocher de Bretagne, dans les Côtes-d'Armor, au fond de l'anse Saint-Guirec, à quelques mètres d'une plage de Ploumanac'h, en face du château de Costaérès sur la commune de Perros-Guirec. Dédié à saint Guirec, cet oratoire se compose d'une petite construction en forme de niche abritant une statue du saint en habits d'évêque. Il est juché sur l'un des nombreux rochers de ce secteur de la côte de granit rose qui, s'il est facilement accessible à marée basse, est entouré par l'eau lors des marées hautes. L'oratoire fait l’objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le [1].
| Oratoire de Saint-Guirec | |||
À marée haute, l'oratoire de Saint-Guirec que les pêcheurs saluent quand ils rentrent au port. | |||
| Présentation | |||
|---|---|---|---|
| Culte | Catholique romain | ||
| Type | Oratoire | ||
| Fin des travaux | entre la fin du XIe siècle et le début du XIIe siècle | ||
| Protection | |||
| Géographie | |||
| Pays | France | ||
| Région | Bretagne | ||
| Département | Côtes-d'Armor | ||
| Ville | Perros-Guirec | ||
| Coordonnées | 48° 49′ 56″ nord, 3° 29′ 14″ ouest | ||
| Géolocalisation sur la carte : France
Géolocalisation sur la carte : Côtes-d'Armor
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Architecture

L'oratoire est un édicule qui prend la forme d'une niche voûtée avec arcade en tiers point, soutenue par quatre colonnes romanes et un muret de fond. Le chapiteau de la colonne de fond à droite est sculpté d'un motif en cornes de bélier. Une inscription gravée sur le socle de la statue permet d'identifier aujourd'hui avec peine le saint : Saint-Guirec, Pedet e (vit) domp (« Saint Guirec, priez pour nous »). « La base de l'oratoire est en granite de la Clarté, les colonnes en grès rose ainsi que les embases et deux des chapiteaux. Les deux chapiteaux d'entrée sont en granite gris de l'Île-Grande, ainsi que le linteau. Les sablières sont de schiste. Tout le reste de l'édifice est de pierres très diverses. Un amas de roches forme un escalier grossier pour accéder à l'oratoire. Les pierres de soubassement à droite semblent provenir d'une stèle gauloise[2] » (Âge du fer).
Histoire
L'édifice, daté entre la fin du XIe siècle et le début du XIIe siècle, aurait été construit par les cisterciens de l'abbaye de Bégard[3]. Il est classé aux monuments historiques le . La statue en bois date du XIVe siècle[2]. Mutilée par la tradition de la piqûre (voir ci-dessous) et érodée par l'eau de mer, cette effigie ainsi remplacée en 1904 par la statue actuelle en granite, œuvre du sculpteur lannionnais Hernot, la statue en bois étant déplacée dans la chapelle Saint-Guirec. Les deux bras de la sculpture en granite sont mutilés par un acte de vandalisme en 1934 et le visage est de nouveau rendu méconnaissable. Dans les années 1990, cette statue connaît des travaux de restauration au cours de laquelle la tête est recimentée[4],[5].
- Vue rapprochée de la statue en granite de saint Guirec.
- Gros plan sur le nez mutilé.
- Carte postale de l'oratoire (1902-1903). La statue en bois est encore en place.
- Carte postale de l'oratoire (1910). La gravure y est encore lisible.
Légendes

Il court au sujet de ce saint populaire (en) propitiatoire plusieurs légendes.
La plus connue liée à l'oratoire veut que les jeunes filles célibataires ou les veuves attendaient la marée basse pour accéder à l'oratoire, prier aux pieds de la statue et y piquer une aiguille ou un une épingle sur le saint en bois, particulièrement son nez. Si, une fois la marée haute passée, cet objet pointu restait planté, les femmes étaient assurées de voir leur vœu de mariage exaucé avant la fin de l'année, s'il tombait, il leur fallait patienter l'année suivante. Ce rite matrimonial de la piqûre symbolisait l'union entre l'homme dont le nez est un substitut phallique (la tradition populaire faisant un lien entre la taille de cet organe et la longueur du pénis), et la femme dont l'objet pointu est l'effigie de la sainte marieuse et de sa fête associée aux vierges (filles à marier ou vieilles filles) : l'aiguille, symbole domestique de la future mariée dont les travaux d'aiguille — couture, broderie — jalonnent son temps d'épouse depuis le berceau au linceul, mais aussi symbole érotique lié au chas qui évoque le vagin ; l'épingle, instrument de séduction des femmes qui s'en servent pour fixer leurs coiffes, mais aussi métaphore érotique (gardienne de la pudeur, piqûre amoureuse), et symbole de fécondité (épingle à nourrice). Ce rite litholâtrique était si important qu'il était « fréquent de voir la colère des femmes qui ne sont pas exaucées s'exprimer par des gifles ou des coups portés à la statue du saint, quand on ne « noie » pas franchement celle-ci dans un bassin ou dans un ruisseau[6] ». La tradition de la piqûre, encore vivace au XIXe siècle, s'est muée en rite ludique avec des aiguilles de pin plantées dans le nez ou des anfractuosités du granite (à l'instar des statues de saints à clous à rôle propitiatoire), ou des galets posés au pied du saint[5]. Il reste pratiqué sur d'autres statues de sanctuaires : à la chapelle de Limur à Vannes, la chapelle Notre-Dame du Haut de Trédaniel, la chapelle Saint-Salomon à Plouyé, ou le calvaire de Guimiliau[7].
Une autre tradition fait baiser les pieds du saint aux jeunes enfants pour qu'ils commencent à marcher tôt[8].